‹ Mélanges Henri Weil [microform]. Recueil de mémoires concernant l'histoire et la littérature grecques dédié à Henri Weil ... à l'occasion de son 80e anniversaire; ouvrage contenant un portrait en héliogravure, une phototypie hors texte et plusieurs illustrations dans le texteChapitre 35 sur 96 · US ΜΝ · texte numérisé non relu

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que lui dans une phrase arabe dont nous avons deux copies très corrompues, l’une d’An-Nadîm, dans le Féhrist!, l'autre d'Ibn Abi Osaibi'a? dans ses Classes des Médecins.

Le ik de celui-là et le 435 de celui-ci proviennent d’une notation LAB = Φοχλῆς, qui ne se distingue de Σοφοχλῆὴς que par l'aphérèse de la première syllabe, si fréquente dans les transcriplions. Le troisième poète se dissimule sous le χροΐ — Μάριος d'An- Nadim, sous le 454 — Μάρχος, d'Ibn Abi Osaibi'a. Le passage du premier me semble aboutir à Πίνδαρος. Dans celui du second, $,b est sans douie pour «δ, qui, en faisant abstraction du im initial ajouté par suite de la confusion, soit avec Μάριος, soit avec Μάρχος ", peut être assimilé, par une cezJecture très plausible, y Les trois poètes grecs dont les Arabes auraient fait mention seraient donc Homère, Sophocle, Pindare ou plutôt Orphée.

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Revenons à la prose, c’est-à-dire aux Aphorismes des Philosophes. Je ne m'en suis écarté qu’afin de provoquer une enquête sur les noms des deux derniers poètes, le problème n'ayant encore été posé par aucun des savants qui ont étudié les versions arabes des auteurs grecs. Quant aux Ap/horismes, ils ont été l'objet de plusieurs enquêtes, soit d'après le texte arabe et les diverses rédactions congénères, soit d'après les traductions ou imitations hébraïques, éthiopiennes, espagnoles. Le texte arabe ἃ été analysé en 1877 par August Müller, qui n'avait à sa disposition que le manuscrit incomplet, peu correct,venu de la Perse jusqu’à Munich, où il est conservé sous le numéro 6515.

arabe), éd. Salhâni, p. 41, 61 et 220. M. Rubens Duval, que j'ai consulté, m'a écrit à la date du 23 février 1898 : « On n'en connait que quelques vers cités par Sévère bar Schakko et retrouvés par Paul de Lagarde (The Academy, 15 octobre 1871, p. 461). Le P. Cardahi, dans le Liber Thesauri de arte Syrorum poetica, en cite un autre vers sans indiquer la source. »

1 Al-Fihrist (éd. Flügel), p. 287.

? Classes des Médecins, p. 36, 1. 14.

$ Les Arabes connaissaient l'évangéliste Marc. Un autre Marcos est cité ibid. p. 35, 1. 2.

4 Ueber einige arabische Senlenzensammlungen, dans la Zeitschrift der deuts. morg. Gesellschaft, XXXI, p. 506-528.

Ὁ L'identité de ce manuscrit a été découverte par M. Steinschneider; celle du manuscrit 160 (Casiri, 156) de l'Escurial avait été reconnue dès 1820 par Am. Peyron; voir les références données par STEINSCHNEIDER, Die hebräischen Uebersetzungen des Mittelalters (Berlin, 1893), p. 348.

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120 HARTWIG DERENBOURG

Les comparaisons d'A. Müller avec les deux manuscrits de Leyde 1488 et 1489 contenant des répliques par Aboû 1-Wafà Moubaschschir ibn Fâtik et par Schams ad-din Mohammad Asch-Schahrouzouri.

avec les sentences de Sextus et avec certains passages du Nouveau Testament sont des contributions importantes qui aideront à trancher

les questions d'origines. Celui qui ré ‘pondra à l'appel d'August Müller pour composer un travail d'ensemble sur cette littérature parénétique devra consulter, non seulement les manuscrits —

de l'Escurial 760, contenant les Adages des Philosophes, et 7

qui renferme des fragments analogues, mais aussi le TE arabe 3953 de la Bibliothèque Nationale, opuscule du même contenu,

présentant des identités frappantes, des emprunts non déguisés, opuscule composé pour Al-Malik Ath-Thähir Guiyâth ad-Din Gâzi,

prince d'Alep, l’un des fils de Saladin, c'est-à-dire à la fin du xn° siècle de notre ère. Provisoirement j'attribue cette compilation à Schihäb ad-Din Aboû'l-Foutoûh Yahyà As-Souhrawardi !.

