PES
πολλῶν TVA Ξγοντὰ "
M. Kaibel, adoptant une correction d'Ad. Emperius, caange φρυναίου ON φρυνίου.
Mais ce mot, dans le sens de crapaud, est inusité ; de plus, on ne voit pas la raison de ce diminutif. La correction παῖς τὸν Φρύγα vient naturellement à l'esprit. C'est celle qu'a faite Bergk”, et à laquelle je m'étais arrèté tout d'abord. Rien de plus naturel, en effet, que de rappeler ici l'origine étrangère de la flûte : Les mots τὰν
: Voyez l'ensemble du fragment à la fin du présent article. — Une prem ière difticulté, pour l'intelligence du morceau, se rencontre dans la phrase d'Athénée qui le précède (XIV, p. 617 B-C): Πρατίνας δὲ ὁ Φλιάσιος αὐλητῶν χαὶ χορευτῶν μισθοφόρων χατεχόντων τὰς ὀρχήστρας ἀγαναχτεῖν τινας ἐπὶ τῷ τοὺς αὐλητὰς μὴ συναυλεῖν τοῖς χοροῖς, χαθάπερ ἦν πάτριον, ἀλλὰ τοὺς χοροὺς συνάδειν τοῖς αὐληταῖς᾽ ὃν οὖν εἶχεν χατὰ τῶν ταῦτα ποιούντων θυμὸν ὁ Πρατίνας ἐμφανίζει διὰ τοῦδε τοῦ ὑπορχήματος. Cette phrase est inintelligible. De quoi dépend ἀγαναχτεῖν ? On ne peut songer, d'autre part, à lui donner τινάς pour sujet: la colère dont il s’agit doit être rapportée à Pratinas lui-même, comme le prouve la suite, ὃν οὖν εἶχεν... θυμὸν ὁ ΠΙρατίνας. M. de Wilamowitz-Mœællendorff propose ἀγαναχτήσας ἐπὶ, Qui laisserait la phrase en suspens. Je crois plutôt qu'il faut considérer τινάς comme une addition marginale ou interlinéaire destinée à atténuer ce que l'expression τὰς ὀρχήστρας paraissait avoir de trop général, et j'écrirais: ἀγαvantei ἐπὶ.
? M. S. Morpurgo, bibliothécaire de la Marciana, a bien voulu vérifier pour moi le passage, ainsi que plusieurs autres. Ses lectures confirment la scrupuleuse exactitude de la recension que M. Kaibel a faite du manuscrit en 1882.
ὃ Lyrici græci, 4° éd., I, p. 558.
REMARQUES SUR PRATINAS 135 inv Δώριον χερξίχν prennent une valeur toute nouvelle, dès qu'on y voit l'intention bien déterminée d'affirmer [ἃ supériorité de la danse et de la musique nationales sur l'art venu du dehors. On peut rapprocher ce fragment des Mysiens de Sophocle :
΄ » r 95 τρίγωνος AVTICTATT
Pour la fin du vers, Bergk, partant de προανέχοντα, donné par cer-
tains manuscrits, propose : τὸν ἀοιδοῦ ποικίλου προχχέοντα, qui ἃ le double inconvénient de s’écarter beaucoup du texte et de rééditer, en l'affadissant, la gracieuse image du vers #, ποιχυλόπτερον ΠῚ m'avait semblé qu'un léger changement offrirait un sens 58 {15faisant. Il suffisait d'écrire : τὸν ποιχίλαν χρόαν ἔχοντα. La particularité à laquelle ces mots eussent fait allusion se devine aisément. On connaît cette sorte de fourreau en peau mouchetée que reproduisent d'innombrables peintures de vases (scènes de banquet, de cômos, d'enseignement musical, etc.) : c'était l’étui à flûte, ou la συῤέν. Munie, à la partie supérieure, du τλωττοχομεῖον, qui renfermait les γλῶτται ou languettes de rechange, elle constituait un accessoire indispensable pour l'aulète, qui la portait au bras, suspendue par une courroie?. Comme les satyres de Pratinas s'en prennent uniquement à ce qu'on pourrait appeler les défauts physiques de la flûte, qu'ils s’attachent à peindre comme un ètre animé, aussi bizarre que ridicule, on n’eût point été surpris que cette peau bigarrée qui lui servait d’enveloppe fût au nombre de leurs griefs; elle eût encore ajouté à l'étrangeté burlesque de l'intrus qui prétendait régler leurs chants.
L'autorité du Marcianus m'a fait abandonner cette hypothèse. On lit dans ce manuscrit : πνοὰν ἔχοντα. La faute, ailleurs, tient à la confusion, fréquente dans la cursive, entre v et ρὲ mais c’est bien πνοῖν qui paraît être la vraie leçon. Dès lors il faut revenir à l'idée du crapaud; seulement, au lieu de φρυνίου, ou de φρυναίου, que conservent Meineke et les récents éditeurs du fragment, tels que MM. Hiller et Crusius, c'est φρυνέου que je proposerais d'écrire”. Les Grecs dis-
