‹ Mélanges Henri Weil [microform]. Recueil de mémoires concernant l'histoire et la littérature grecques dédié à Henri Weil ... à l'occasion de son 80e anniversaire; ouvrage contenant un portrait en héliogravure, une phototypie hors texte et plusieurs illustrations dans le texteChapitre 30 sur 96 · LE « PERSAN » DE PLAUTE · texte numérisé non relu

LE « PERSAN » DE PLAUTE

manu adserta (v. 713), et c’est ce qui a lieu en effet. Dordalus est appelé par Saturion devant le préteur :

v. 743. Apud prætorem dicam. Te in jus voco. v. 7148. Sequere hoc, mea gnata , me usque ad prætorem.

Enfin Lemniséléné, affranchie par Dordalus, n’a pas d'autre patron que ce dernier. Elle reconnaît qu'elle ἃ des devoirs à remplir envers lui, qu’elle ne doit pas concourir à son humiliation :

v. 830. At me haud par est.

v. 845. Mi patrone, i intro, amabo, ad cenam (CF. v. 83, 483, 489, 734).

On peut ajouter que, si la prétendue Persane était in bons de Dordalus par l'effet de la tradition, elle ne pouvait pas devenir la propriété de Dordalus ex jure Quiritium, par cette raison qu'elle était furtiva.

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Tout cela est romain, au fond comme dans la forme, mais cela est grec aussi, pour Île fond, sinon pour les termes employés. C’est ce qu'il nous reste à montrer.

Si l’esclave, à Rome, pouvait se racheter avec son pécule ou avec des fonds fournis par un tiers, il en était de même à Athènes, où c'était un usage absolument passé dans les mœurs. Le patron de l'esclave affranchi était le maître qui lui donnait la liberté. Le tiers bailleur de fonds n'avait aucun droit au patronage. Il n'aurait pu devenir patron qu'en achetant d'abord l’eselave et en l’affranchissant ensuite; c'est donc par pure plaisanterie que Toxilus dit à

Lemniséléné :

v. 838. Ego sum tibi patronus plane, qui huic pro te argentum dedi.

Lemniséléné ne reconnaît d'autre patron que Dordalus, et c’est pourquoi elle se décide difficilement à l’injurier comme font les

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autres. Elle redoute l’action d’ingratitude, la δίχη ἀποστασίου, qui la ferait retomber en servitude.

Dans Plaute l'affranchissement a eu lieu devant le préteur, par la vindicta, et il a conféré la cité à Lemniséléné. A Athènes l'affranchissement pouvait avoir lieu ἐν τῷ ξιχαστηρίῳ !. Quant à l’affranchi, il devenait métèque et non citoyen; mais cela n'a pas d'importance. Si lg métèque n'avait pas le droit de cité complet, il acquérait cependant, par l’affranchissement, la nationalité athénienne. C’est sans doute ce que disait l’auteur grec que Plaute a librement traduit.

La vente de la prétendue Persane a lieu sans formalité aucune. Il n'est pas mème parlé de tradition. Quand Plaute parle de la mancipation, c'est une manière de dire que la vente avait lieu sans garantie, ἄνευ βεξχιώσεως. Timarchidès exclut la mancipation, parce qu’elle entraîne la garantie.

L'adsertio manu, qui se produit après quelques instants, équivaut

à ce que les Athéniens appelaient ἀφαίρεσις εἰς ἐλευθερίαν, procédure qui répondait à la vendicatio in libertatem. Quant à la vocatio in jus et à la formule /icet antestari, elles avaient pour équivalent en droit athénien la πρόσχλησις et l'emploi des χλήτορες.

Enfin, si l'escroquerie, à Rome, ne donnait pas lieu à une action de dol, il en était de même à Athènes.

Notre conclusion sera celle-ci : l'intrigue du Persan s'explique aussi bien par le droit grec que par le droit romain. La question se réduit donc au point de savoir si Plaute a simplement remplacé par des équivalents romains les termes juridiques de la pièce grecque qu'il traduisait, ou s'il a substitué à l'intrigue créée par l’auteur athénien une intrigue toute nouvelle, aussi romaine par le fond que par la langue, quoiqu’elle se passe à Athènes, à l’époque macédonienne Telles sont les deux solutions entre lesquelles on peut choisir.

1 Voir dans Denys d'Halicarnasse le fragment du plaidoyer d'Isée pour Eumathès.

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