UN FRAGMENT DES € DÆDALA » DE PLUTARQUE
la divinité qui y réside’. Et ainsi il prend toujours bien soin de détacher des corps célestes, comme de la matière terrestre, les substances divines, pour leur prèter, dans le domaine de l'invisible et de l’immatériel, une vie supérieure et une activité indépendante ?. Comment donc aurait-il pu dire un jour qu'Hèra est la terre et Apollon le soleil? | Un peu plus loin, l’auteur du morceau que nous étudions raconte la fable qui se rapportait à l'origine des Dædala, et, après l’avoir racontée, il entreprend de montrer ce qu'elle signifie. Fidèle à son principe, l'explication qu'il en donne est toute physique. La querelle de Zeus et d'Hèra, d'après lui, ne serait autre chose qu'un trouble de la nature et une sorte de discorde de ses principaux éléments. Zeus, c'est le feu et la chaleur ; Hèra, qui tout à l'heure était la terre, est maintenant le vent et l'humidité. Quand donc (δ! deux forces diverses, rompant leur harmonie, entrent en guerre et se déchainent, le feu de Jupiter brûle la terre, qui se dico où bien la nature humide d'Hèra verse, au milieu de l'ouragan ‘des torrents d'eau qui inondent le sol. C'est ce qui arriva ie la Pere fut submergée ; mais, le Jour où la terre réapparut et où l'élément liquide se retira, «on donna à la sérénité de l'atmosphère noue calme le nom de concorde et de réconciliation des dieux » Est-ce bien Plutarque qui pense cela ? Comme la plupart des pie . de son temps, 1l est assurément persuadé que les fables mythologiques ont un sens caché et « * langage des poètes qui les ont racontées les premiers est + à Re croit en même lemps que c'est faire vi un à τ ΠΣ ᾿ S violence à ces allégories et les détourner de leur véritable sens que de les expliquer par les phénoπεν de la nature. Deux exemples, tirés du traité De la Lecture des τς are ne jet jo bi dialogue, τ où Sera parle en als aucun doute sur sa pensée. Certains
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( νην. pas Plutarque lui-même qui parle en cet endroit, mais
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Mais, si l’on rapproche ce
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interprètes d'Homère prétendaient que le mythe du commerce adultère d'Aphrodite et d'Arès se rapporte à la rencontre des deux planètes auxquelles ont été donnés les noms de ces divinités, et que la séduction de Jupiter par Hèra sur le mont Ida figure la purification de l'air par l'élément igné. Vaines imaginations! Le poète, dans ce qu'il dit d' Aphrodite, veut simplement nous tenir en garde contre le danger des existences efféminées et des mœurs licencieuses ; et, là où 1] parle d'Hèra, il laisse entendre que, si pour plaire aux hommes la femme recourt aux artifices, de semblables pratiques n'ont d'effet que pour un jour et sont bientôt suivies du dégoût qui remplace le plaisir disparu!. Plutarque écarte donc les interprétations physiques des mythes grecs? pour leur substituer ces interprétations morales, qui, depuis longtemps, étaient si en faveur auprès de la plupart des commentateurs d'Homère.
N'a-t-on pas remarqué, en outre, que l’ingénieuse explication citée plus haut de la querelle de Zeus et d'Hèra a une couleur toute stoïcienne ? Pour Chrysippe et pour Cornutus, comme pour l'auteur des Dædala, Zeus est le feu, la partie la plus subtile de l’éther. Tout le Portique reconnait dans Hèra l'air qui est au-dessous du ciel#, c'est-à-dire l'atmosphère terrestre, souvent agitée par les vents ou chargée de pluies. Il semble donc qu'un disciple de cette école eût pu écrire le passage en question. Mais comment Plutarque, qui n’a jamais cessé de combattre les Stoïciens, qui déclare leur théologie ridicule, qui ne veut pas accepter leurs interprétations physiques des fables d'Homère, serait-il devenu tout d'un coup Stoïcien, ne fàt-ce que pour un instant”? Plutarque n’est point un éclectique : 1] y a deux doctrines auxquelles il n'emprunte rien, parce qu'il ne leur concède rien : l'Epicuréisme et le Stoïcisme.
Une dernière considération n'est pas sans importance. On trouve,
2 Ce genre d'interprétation, appliqué aux mythes égyptiens dans le traité d'Isis et Osiris, parait provenir des prêtres et des auteurs d'Aiyvrria«x4 antérieurs à Plutarque. Quant à lui, il déclare très nettement, au chapitre Liv de cet ouvrage, qu'Osiris, Isis et Typhon ne doivent pas être confondus avec le soleil, la terre, l’eau ou le feu.
3 Carys., ap. Prinon.,12, 13. — Cicér., de Nat. D., 15, 40.— Corxur., p. 181. — Pivrarcn., Placit. Philos., I, 6, p. 819. Dans le texte du De facie, 12, 4, ὁ δὲ Ζεὺς ἡ μῖν οὗτος, οὐ τῇ μὲν αὐτοῦ φύσει χρώμενος. ἕν ἐστι μέγα πῦρ χαὶ συνεχές. Où Plutarque parle pour soutenir Lucius, un des interlocuteurs, contre Pharnace, qui défend les opinions stoiciennes, il faut lire, comme l'avaient vu Xylander et Amyot, non ἡμῖν mais ὑμῖν.
4 Dioc. BaByz., ap. Puiron., 145, — Cicér., de Nat. D., Il, 26. — Cornur., ch. 11, p- 143; etc.