1 Nauck, Trag. gr. fragmenta, 2° éd., p. 221, n° 378. 2 Voyez Pozzux, VII, 153, et X, 153.
3 Cf. Ὁ. Crusius, Anthologix lyrica d'Ed. Hiccer, Leipzig, 1897, p. Lxur.
posaient de plusieurs termes pour désigner soit le crapaud, soit différentes espèces de crapauds. Le Grand Étymologique fournit, notamment, l'indication suivante : Φρυνέος : δηλονότι φρῦνος᾽ φρυνέος, πλεονασμῷ τοῦ Ε΄ εἶ
en αι, et inversement, se présente souvent dans les manuscrits. Quand on y réfléchit, la comparaison est d’une singulière justesse. Rien ne ressemble plus aux notes si nettement distinctes de la flûte que ce chant intermittent du crapaud, dont la mélancolie n’est pas sans charme dans le silence du soir. Les anciens, sans doute, étaient peu sensibles à ces impressions; ce qui, du reste, justifie l’allusion désobligeante de Pratinas, c'est la nature déplaisante de l'animal, dont la peau visqueuse et verruqueuse (ποικίλου) a, de tout temps, inspiré à l’homme une instinctive répulsion.
Le vers 10 est particulièrement difficile à restituer. Je ne pense pas qu'il y faille admettre la conjecture de Bergk, reproduite par M. Kaibel : ἐλεσισιαλοχάλαμον. Le Marcianus donne ὁλοσιχλοχαάλαμιον, qui cadre beaucoup mieux avec la comparaison du crapaud. Un chalumeau tout poissé de salive, parce qu’on crache dedans en y soufflant, voilà bien l’idée qui convient ici. Et cette idée convient également, si l'on regarde aux qualifications qui suivent : quelque texte qu'on adopte pour la fin du vers, ce qui s’en dégage, c’est que la flûte est un instrument à la fois loquace et lourd, incapable de suivre la voix. Pratinas est loin, pour elle, de la bienveillance de l’auteur des Problèmes, qui lui reconnaît, entre autres mérites, celui de dissimuler les fautes du chant?.
Le début du vers 11 ἃ fort embarrassé les éditeurs. Θῶπα, auquel s’est arrêté M. Kaibel, d’après une conjecture de M. de Wilamowitz- Mællendorff, a le tort d'introduire dans le morceau une idée morale
qui n'y ἃ que faire. Le manuscrit de Venise porte θυπα. Faut-il, avec
Bergk, écrire θ᾽ ὑπαὶ 2 Mais ce qui suit ne peut viser que les trous pratiqués dans la flûte, et ces trous, pendant le jeu, sont au-dessus, non à la partie inférieure de l'instrument. La véritable leçon est, semble-t-il, σῆπα; l'erreur serait venue de la ressemblance, en onciales, du σ et du#, et d'un phénomène d'iotacisme, ou d'une mauvaise lecture de l'x. Plusieurs auteurs parlent du 54, mais ils ne paraissent pas
1 Ed. Gaisrorp, Oxford, 1848, p. 804, 1. 29.
2 ARISTOTE, Problèmes, XIX, 43.
REMARQUES SUR PRATINAS 137
désigner par là le même animal. Les uns appellent ainsi une sorte de caméléon, qui se rencontrait surtout dans l'Othrys!, les autres, un lézard dont la morsure provoquait une soif ardente : de là, d’après le scholiaste de Nicandre, l’épithète de ξίψιος que lui donne ce poète *; d’autres font du sy une espèce de serpent. Faut-il l’assimiler à la ζιγνίς d’Aristote ὁ 2 Marchait-il ou rampait-il sur le sol? ? Un point sur lequel à peu près tous les témoignages sont d'accord, c'est que sa morsure était dangereuse. Qu'il s'agisse d’un serpent ou d'un lézard pourvu de très courtes pattes et comparable, pour l'aspect général, à un serpent, l'animal en question était certainement familier aux gens de la campagne, qui devaient le redouter autant pour leurs bestiaux que pour eux-mêmes. Pratinas était donc sûr d'être compris en comparant la flûte à cette bète malfaisante, qui n'est même pas, ici, en chair et en os (τρυπάνῳ δέμας πεπλασμένον), ajoutant par là le ridicule à la répugnance et à la crainte qu'inspirait son seul nom.
écrire, avec Bamberger : ἅδε σοι ξεξιᾶς χαὶ ποδὸς διχρριφά. Nous commençons aujourd'hui à nous rendre compte, grâce aux récents travaux de M. Maurice Emmanuel, des divers mouvements de danse des Grecs. Or celui qui est indiqué ici est une sorte de gesticulation préparatoire, qui consistait à projeter simultanément deux membres de côté différent (ξιχρριφά), comme le bras droit et la jambe gauche. La figure 275 de l’Essai sur l’Orchestique grecque et la reconstitution schématique qui la complète {276) expliqueraient, à mon sens, assez exactement le geste auquel les satyres font ici allusionf. L'expression ἢν ἰδού montre bien qu'il s'agit d’un
1 PSEULO-ARISTOTE, Sur les récits merveilleux, 164. — Cf. ÉLtEx, Hist. des Animaux, XVI, 40.
2 NicanoRE, Theriaca, 141, et le schol. Ce ne serait pas, à mon avis, une raison en faveur αἀ᾽ ὀλεσισιαλοχάλαμον, où doit encore dominer l'idée du crapaud. Nicandre parle également du σήψ au vers 817.
