L'INSTITUTION DU DISCOURS FUNÈBRE A ATHÈNES
Les savants ne s'accordent pas sur le nom de l'homme d'Etat qui, selon l'expression de Thucydide!, ajouta le discours funèbre aux anciennes cérémonies en usage dans les funérailles officielles des citoyens morts pour la patrie. Si la plupart des modernes attribuent cette institution aux années qui suivirent les guerres médiques, les uns pensent à la bataille de Marathon, les autres à celle de Platées ; quelques-uns ne font pas remonter au-delà de l'année 450 cette première manifestation athénienne de l'éloquence d’apparat. Parmi ceux mêmes qui s'entendent approximalivement sur la date, plusieurs font honneur de cette invention à Aristide ; d'autres y reconnaissent l'esprit de Thémistocle : les plus avisés,
selon moi, y découvrent l'inspiration et l’œuvre de Cimon. Cette
dernière hypothèse, assez généralement acceptée d’ailleurs, n’a pas été, que Je sache, l’objet d’une démonstration suffisante : il m'a semblé qu’elle pouvait être, en quelque façon, confirmée et précisée par le rapprochement, assez inattendu, je l'avoue, d’une tragédie d'Eschyle, aujourd'hui perdue, les Eleusiniens?.
lTauc., 11, 35, 1 : τὸν προσθέντα τῷ νόμῳ τὸν λόγον τόνδε.
? Le problème que nous abordons, à savoir l'origine et la date de l'institution du λόγος ἐπιτάφιος à Athènes, comporterait une bibliographie des plus étendues : il n'ya pas un éditeur de Thucydide, pas un historien de la Grèce, de la littérature ou des institutions grecques, qui n'ait dit un mot à ce Sujet. Je me contenterai donc de renvoyer le lecteur aux ouvrages généraux, et en outre à l'article EpiraPuiA, de M. P. Monceaux, dans DAREMBERG et SaGLio, Dictionnaire des Anliquilés grecques et romaines
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Que Solon lui-même eût introduit dans les funérailles publiques l'usage du discours funèbre, c'est ce que n’ont pas manqué de prétendre les Athéniens, toujours disposés à grandir Île rôle de leur plus illustre législateur : l'historien rhéteur Anaximène de Lampsaque s'était fait l'écho de cette tradition! ; mais Plutarque n'y croyait pas?, et, si le scholiaste de Thucydide confirme en apparence
le témoignage d'Anaximène, nous voyons (rop bien, d’après Îles
termes mêmes de la scholie, l'origine de cette ascertion ocratuile : : " =
Denys d'Halicarnasse ne propose la date de la bataille de Marathon que comme une des hypothèses possibles : sans se prononcer lui-même sur ce point, il insiste seulement sur l'idée que « Îles Athéniens ont ajouté tardivement l'éloge funèbre à la cérémonie traditionnelle‘ », et que l'institution n'est pas antérieure aux
guerres médiques. Mais plusieurs savants modernes ont repris pour leur compte l'hypothèse indiquée par Denys d'Halicarnasse, οἱ
A la bibliographie donnée dans cel artiele j'ajoute les dissertations suivantes, qui sont, je crois, les plus récentes sur la question : Scumipr (Fr.). Die epitaphischen Reden der alten Athener, dans Z’itschrifl für allgemeine Geschichle, t. IV (4887), p. 517-593; Caaizcer (J.-L.), De oralionibus quæ Athenis in funeribus publicis habebantur, diss. inaug., Leyde, 1891: Levi (Lionello), Degli onori funebri rest in Atene ai cittadini caduti in battaglia, dans Rivista di filoloqia e d'istruzione classicu, t. XXI (1393), p. 463-469. — Aucun de ces écrits ne fait oublier le pénétrant chapitre que M. Jules Girard a consacré, dans ses Etudes sur l'Eloquence atlique, au discours funèbre d'Hypéride et, en général, à cette forme si originale de la rhétorique athénienne.
