‹ Mélanges Henri Weil [microform]. Recueil de mémoires concernant l'histoire et la littérature grecques dédié à Henri Weil ... à l'occasion de son 80e anniversaire; ouvrage contenant un portrait en héliogravure, une phototypie hors texte et plusieurs illustrations dans le texteChapitre 34 sur 96 · L'AUTEUR MUSULMAN DES APHORISMES DES PHILOSOPHES · texte numérisé non relu

L'AUTEUR MUSULMAN DES APHORISMES DES PHILOSOPHES

Les Aphorismes des Philosophes, tel est le titre d’un recueil en arabe comprenant, d’une part, une mosaïque de sentences et maximes attribuées aux philosophes grecs de l'antiquité et, d'autre part, à propos d'Aristote, une série d'épisodes qui ont pour héros son illustre élève, Alexandre. L'opinion générale est que cet ouvrage est du médecin chrétien Aboû Zaid Honain ibn Ishäk Al-'Abädit, le Johannitius des incunables latins, dans lesquels, dès 1483 et 1487, son /sagoge ad Tegni Galeni ἃ été imprimé ?. Honain avait été placé par le khalife AI-Ma’moûn et fut maintenu par ses succeseurs, Al-Mou'tasim, AL Wäthik et Al-Moutawakkil, à la tête d’un bureau officiel de traductions, qui fut institué vers 832 de notre ère à Bagdäd et qui y fut installé, avec une riche bibliothèque et un observatoire bien outillé, dans le palais de la Sagesse (dur al-hikma). Un certain Salmân (Σαλομών), un chrétien sans doute, — car un musulman se serait nommé plutôt Soulaimân, — dirigeait les services de cet établissement

! Je lis ainsi d’après I8x ABi OsaiBr'a, Classes des Médecins (éd. A. Müller), I, p. 184. Partout ailleurs, la lecture Al-‘Ibâdi a prévalu; cf I8x Κπαιμακὰν, Biographical Dictioμα). 1, p. 188 et 479 : BROCKELMANN, Geschichte der arabischen Litteratur, I, p. 205.

2 WüsrFNFELD, Geschichte der arabischen Ærzle. Ρ. 28.

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scientifique. Quant à Honain, il était spécialement chargé de ehoisir et de guider une élite de coll:borateurs capables de traduire en arabe, soit d’après les versions syriaques, soit sur le texte original, les auteurs grecs qu'il leur désignerait. Le choix des œuvres et de leurs interprètes lui appartenait. Par son zèle infatigable, il donnait exemple à son fils Ishàk, à son neveu Hobaisch et à ses autres

subordonnés, des polyglottes chrétiens comme lui.

La Grèce vaincue remportait une nouvelle victoire, résultat de sa défaite même. Le contact d’un lettré tel que l’empereur byzantin Théophile exerça sans doute une influence prépondérante sur cette renaissance de la littérature grecque?. Ce fut à l’imitation de ce prince probablement que Honain devint un adversaire irréconciliable du culte des images. En attendant, il ne laissait pas chômer l'atelier dont 1] était à la fois le chef et l’artisan principal. Les traités de médecine y occupèrent la place d'honneur avec Hippocrate, Galien, Oribase, Paul d'Egine, Dioscoride, mis à la portée des médecins juifs et chrétiens dont s’entouraient les khalifes. De la médecine on passa avec ardeur au domaine limitrophe, mais plus désintéressé, de la philosophie, puis on s’aventura plus loin vers les mathématiques, l'algèbre, l'astronomie, les sciences naturelles. Le programme comporta même la version grecque des Septante, d’après laquelle une traduction de l'Ancien Testament en arabe fut rédigée par Honain lui-même ou à son instigation*.

La curiosité ne s'élendit pas jusqu’à l'historiographie et l’éloquence des anciens Grecs. Thucydide resta aussi ignoré que Démosthène. Hérodote et Strabon ont mentionné les Arabes, les Arabes n'ont jamais mentionné ni Hérodote, ni Strabon. Plusieurs œuvres morales de Plutarque furent traduites, mais je ne sache pas que ses Vies parallèles aient été connues par les Arabes. Quelques données jagues circulèrent sur les poètes. Le nom d'Homère fut plus célèbre que son œuvre. Deux autres poètes grecs sont cités en même temps

l Jex Agi Osaisr'a, Classes des Médecins (64. A. Müller), 1, p. 187 ; λυ KHALiFA, Lexicon bibliographicum, WA, p. 95; V,p. 386. Ce palais de la Sagesse est multiplié dans l'antiquité par les ἀφ κα} Css : ms. de Munich 651, fol. ὁ τὸ ; voir Aumer, Die arabischen Handschriften, p. 286.

? Ix Knaznoûx, Prolégomènes, TI, p. 127.

3 Ar-Mas'oûni, le Livre de l'Avertissement el de la Revision, traduction par B. Carra de Vaux, p. 159.

{Il a été fait, vers 780 de notre ère, une traduction syriaque de l'Iliade et de l'Odyssée. Elle a pour auteur Théophile d'Edesse; cf. Bar Hepræus, Histoire des Dynasties (en

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