3 DioscorinE, V, 22, à propos du breuvage appelé ὀξύμελι :... ἀρήγει δὲ καὶ τοῖς ὑπὸ ἐχίὅνης τῆς χαλουμένης σηπὸς δηχθεῖσι. Il est vrai que Sprengel, adoptantune ancienne conjecture, insère χαὶ devant τῆς. Cependant Pausanias, dans la description très précise qu'il fait du σὴν (ΤΠ, 4, 7), le compare à une vipère (ἔχις) de petite taille. :
4 ARISTOTE, Hist. des animaux, VIT. 34. 8. — Cf. Diosconipe, IE, 70, et le commentaire de ce passage, t. [T, p. 444 de l'édition Sprengel.
5. La définition d'Hésychius : Σῆπες, ζῷα ἑρπετά, ὄφεις, ne précise rien.
6 Les deux figures auxquelles je renvoie et qui, précisément, représentent des satyres, ne comportent, pour les jambes, que des glissés. On peut imaginer un mouvement plus vif, dont la figure 577 donnerait une idée.
A2 0 in im τος ca nn au ce mens - . ἝΝ d εν
prélude. Dans la Pair d’Aristophane, les paysans d'Athmonon qui composent le chœur ne peuvent contenir leur joie, quand ils entrent en scène, à la nouvelle que la déesse réparatrice de tous leurs maux va leur apparaître. En vain Trygée leur recommande le calme, de peur que leur tapage n’attire la Guerre ; leur allégresse se manifeste par des lancements de jambes qui ne forment pas, proprement, une danse, mais qui en seraient comme la préface, si la prudence ne les arrêtait bientôt ;
Ὅν LE ᾿ ι Νι LA ὮΝ 1509 FA TT, πξτ
disent-ils en faisant une gambade qui doit être la dernière, et nous voyons un peu plus loin que leurs ébats se réduisent à jeter en l'air tour à tour la jambe droite et la jambe gauche. C'est quelque chose d’analogue dont il est question chez Pratinas : après leur tumultueuse irruption dans l'orchestre, les satyres préludent à une mimique plus régulière en dédiant à Dionysos (δε σοι διὰ leurs premiers assouplissements.
Voici, pour finir, comment je proposerais de lire le morceau tout entier :
- x ΄ Lan \ w παῖξ ὑνξου ποιχίλου πνοὰν ἔχοντα, γ da - 1 - = “ ΕῚ τ “ἢ 4 / = 27 PAËYE τὸν ὁλοσιαλοχάλαμον, λαλοῤαρύοπα, ra δραμελορυθμοβάταν,
V. 3: θύμενον Bergk, σύμενον Kaibel. — V. 1: χωμῶν μόνον À, χώμων μόνων E (ces deux mots dépendant ἀ ὑπηρέτας), χώμῳ μόνον Bergk, χώμοις μόνον Wilamowitz
REMARQUES SUR PRATINAS 139
Kaibel (il est aisé de comprendre comment χώμοισι, en onciales, ἃ pu donner χώμων) : θεα εἰ A, θέλει Dobree, θέλοι Wilamowitz Kaibel; πάροινον Δ, rap οἶνον Dobree, παροίνων Bergk Kaibel. — V. 9: παῦε τὸν Φρύγα τὸν ποικίλον θροῦν προχέοντα Jacobs, παῦε τὸν Φρύγ᾽ αὐλοῦ ποιχίλου πνοὰν ἔχοντα Hartung. — Ÿ . 10 : ὁλοσιακάλαμον E ; λαλοθαρυοπαραμελορυθμούαταν À, λαλοδαρυπαραμελορυθμούαταν E, λαλοόαρυοπα... μελορυθμούαταν Kaibel («βραδυπαξ»ραμελορ. Wilamowitz), λαλούαρυόπα παραμελορ. Bergk (ce sont autant de substantifs, et λαλοδαρύοπα,. en particulier, ne doit pas être assimilé à l'adjectif βαρυόπης employé par Pindare, Pyth., VI, 24).— V. 11: θῆτα Hartung. — V. 12 : δεξιὰ Bergk Kaibel.
Paul GirARp.
ον ne EU ou
Nous sommes assez mal informés sur la vie d'Hérodote. La chronologie nous fait presque entièrement défaut. On est parvenu, il est vrai, à en fixer quelques points d'une importance mineure. Ainsi nous savons que l’historien voyageur ἃ visité l'Egypte certainement après 460 (date de la bataille de Paprémis) et probablement après 455 ou même après 449, puisqu'il ἃ vu le pays entier, y compris le Delta, jouissant d'une paix profonde. Nous savons, de plus, qu'il a commencé son grand travail à Athènes ou au moins après un séjour assez prolongé dans cette ville, qu’il l’a continué à Thurioi après 443, et que, pendant les trois ou quatre premières années de la guerre du Péloponèse, il a encore été occupé de l’œuvre qui l’a rendu immortel. Mais nous ignorons complètement l'époque de sa mort, et nous ne possédons sur celle de sa naissance aucune donnée à la fois précise et bien autorisée.
Je crois devoir appeler l'attention des érudits sur un petit document littéraire que l’on ἃ indûmenrt négligé jusqu'ici. Sophocle ἃ adressé à Hérodote un poème dont Plutarque nous ἃ préservé un vers et demi (An sent respublica sit gerenda, chap. ur) :
΄ » \ ,’ REVT ἐπι REVTY LOVTA.
