‹ Mélanges Henri Weil [microform]. Recueil de mémoires concernant l'histoire et la littérature grecques dédié à Henri Weil ... à l'occasion de son 80e anniversaire; ouvrage contenant un portrait en héliogravure, une phototypie hors texte et plusieurs illustrations dans le texteChapitre 31 sur 96 · DE PLUTARQUE · texte numérisé non relu

DE PLUTARQUE

Un texte fort intéressant pour l'histoire des opinions religieuses des Grecs est celui qu'Eusèbe, au troisième livre de sa Préparation évangélique!, a extrait d'un ouvrage qui traitait de la fête des Dædala de Platées. Cet ouvrage, Eusèbe et Théodoret ?, après lui, le donnent comme étant de Plutarque ; et cette attribution n’a pas été contestée par les éditeurs des Morales. Les idées exprimées dans le morceau qui nous ἃ été conservé sont-elles bien cependant celles du philosophe de Chéronée ? C’est ce que nous voudrions examiner.

Le principe posé au début, et dont la suite n’est, en grande partie, que le développement, est celui-ci : la théologie que les hommes d'autrefois, grecs et barbares, ont léguée à leurs descendants, est une théologie mystérieuse, pleine de sous-entendus, présentée à dessein sous forme d'énigmes#: si on soulève les voiles qui la recouvrent, on s'aperçoit qu'elle cache un φυσιχὲς λόγος. une doctrine de la nature. En vertu de ce principe, les dieux, dont les poètes racontent les actes d'après la lettre de cette antique théologie, ne seront plus des personnes analogues aux personnes humaines : ils se confondront avec les éléments naturels, ou avec les

? Græc. Affect., TI, p. 515 c. Il est vrai que Théodoret ne cite pas le titre de l'ouvrage; mais l'opinion qu'il prête à Plutarque sur l'identité d'Héra et de la terre ne se trouve dans aucun autre passage des Morales que celui-là.

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grands corps qui peuplent les espaces du monde. La déesse Hèra, par exemple, sera la terre ?; Apollon sera le soleil?.

Pourrelever d’abord cette dernière assertion, est-il possible d'admettre qu'elle soit la vraie expression de la pensée de Plutarque ? Le dieu qu'il vénérait entre tous, dont il était leprêtre, auquelil était fier de sacrifier sur le rocher de Delphes, n'était-il autre que le soleil ? La question est débattue par les interlocuteurs du dialogue Sur la Cessasion des Oracles3, où elle reste en suspens *. Mais l'opinion, ou plutôt l’intime conviction de Plutarque, sefait jour ailleurs. Dans le traité des Oracles de la Pythie, quand Sérapion lui pose cette question : « Croistu que le soleil soit différent d'Apollon? » il répond, sans hésitation aucune, par l’affirmative ; et il ajoute : « Le soleilest cause que tout le monde méconnaît Apollon; ear il ne montre à nos sens que l'apparence et détourne notre esprit de la réalité” ». Or la réalité, pour lui. c'est l'essence invisible et impénétrable du dieu. De son temps, des hommes à l'esprit ingénieux, habiles dans l’art des analogies, disaient qu'entre le soleil et Apollon il existe le même rapport qu'entre le corps et l'âme, entre la vue et l'intelligence, entre la lumière et la vérité. Plutarque dit, plus nettement, que le soleil est la manifestation sensible du dieu, qu'il n’est pas le dieu.

De mème pouvait-il confondre la reine de l'Olympe, l'épouse de Zeus. avec la terre ? Cette assimilation, qui paraît avoir sa source dans un texte mal compris d'Empédoclef, peut-être aussi dans une

interprétation des cérémonies de l'isoès γάμος, ne devait pas plus convenir à la piété de Plutarque que l'assimilation, beaucoup plus répandue et généralement acceptée dans l'antiquité, de la terre à Déméter. À ses yeux, en eflet, Déméter n’est point la terre, mais la déesse qui habite la terre et qui en est la souveraine. C’est dans le même sentiment qu'il pense que Perséphone n'est pas la lune, mais

ι δ 4: γῇ μέν ἐστιν à Ἥρα. Chez les modernes cette interprétation ἃ été adoptée et développée par WeELcKEr, Griech. Gôtterlehre, 1. p. 363. |

2 25, 3: ὁ μὲν ἥλιος ᾿Απόλλων χέχληται. Plus loin, Lèto, assimilée ἃ Héra, est « la mère du soleil ».

4 Ῥ 438 6... χαὶ ταῦτα ὑπερχείσθω nai ἃ Φίλιππος διαπορεὶῖ περὶ ἡλίου καὶ

ὁ Diocène Laërre, VII, 2, 12, et ϑτοβέε, Ecl. phys., 1. 10, p. 288, disent que, dans les vers d'Empédocle sur les quatre éléments, Hèra désigne la terre et Aïdoneus l'air. C'est l'inverse qui parait être le vrai. Voir E. ZELLER, Philos. d. Griech., 1, 686, note (p. 206, t. II de la trad. Boutroux); Dies, Doxrogr. Gr., p. 88.

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