1 Puur., Public., 9 : λέγεται δὲ nai τῶν ἑλληνικῶν ἐπιταφίων ἐχεῖνος cive μὴ χαὶ τοῦτο Σόλωνός ἐστιν, ὡς ᾿Αναξιμένης ὁ ῥήτωρ ἱστόρηκεν.
os :
2 Τρ, ibid.
3 Tuvc.… IL, 35, 1, schol. — On a quelquefois tenté de réfuter cette opinion du scholiaste, en disant que Solon ne pouvait pas avoir ajouté le discours à la loi, puisqu'il était lui-même l'auteur de cette loi sur les funérailles publiques des soldats tués à la guerre. Cf. Martix (Albert), Notes sur l'Héortologie athénienne, dans la Revue de Philologie, t. X (1886), p. 22, n. 3. En réalité, cependant, le texte de Diogène Laërce, invoqué 3). semble indiquer plutôt que Solon aurait voulu seule-
à l'appui de cette thèse (Sol., 55), ment développer un usage déjà ancien et augmenter les honneurs et les privilèges
accordés par l'Etat aux défenseurs de la patrie.
à Dion. Hauic.. Antiquit. Rom , V, 11: ὀψὲ γάρ ποτε ᾿Αθηναῖοι προσέθεσαν τὸν ἐπιτάφιον ᾿Αρτεμισίῳ χαὶ περὶ Σαλαμῖνα χαὶ ἐν Πλαταιαῖς ὑπὲρ τῆς περὶ Μαραθῶνα ἔργων.
(volume paru en 1893
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LES «ÉLEUSINIENS » D'ESCHYLE 161
M. P. Wendland, entre autres, l’a reproduite récemment dans article sur le Ménerène de Platon!. Cette opinion n'offre δ τ mes yeux, de vraisemblance : on sait que les Fées x Marathon furent ensevelis sur le champ de bataille où ἤν mate succombé *; si un discours funèbre avait trouvé place dans oi fit organisées dès lors autour de ce tombeau. on se demande comment l'usage de ce discours n'aurait pas subsisté, dans cet endroit même avec les autres témoignages de la piété athénienne envers | premiers libérateurs de la patrie. “a Diodore de Sicile nous met sur la voie d’une date plus probable en signalant l'apparition du λόγος ἐπιτάφιος après la ἔσο ra made *; mais il ne se contente pas de cette indication ee τὰ eût approché sans doute de la vérité ; il raconte comment se bataille de Platées, pendant que les Grecs vainqueurs offraie ᾿ trépied d'or au dieu de Delphes, les Athéniens « ἀνε νάανη ἐν la première fois 1᾿ ἀγὼν ἐπιτάφιος et ordonnaient. par ue pes orateur choisi d'avance prononçàt l'éloge des morts Ris. Ses frais de l'Etat ». A cette donnée précise s'oppose une heu ne ΜΈΝΕΙ assez forte : Hérodote atteste que les morts noise de Platées furent ensevelis sur le territoire même de cette ville, ainsi que les autres Grecs‘, et nous savons, par Thucydide 5 οἱ . Plutarquef, que les tombeaux ainsi confiés à la garde des Platé κὶ furent l’objet d’un véritable culte, de ie solennelles πη en à toutes les villes qui avaient lutté contre les He ; Es ès de ces tombes, les Grecs, en souvenir de leur indépendance Es èrent un autel à Zeus Eleuthérios 7, et cet autel fut le cute d'une fête quinquennale, les Eleuthériess, qui donna lieu à dé concours (ἀγῶνες), en particulier à des courses en armes” Est-il na vrasomolale que les Athéniens aient institué le FRE unèbre précisément en l'honneur de guerriers dont les corps ne
1 WENDLAND (P.), Die Τ NDLAND (P.), Die Tendenz des plalonisc (1890), p. 184. Plalonischen Menexenus, dans Hermes, t. XXV
2 Tauc., Il, 34, 5.
3 Dirop., XI, 33.