Tout mince qu'il est, ce fragment me semble suffisant à décider la question chronologique la plus importante, celle qui concerne la date dé la naissance de l'historien d'Halicarnasse. Le raisonnement sur lequel je m’appuie forme une petite chaîne qui se com-
142 TH. GOMPERZ
pose de deux anneaux. Quiconque voudra bien y réfléchir un instant m'accordera volontiers que l’auteur du poème n'a pu, sans un manque absolu de tact et de goût, le commencer par les mots : « Moi, Sophocle, j'adresse ces vers à Hérodote à l'âge de cinquantecinq ans, » sans mentionner en même temps l’âge de Fami qu'il veut réjouir et honorer par cettre épitre poétique. Renfermer ces deux chiffres dans le cadre serré d’un seul vers élégiaque, lutter avec les difficultés inhérentes à cette tâche, en triompher avec aisance, C'était un jeu spirituel et gracieux : procéder autrement, c'eût été faire preuve d'une fatuité, sinon d’une arrogance tout à fait étrangère à celui qui, avant tout, a été « aimable ici et aimable là-bas ». Mais, si ce raisonnement est juste, si la fin mutilée du second vers ἃ en effet contenu ce que nous y cherchons, il en résulte une conséquence assez grave. L'antiquité possédait des données précises sur la vie de Sophocle. Supposez que l'on était moins heureux à l'égard d'Hérodote ; alors le distique du grand poète tragique était tout à fait propre à combler cette lacune, et les chronologistes éminents, l'opiniâtre Apollodore à leur tète, n'étaient pas gens à faire fi d'un témoignage aussi précieux. L'on disposait donc de moyens parfaitement suffisants pour déterminer l'époque de la naissance d'Hérodote, et une notice relative à ce sujet, que nous rencontrons dans [65 écrits d’un auteur quelconque, qui ἃ pu et dû utiliser les travaux des chronologistes, a toutes les chances d’être vraie.
Or une pareille notice nous est en effet parvenue. Je parle du passage des Hypomnemata de Pamphilé, cité et traduit par Aulu- Gelle (XV, 23,2), qui traite du synchronisme des trois historiens célèbres du v° siècle. Selon Pamphilé, Hellanicus comptait, au moment où la guerre du Péloponèse éclata, soixante-Cinq ans; Hérodote en comptait einquante-trois ; Thucydide, quarante. Ce passage fameux a été le sujet de bien des commentaires. Quant à nous, nous nous rangeons sans hésiter à l'avis de M. Diels (Rheirasches Museum, XXXI, 49), que, ici comme ailleurs, la chronique d'Apollodore est la source où le bas-bleu du temps de Néron ἃ puisé son érudition chronologique. Nous n’insistons pas sur le caractère authentique de la notice en tant qu’elle concerne Thucydide. Nous admettons même volontiers qu’elle ne reproduit probablement qu'un calcul basé sur ce que les anciens ont appelé l’acmé. Le grand
-, «τὼ M ne En +
s RES dan den
historien déclare, au début de son œuvre, qu'il a suivi altentivement dès l'origine les événements de la guerre ; on pouvait donc supposer quil avait atteint à cette époque l’âge de pleine maturité, fréquemment identifié avec l’âge de quarante ans. Cette argumentation de M. Diels est plus que spécieuse, parce qu'on ἃ de bonnes raisons pour supposer que l'antiquité manquait de données précises sur l'année de naissance de Thucydide. Nous nous refusons, à vrai dire, absolument à croire qu'Apollodore, qui a donné tant de preuves d'une méthode sûre et consciencieuse, ait osé présenter une pareille conjecture comme un fait avéré. Ici encore. nous nous trouvons en plein accord avec M. Diels, sinon avec ses successeurs plus hardis que lui.
Quant à Hellanicus, personne n'a jusqu'ici tenté de rattacher Ja notice de Pamphilé à une conjecture quelconque, à une combinaison plus ou moins arbitraire. Mais on a émis des doutes. peu fondés selon nous, sur la vérité objective de cette notice. L'argument principal de ceux qui prétendent qu'Hellanicus était plus jeune qu Hérodote dérive de ce qu'il semble avoir une ou deux fois mis à profit l'histoire d'Hérodote. Cette manière de conclure nous parait en général assez hasardée. De deux auteurs contemporains, l'un achève son œuvre principale à l’âge de trente-cinq ans, l’autre ἢ ἃ fait que l'ébaucher à l'âge de soixante-cinq ans. Le cas qui nous occupe présente des circonstances particulières. Le livre d’'Hérodote n'a certainement pas été publié après 425. Non seulement
aucun indice ne nous mène au-delà des premières années de la guerre, mais, puisqu'Hérodote recherche plutôt qu'il n'évite des allusions aux événements contemporains, l'argument ex silentio acquiert cette fois-ci, — on l’a dit il y a longtemps, — une force exceptionnelle. Or Hellanieus ἃ été remarquable par sa longévité, et rien ne s'oppose à la supposition qu'il ait utilisé dans un de ses
écrits nombreux un ou deux passages de l’œuvre de celui qui a été son cadet de douze ou treize ans.