Comme l’a démontré M.Steinschneider, la plus ancienne rédaction des Aphorismes qui nous soit parvenue ἃ été écrite en arabe et n'est plus représentée que parles manuscrits 760 de l'Escurial (Casiri. 756) et 651 de Munich. Les versions hébraïque, éthiopienne et espagnole en dérivent directement. Elles ont subi des remaniements pour ce qui concerne l'ordre et la disposition des chapitres. Le fond et la forme sont restés les mêmes. Le Moussaré haffiléséfim, comme on s'est accoutumé de désigner la version hébraïque par un titre peut-être pseudépigraphique?, le Mashafa faläsfa tabibän éthiopien?,« E7 libro de los buenos proverhios que dirieron los plalosophos * » émanent

sans contredit d’une même source, des As wWa)l ΟἹ, des Aphorismes des Philosophes. Les traductions éthiopienne οἱ espagnole sont anonymes ; ce fut Jehoudâh Al-Harizi qui, vers 1200, rendit ce

‘Jen Ai Osaisr'a, Classes des Médecins, Il, p. 167 ; [ΒΝ Κηλιμικὰν, Biographical Dictionary, IV, p. 153-159.

* STEINSCHNEIDER, Die hebrüischen Uebersetzungen des Mitlelalters, p. 350. Je suppose que le vrai titre figure en tête du manuscrit hébreu 896 de la Bibliothèque Nationale : cf. ISRAEL Lévi, les Traductions hébraïques de l'Histoire d'Alexandre, dans la Revue des Études juives, IN, p. 243.

$ C. H. Connie, Das Buch der weisen Philosophen (Leipzig, 1875). Aux pages 54-56, on y trouve des aphorismes de Socrate et de Diogène en arabe, d'après le manuscrit 651 de Munich.

# H. Kxusr, Millheilungen aus dem Eskurial (Tübingen, 1879), p. 1-65; 519-337; cf. STEINSCHNEIDER, Spanische Bearbeitungen arabischer Werke, dans le Jahrbuch für romanische und englische Lileratur, XII, p. 354-358.

recueil accessible à ses coreligionnaires de Lunel et le fit entrer dans la littérature juive. Il eut sur ce nouveau terrain un vif succès, attesté par le nombre considérable des copies, par trois éditions publiées à Riva di Trento (1562), à Lunéville (1804), à Francfort-surle-Mein (1896). Le dernier éditeur, M. le Ὁ" A. Lœwenthal, avait promis, en mars 1896, une traduction allemande d’après l'hébreu : elle a paru dans le cours de cette même année!. La division en trois « portes », dont chacune comprend un certain nombre de chapitres numérotés, ἃ été empruntée par M. le D' Lœwenthal à une classification artificielle introduite dans l'édition princeps. Malgré la commodité de cette ordonnance, elle s’est introduite par effraction dans le texte d'Al-Harizi, et une saine critique aurait dû l'en élaguer.

L'original arabe, tel que nous le possédons, a-t-il vraiment été rédigé par Honain ibn Ishâk? August Müller, surpris de la couleur musulmane répandue sur certains apophtegmes mis dans la bouche des philosophes grecs, frappé des allusions transparentes aux idées et à la langue du Coran et des doxologies, au soûfisme et à l'islamisme, ἃ révoqué en doute que ce pût être l’œuvre d'un chrétien. M. Steinschneider ne s’est pas laissé convaincre. Et en effet le manuscrit de Munich étant acéphale et ne donnant aucune indication ni sur le titre, ni sur l’auteur du livre, on pouvait admettre qu'un diacre chrétien, honoré en pays musulman, avait subi, sans s'y dérober, l'influence de l'air ambiant, qu'un Nestorien, transplanté de Hiîra à Bagdâd, ayant beaucoup voyagé, n'avait pas entièrement soustrait sa pensée aux infiltrations du dehors. Ajoutons que Honain ibn Ishâk a vraiment composé un ouvrage intitulé : BV || PUS VE ὮΝ 2. ἜΤΙ »ῳ» Traits rares des Philosophes et des Sages, et Aphorismes des Maîtres anciens *. Plusieurs citations tirées de ce livre par Ibn Abi Osaibi'a se retrouvent dans nos

1 ΗΌΝΕΙΝ 1ΒΝ IsnÂk, Sinnsprüche der Philosophen (Berlin, 1896). 2 De même dans Häbnsf KHaLira, Lexicon bibliographicum, VI, p. 387. An-Nadim n'a pas mentionné cet ouvrage parmi les œuvres de Honaiïin (Al-Fihrist, p. 294-295).

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explicitement et qui rentrent dans sa spécialité. En revanche, d’autres éléments ont été apportés du dehors, qui, selon les licences accoutumées des plagiats arabes, ont été juxtaposés, ajoutés, réunis, sans aucun art de composition, par une main étrangère, dont l'in-

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? Mes notes sur le texte arabe ne me permettent pas de contrôler s'il porte comme l'hébreu (éd. Læwenthal, p. 2): « Honain ibn Ishâk, le traducteur chrétien ».

* Traduction hébraïque, p. 51; cf. Coran, xvm, 82.

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122 HARTWIG DERENBOURG

Aphorisimes des Philosophes*. Si Al-Harizi, au moins dans sa préface, est muet sur la provenance des « pierres calcaires » qu'il se propose de « transformer en pierres précieuses », en revanche, on

ht entèle des Buenos Proverbios : « E traslando este libro Joanicio,

Hjo de Ysaac, de griego ἃ arabigo, ὁ traslandamosle nos agora de

arabigo ἃ latin. » Le latin est la langue néo-latine, l'espagnol.