Mais c'est de celui-ci que nous avons à nous occuper. L'âge que Pamphilé lui assigne pourrait très bien être le résultat d’une combinaison de mème genre que celle à laquelle on ἃ ramené la notice qui a trait à Thucydide. La colonie de Thurioi a été fondée en 444-443. Hérodote ἃ pris part à la fondation de la colonie, ou au moins il est devenu peu après citoyen de cette ville : l'époque de Thurioi ἃ
144 ΤΠ. GOMPERZ
Joué un certain rôle dans la chronologie d'Apollodore. Etant dépourvu de données précises sur la naissance d'Hérodote, celuici pouvait très bien profiter de cette date pour y rattacher l’âge de l'historien: 444 - 40 — 484. Tel est le raisonnement de M. Diels. excellent en soi, et auquel nous nous rendrions volontiers, n'était le distique de Sophocle. Certes, on ἃ pu fixer la naissance d’Hérodote par une conjecture relative à l'âge auquel il ἃ pu émigrer à Thurioi, et Apollodore ἃ pu émettre une pareille conjecture. Mais il ny a pas de bonne raison pour contester l'authenticité de la notice de Pamphilé ou plutôt d'Apollodore, — inattaquable du reste en elle-même et en parfaite harmonie avec les renseignements de deux bons auteurs ‘, — dès qu'il est démontré que l'antiquité a disposé de moyens sûrs pour fixer la date en question, non Pas par une combinaison plus ou moins conjecturale, mais par un simple calcul.
Platon naquit en 427 ; il a fondé son école en 387; 1] ἃ donc accompli l'acte principal de sa vie à l'âge de quarante ans. Mais
personne ne songe plus à révoquer en doute ces données par la:
raison qu'elles pourraient être le fruit d'un calcul basé sur l'acmé, bien que jadis de pareils scrupules aient été exprimés par un critique par trop adonné au scepticisme littéraire et historique. Reste à savoir comment il faut compléter le distique de Sophocle. Celui-ci naquit dans la première partie de l’année 497-496 (avant Janvier 496, ef. Rrrscus, Acta societatis pPhilologæ Lipsiensis, IL. 194, et Haicn, The tragic drama of the Greeks. Ρ. 126). Si Hérodote ἃ réellement atteint l'âge de cinquante-trois ans au printemps de 431, il était né entre le printemps de 485 et celui de 484. Si nous ne tenons compte que des années en question du calendrier grec, les éléments de notre comput sont formés par les années 497-196 et 432-431 ; la naissance d'Hérodote est fixée à 485-484 et la dilférence des deux âges devrait s'évaluer à douze ans. Dans ce cas une restitution du vers élégiaque à la fois élégante, et s'accordant exactement avec
{ ες £ . * ΄ ΄ Ἀ = y 4 4 9 Diodore (II, 32) dit qu'Hérodote est né χατὰ Ξέρξην, c'est-à-dire pas avant 485. Denys * - ὸ μ᾿ 7 ΕΝ * . . “" - τ d'Halicarnasse (du Caractère de Thucydide, ch. v) dit qu'il naquit ὀλίγῳ πρότερον τῶν Περσικῶν, c'est-à-dire, selon l'usage constant des écrivains grecs, peu avant la grande campagne des guerres médiques, ou avant 480. On a prétendu que ces deux renseignements Sont également dérivés de la chronique d'Apollodore et ne possèdent, par consé-
quent, aucune valeur indépendante. C'est possible, mais ce n'est ni démontré, ni démontrable.
la notice de Pamphilé, serait à peine possible. Mais non seulement l'inadvertance qui confond les années accomplies et les années qui ne sont qu'entamées est fréquente chez les anciens; c'est même la règle pour Apollodore d'entendre par les années dont il parle des années en train de s'écouler (οἴ. Drecs, /. €., p. 17, n. 2). Il est donc parfaitement licite de traduire, comme on le fait généralement, les mots d'Aulu-Gelle: (annos) tres et quinquaginta natus, par dans sa cinquante-troisième année ; alors la différence des deux âges monte de douze à treize ans. Même résultat si nous supposons qu'Apollodore ἃ voulu parler cette fois-ci d'un nombre d'années accomplies, mais que la naissance d'Hérodote appartient à la seconde moitié de l'année grecque (entre Janvier et Juillet), que Sophocle tint compte de cette circonstance et qu'il composa son poème entre son jour de naissance à lui et celui de son ami. En tout
Cas nous nous croyons autorisé à restituer Île distique transmis par
Plutarque de la manière suivante :
Th. GouPErz.
Vienne {en Autriche).