Malgré ce témoignage formel, nous avons hérité d'August Müller son sceplicisme et, en reprenant sa thèse, nous l'étayons sur un document inédit qu'il n'avait pas eu à sa disposilion. Avant de le rencontrer, nous avions été entrainé vers les mêmes conclusions par la vue mème du livre. Honain ibn Ishäk y est allégué à plusieurs reprises, surtout dans les premières pages, avec la formule: « Honain ἃ dit? », jamais avec la formule : « L'auteur ἃ dit », selon le protocole des écrivains arabes qui se citent eux-mêmes. Honain disparait complètement lorsqu'on arrive à la légende, arabisée d'après le Pseudo-Callisthène, d'Alexandre « aux deux cornes? ». La source n'est plus la même que celle à laquelle sont puisées les inscriptions apocryphes qui auraient 6t6 gravées sur les cachets des anciens philosophes grecs, les assemblées où ils se seraient réunis, les senlences qu'ils auraient proférées. Honain peut, à bon droit, revendiquer la paternité de ces passages auxquels son nom est attaché explicitement et qui rentrent dans sa spécialité. En revanche, d'autres éléments ont été apportés du dehors, qui, selon les licences accoutumées des plagiats arabes, ont été juxtaposés, ajoutés, réunis, sans aucun art de composition, par une main étrangère, dont l'intervenlion est demeurée visible.

Si le manuscrit de Munich n'était pas dépourvu de son premier feuillet, 11 fournirait probablement le même renseignement qui figure en tête du manuscrit de l'Escurial. Pour qu'on puisse contrôler la lecture que 10 proposerai, je donne à la page suivante un fac-similé intégral du tre :

‘IBx Ami Osaisr'a, Classes des Médecins, donne le titre 1, p. 200, 1. 12. Le livre analogue : TL διὰ a) | —b! ÈS que (1, p. 200, 1. dern.) il attribue à Ishäk, fils de Honain, est un doublet provenant d'une confusion, à moins que cette double mention ne révèle une collaboration entre le père et le fils. Les citations sont ibid., 1, p. 28, 29, 47, 31,57, 61 et 88; cf. SaxGuixerri dans le Journal asiatique de 1855, 1, p. 178, 319, 330 et 340.

? Mes notes sur le texte arabe ne me permettent pas de contrôler s'il porte comme l'hébreu (éd. Læwenthal, p. 2): « Honain ibn Ishäk, le traducteur chrétien ».

* Traduction hébraïque, p. 51; cf. Coran, xvut, 82.

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Les Aphorismes des Philosophes nous sont donc parvenus avec nombre d'additions par « Mohammad ibn ‘Ali ibn Ibrähim ibn Ahmad ibn Mohammad Al-Ansäri. qu'Alläh lui pardonne par sa faveur et ses bénédictions! » Cette édition plus copieuse, œuvre d'un compilateur obscur, n'a pas tardé à circuler sous le nom illustre de Honain, nom qui, de l'intérieur du livre où il était souvent répété, surtout dans les premiers paragraphes, ἃ passé sans difficulté en avant sur le titre. L'autorité du livre y gagnait. Cette usurpation eut pour complices tous ceux qui, lorsqu'ils lisent des pages choisies d'un écrivain, oublient trop facilement l'homme de goût qui leur ἃ procuré des Jouissances raffinées et sans mélange pour ne se souvenir que de l'écrivain supérieur dont il leur ἃ fourni la quintessence. Le manuscrit de l'Escurial, écrit en magrébin d'Espagne, l'an 594 de l’hégire (1198 de notre ère), a préservé l'unique trace d'une mémoire effacée. Dans ce petit point d'histoire littéraire, comme dans ce qui concerne toutes les branches de la littérature arabe, l'Espagne s'est montrée la gardienne vigilante du passé et des traditions. Casiri a passé outre, effrayé par la difficulté du déchiffrement, et s’en est tiré en mentionnant Honain!. Je crois accomplir un acte de justice en évoquant un nom oublié, tout en regrettant de ne pouvoir fournir aucun renseignement sur Mohammad ibn ‘Ali ibn Ibrähim ibn Ahmad Al-Ansäri. Nous ne savons même pas s'il était un érudit au courant des lettres grecques. Son islamisme est hors de doute, et l'empreinte de sa foi est profondément marquée dans son recueil, alors même que son esprit de tolérance, sans étroitesse et sans fanatisme, lui a permis d'y admettre et d'y citer à plusieurs reprises le traducteur chrétien, le médecin Aboùû Zaid Honain ibn Ishäk

Hartwig DerexBourc.

! Casiri, Bibliotheca Arabico-Hispana, 1, p. 226.

SYMBOLA EMPEDOCLEA

Vexatissimus est in Empedoclis reliquiis magnificus ille de dæmonum pœnis locus v. 369 sq. editionis Steinianæ :

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