Il convient de dire que Théodore Bergk avait d'abord voulu compléter le vers mutilé par les mots ἄρθμιος ἠδὲ φίλος, et qu'étant revenu de cette conjecture peu probable il a fini par s'exprimer ainsi (Poelæ lyrici, 11. 4,245) : «Poetacumipse, quot annos tunc fuerit natus, testificetur, fortasse etiam Herodoti amici ætatem indicaverat, ac possis versum in hunc modum redintegrare πέντ᾽ ἐπὶ πεντήχοντ᾽ ὄντι δὶς εἴχοσ᾽ ἐτῶν. »
Il convient également de dire que le passage de Plutarque renferme une difficulté à laquelle la discussion qui précède n’a pas touché. Le moraliste de Chéronée parle ici d'ouvrages que les poëtes les plus célèbres ont composés dans leur grand âge. Or la mention de l’âge de cinquante-cinq ans est faite pour nous surprendre. Faut-il donc supposer que le texte est altéré, que l’on doit substituer à πέντ᾽ ἐπὶ mevrrxovr OU πέντε χαὶ ἑξήχοντ᾽ OU ἕξ τε χαὶ ἑξήχοντ᾽, ou quelque chose de semblable? Ce serait tomber dans l'arbitraire pur et simple. Ou faut-il chercher l'augmentation du chiffre dans ce qui suivait ? Des difficultés sérieuses s'opposent à cette hypothèse. Plutarque a très bien pu retrancher du second vers tout ce qui ne se rapportait pas à l'âge de Sophocle luimême ; il n'a pas pu omettre des mots qui formaient le complément du chiffre qu'il désirait présenter à ses lecteurs. L'on aurait donc besoin d'une hypothèse auxiliaire. 1} faudrait soupconner un copiste d'avoir volontairement ou involontairement mutilé le vers de manière à en dénaturer complètement le sens. Cette hypothèse est peu probabale en elle-même. Elle devient moins probable encore quand on cherche à se rendre
146 TH. GOMPERZ
compte du complément omis par la prétendue inadvertance d'un copiste. L'on pourrait penser à πέντ᾽ ἐπὶ nevrrxovra χαὶ εἴχοσι. Mais alors le second vers de ce que Plutarque appelle un ἐπιγραμμάτιον aurait été un hexamètre au lieu de ce que l’on est en droit d'attendre, un vers élégiaque. Imaginer, d'autre part, un pareil vers propre à satisfaire à l'hypothèse en question, nous semble chose bien difficile, sinon impossible. Tout considéré, je préfère donc écarter ces hypothèses plus ou moins aventureuses et supposer plutôt que Plutarque n’a pas su résister à la tentation de citer « l'épigrammalion » de Sophocle, encore que cette citation ne rentrât pas tout à fait dans le cadre qu'il s'était tracé.
LA BOHTIA
Le nom de Didymes éveille aussitôt l'idée d'un temple et d’un oracle fameux d’Apollon, mais le dieu prophète ne régnait pas seul sur ce bourg de Carie, et, s’il faut en croire le témoignage des auteurs anciens, Zeus y était son égal. Dans le poème intitulé Branchos, Callimaque invoque ainsi les dieux de Didymes :
L ! 21 r -»Ὕ Δαίμονες ἐνυμνότατοι, Doibé τε χαὶ Ζεῦ, Ad: λὼν γενάργαι,
Etienne de Byzance, plus précis encore, s'exprime en ces termes : Δίδυμα... τόπος χαὶ μαντεῖον Μιλήτου ἀφιερώμενον Διὶ χαὶ ᾿Απόλλωνι. Je n'ignore pas que les anciens avaient été de bonne heure préoccupés de létymologie du nom Δίδυμα. N'y sachant pas reconnaitre un mot carien, ne se résignant Pas par conséquent à en ignorer le sens, ils cherchaient les deux divinités (δίδυμοι), dont la réunion sur ce point du territoire milésien lui avait valu cette appellation : Apollon était l’une, Zeus était l’autre. Parmi les savants modernes, les uns ont accepté l'explication ancienne?, les autres ont pensé aux dieux jumeaux, Apollon et Artémis?, L'étymologie est fausse et la tentative inutile‘, mais il n’en demeure
1 CauLIMAQUE, fr. 189 (Bergk, Anthol. lyrica, 2° 64., 1868, p. 162).
? Boucné-LecLERCQ, Histoire de la divination dans l'antiquité, XII, p. 231.
3 F.-G. WELCKEr, Griechische Gôlterlehre, 1, p. 527. — Cf. H. GELZER, de Branchidis, Leipzig, 1869, p. 27-28. |
4 Voir O. Rayer et A. Tnomas, Milet et le Golfe Lalmique, 11 (1885), p. 28.
148 B. HAUSSOULLIER
pas moins vrai que Zeus était honoré à Didymes. Les inscriptions suffiraient à nous l'apprendre.
Sans vouloir rechercher quel était, à Didymes, le rang de Zeus, je me propose d'étudier aujourd'hui un détail de son culte. Dans une des inscriptions que j'ai récemment publiées, s'est rencontré
le titre de βοηγὸς παρὰ Aix Ὑέτιον. Comment faut-il l'expliquer?
Qu'est-ce que la 52x12? Telles sont les questions auxquelles je m'efforcerai de ie.
Le titre de ῥοηγὸς παρὰ Δία Y'éuv est porté par un personnage important, qui ἃ été prophète et stéphanéphore.
Προφήτης Θέων Θέωνοϊς,, , ER στε σας, Ὑυμνασιαρχήσαξ νξων. 9 JUVATLADYTTAS TO! τ Γ πασῶν τῶν χορηγιῶν μὐδόκξο. χωτάργης, 5 της] Δ΄: δυμήων, ἀνὴρ -
Le même personnage a été prophète une seconde fois, et l’inseription inédite qui nous l’apprend mentionne également ce titre, nouveau pour nous, de ῥοηγὸς παρὰ Aix ‘Y'éruv.
ἀνηφορήπας, γυμνατιἀρ γήτας τῶν τριῶν γυμνασίων. παιδονομήσας, à ἀγωνοβετήσας, “χορηγήσας, πατῶν ne) ca αἰσθωτίς, χωτάς- ΩΣ οηγὸς παρὰ Δία Ὑέτιον,
Le prophète Théon, fils de Théon, n’est certainement pas antérieur au 1° siècle avant notre ère ; son nom s’est en effet retrouvé dans une liste de prophètes, au-dessous d'un prophète qui ἃ été en
l'Revue de Philologie, de L'ttérature et d'Histoire anciennes, XXI (1897), p. 42, où j'ai
laissé passer une faute d'impression : il faut une virgule après χορηγός, et il n'en faut pas après χορηγιῶν.
charge au cours de la 171° ou de la 173° Olympiade (96-85 avant Jésus-Christ!). Mais d’autres inscriptions nous prouvent que la βοηγία était, à Didymes, d'institution beaucoup plus ancienne. Le mot s’est rencontré plusieurs fois dans des inventaires didyméens.
C. 1. G., 2858, 1. 6 et suiv., et Revue de Philologie, XXII (1898), p. 130.
ap nas 2 ΄ ? ΓΕ 2. ΦΝ A4 A γραφή, ἐπυχώ[ροιχι ἐνενήκοντα.
Au commencement du xviu‘ siècle, les mots Bonyia οἵ νικέσαντος étaient encore complètement lisibles. On les retrouve d'ailleurs dans les textes suivants.
Revue de Philologie, ibid., p. 128, n° 2853 bis, 1. 9-10.
LL RS re Need AR Καλλιάναχτοϊς
υ φιάλη [3]ογ tar νικέσαντος φ M [D] ΠΥ" . ὙΤΧ 17 TOC...
Revue de Philologie, ibid., p. 128, 03 ter, 1. 8-9.
La victoire de Kallianax a été très probablement remportée sous le règne de Prusias IT (180-149), car 16 n° 2853 bis précède immédiatement le n° 2853 ter, dans lequel est mentionnée ἀπὸ offrande de ce roi. Polydoros est certainement contemporain de Prusias II.
Inventaire inédit, où figure une offrande de la reine Cléopâtre. On lit à 14]. 6:
- “ dis , Γ του Αυτοφῶντος ϑονηγία: νικήσαντος...
Enfin tout un décret de Milet, Ce longtemps connu, me semble se rapporter à ce concours de £ γία. La pierre est perdue, — je l'ai vainement cherchée à Didymes, où elle avait été décou-
1 Journal of Hellenic Studies, XVI (1896), p. 222.
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verte, — mais nous possédons deux copies de l'inscription. La plus récente, qui ἃ été publiée la première, est celle de Le Bas, qui voyageait en Asie-Mineure en 1843 et en 18441. La sé ancienne, que Le Bas a ignorée, puisqu'elle n’a été publiée qu’en 1885, est celle de C.-R. Cockerell, qui voyageait en 1810-1814 ?. M. E.-A. Gardner. à qui nous devons de connaître les carnets de Cockerell, a tenté, avec le secours de ces deux copies, une restitution qui serait pleinement Salisfaisante, s'il avait réussi à déterminer l'objet mème du décret. Je crois qu'il est possible de la compléter sur ce point particulièrement intéressant.
Il est indispensable, pour la démonstration qui suit, de r'eproduire la copie de Cockerell.
. OYTO Y'I KAIËT AIA7E . . ΘΕΝΤΌΣΤΟΥ KAÏITOIEZTI ATHN.A..
. NOIATENHTAION ΟΝ CIAGIZTAMHTAIPONTOS....
NEIETIHNOBIAOYEANI .. AAK.
POYÈIANKATIEPOYPTIANEYNT.
. ICOAIKACQOËSEOISETAITQISQIAIATO KIT AHONO EXIONOYMHELENAYIIOMEL...
IHKENAI EAOZETOI . EYMEAIOIS MOMHEIETATONEY) . KEXQPISOA ETIINIKOQETIINIKOYTOYHIAIE . VQNO ΤΗΣΑΙΣΤΗΛΗΝΙΠΟΣΤΩΠΕΡΩΙΤΌΣΔ.
2TEYEQOTHPOEXAPINTOYANATPAPE ZOAITAONOMATATONYIOMENQNTON OHTONTIAPAATAENTAQIIE.QI TQIENAI AYMOIZKAOGOT I H .. POTPA. I. ΩΞΧ
(Vide de dix lignes) ΕἸΠΤΡΟΙ YIAPAIT . ΝΟΥ.
1 Le Bas- Δ ΑΡΡΌΙΝΟΤΟΝ, Inscriplions d'Asie-Mineure, n° 222. ? Journ. of Hellen. Stud., VI (1885), p. 351, n° 102.
Pour la copie de Le Bas, Waddington et après lui Gardner admettent qu'elle ἃ été faite à la hâte; nous verrons au contraire qu'elle est plus soignée, par endroits plus complète, que celle de Cockerell. Je ne la reproduirai pas en entier, j'en citerai chemin faisant quelques lignes pour justifier mes restitutions. Je propose de lire, en m'aidant des deux copies:
= | Γκ ἼΩ + FR? ν οι χ ἐλευ θέντος τοῦ [δήμου τοῖς 19 1 he Ἃ συνέορ οἷς χαὶ τοῖς στρατηγοῖς pi sol
- e! 4 θη VA, ὅπως F20VO LA hé ra ὃν ἂν ὁ
με χαθιστ sh
πιστατῶν. TUYAE YO
δηγ , LEE -.ὔ -:
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. στὴ λην ποὺς τῶ: Leo! ui A!
En τὰ ὀνόματ χ τῶν ὑπομεν) ντωὼν ὃ-
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# δύμοις SAVE ἢ n [ἀνχ]γρλ[φ]ὴ |
οηγῶν παρὰ Aix ἐν τῶ! ([9]Ὁ ἢ
4 Ὁ RE σου τοῦ ÔEty
ΕΒ sn [los CE PTON
χίου τοῦ l'Hoze l5</{Jwvos.
(Suivent cinq lignes dont on ne peut rien tirer)
Er! προ φηπεύοντος τοῦ δεῖνος ᾿βοηγὸς ὁ ὁ α]υτο- ΜΕΝ ἊΝ ’ [A S 1!
L'inscription n'est pas complète ; il manque quelques lignes à la partie supérieure, la date et le nom de l'orateur qui a proposé le
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décret. Elle comprend trois parties distinctes, d’abord les considérants du décret (1. 1-10); puis le décret même. qui, comme l’a reconnu Waddington, autorise un Milésien à graver une liste et à l'exposer dans le sanctuaire de Zeus Soter (1. 10-17); enfin, si je ne me trompe, le début de cette mème liste (1. 19 suiv.)
Les considérants du décret sont assez mal conservés, et la restitution des cinq premières lignes est douteuse. Je suppose que le peuple de Milet ἃ donné l'ordre aux synèdres et aux stratèges de veiller à la célébration d'une cérémonie religieuse, depuis longtemps négligée, en l'honneur de Zeus Soter. Cette cérémonie est qualifiée de ἱερουργία et distinguée du sacrifice, θυσία, qui ἃ toujours lieu à l'époque prescrite par Apollon, sans doute par l'oracle d'Apollon Didyméen. Aux lignes 5 et 6, je restitue τῶι Διὶ τῶι Σωτῆρι, bien que les deux copies de Le Bas et de Cockerell portent AA à la fin de la ligne 6 et que Waddington et Gardner restituent tous deux εἰς τὴν ἐφείλουσαν ᾿Απόλλωνι Διδυμεῖ. Mais je me fonde sur les lignes 13-14 pour substituer Zeus à Apollon. Le nom deZeus Soter se retrouve d’ailleurs dans une autre inscription de Didymes et, selon moi, la ἱερουργία négligée n’est autre que la £eryix qui est célébrée en l'honneur de Zeus.
Un blanc de plusieurs lettres, nettement indiqué sur les deux copies, marque le passage des considérants au décret même et à la formule de la sanction. Celle-ci est intéressante, car nous ne possédons qu’un très petit nombre de décrets milésiens. et Je suis surpris que Swoboda ait si vite accepté, sans discussion. la restitution proposée par Waddington : τῷ δήμῳ Μειλησίων, -vour ἐπιστατῶν !. La copie de Cockerell justifie pleinement la lecture de Gardner
τοῖς συνέδροις, γνώμη ἐπιστατῶν. Il en résulte que nous avons sous es yeux non pas un décret du peuple, mais un décret du Conseil : le bureau du Conseil, formé des épistates, a proposé la décision ; le Conseil seul l'a rendue. Que l’on compare, par exemple, la formule suivante, que j'emprunte à un décret inédit de Milet : : τῶι δήμωι,
LA
γνώμη συνέδρων, Δημοξάμας ᾿Αριστείξου εἶπεν ἐπειδὴ... εδόχθαι Μιλησίοις... [οἱ nous avons affaire à un décret du peuple, rendu sur la proposition des synèdres, c’est à dire du Conseil. Plus haut nous avions affaire à un décret du Conseil. Le peuple, c’est à dire l'assemblée du
ΓΗ. Swosopa, die griechischen Volksbeschlüsse, p. 286.
ps «
peuple, a chargé les stratèges de porter la question au Conseil et s'en est remis à lui du soin de la régler. Il s'agit en effet d'un simple détail d'administration religieuse, d'une autorisation qui est de la compétence administrative des synèdres. Ceux-ci autorisent donc « Epinikos fils d'Epinikos fils d'Héphæstion » à placer auprès du sanctuaire de Zeus Soter une stèle où seront inscrils les noms de ceux qui se chargeront (τῶν ὑπομενόντων...). Sans aller plus loin, il nous suffira de rapprocher la ligne 15 des lignes 8-10 (διὰ τὸ... μηξένχ ÿroEUEVTLÉVAL) pOUr nous convaincre que la charge, ou mieux la
URYEHS
dépense, supportée par les inscrits est celle de la ἱερουργία négligée depuis nombre d'années. Epinikos croit avoir découvert le remède au mal et le moyen de ranimer le zèle pieux de ses concitoyens : il flattera leur vanité, il inscrira leurs noms sur une stèle qui les transmettra aux siècles à venir, et, comme il ἃ très probablement donné l'exemple, son nom ouvrira la liste et sa vanité sera la première satisfaite. Le nom de la charge à supporter venait immédiatement après le participe ὑπομενόντων, mais ni Cockerell, ni Le Bas
ne l'ont déchiffré. Je reproduis ici la fin de la copie de Le Bas.
I. 14 X.AITAONOMATATAONYTIOMEN . . TON OPIZONIIAPAAITAENT . ΠΚᾺΛ N ETIIÈT . I ANGOYBOH@OZEPTONEII . OYTOYIT. .. TON ... HPAKAETAHN ΡΟ.