‹ Mélanges Henri Weil [microform]. Recueil de mémoires concernant l'histoire et la littérature grecques dédié à Henri Weil ... à l'occasion de son 80e anniversaire; ouvrage contenant un portrait en héliogravure, une phototypie hors texte et plusieurs illustrations dans le texteChapitre 51 sur 96 · DE L’ACROPOLE D'ATHÈNES · texte numérisé non relu

DE L’ACROPOLE D'ATHÈNES

Le grand groupe d'Hercule et Triton et le triple Typhon, ces restes 51 précieux de la primitive sculpture attique, sont des débris de frontons ; le premier coup d’æil suffit à le révéler. M. Brückner, dans deux articles déjà anciens!, a voulu établir que ces groupes provenaicnt, du mème édifice sans doute, mais sûrement de deux frontons distincts ; et il a entrepris, en s’aidant de certains autres débris en tuf, de nous présenter de ces frontons une image complète.

Je rends hommage au savoir et à l'habileté dont M. Brückner à fait preuve dans les opérations de ce problème difficile. Je regrette seulement que nulle part il n’ait laissé voir la moindre inquiétude quant à la justesse de sa solution; pas une seconde il ne doute qu'elle ne soit la bonne, et cependant il y ἃ quelques raisons d'en douter. Je ne suis pas en mesure de démontrer sans réplique que les hypothèses de M. Brückner (car ce ne sont que des hypothèses) doivent être condamnées; mais tout au moins je crois qu’elles soulèvent d'assez nombreuses objections. Mon but iciest de mettreen défiance contre une suite d’affirmations, vraiment trop sûres d’ellesmêmes, et de faire voir que la cause qu’on ἃ crue jugée est sujette à revision.

D'après M. Brückner, le fronton d’où provient le groupe de Typhon

l Athen. Miltheil., XIV, 1889, p 61-87, pl. II-HI, et Beilage à la p. 74; XV, 1890, p. 84-125, pl IL. — Quand j'aurai à citer, dans le cours de mon étude, des passages de ces deux articles, je rappellerai seulement le tome (XIV ou XV), sans récrire à chaque fois le titre du recueil.

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comprenait deux sujets: 1° combat de Zeus contre Typhon ; 2° combat d'Hercule contre Échidna. Typhon remplit quasi toute la moitié droite du tympan ; Zeus, qui accourt contre lui pour le foudroyer, est rejeté un peu à gauche du centre. Échidna occupe l'angle de gauche ; devant elle, brandissant sa massue, est placé Hercule, lequel, par conséquent, tourne le dos à Zeus. — Le fronton d'où provient le grand groupe d'Hercule eb Triton était plus simplement composé : la moitié gauche en est remplie tout entière par Hercule et Triton enlacés et luttant, et la moitié droite par an Cécrops anguipède, spectateur du combat.

Je commence par écarter quelques arguments dont M. Brückner a usé, mais qui n'ont pas grande valeur. Par exemple, M. Brückner allègue (XIV, p. 77 et 79) que certains morceaux qu'il restitue au fronton de Typhon ont été découverts en même temps et au même endroit que tel ou tel fragment dudit Typhon, et cela le dispose à croire que les uns et les autres proviennent du même ensemble. Mais, pour quiconque ἃ suivi les fouilles de l’Acropole et sait dans quelles condilions les découvertes ont été faites, une telle allégalion ne signifie absolument rien !. — Au moment de mettre un fragment à la place qu'il lui assigne, M. Brückner ne manque pas de faire remarquer que ce fragment n'a été fini que d’un côté et que, par conséquent, 1] était destiné à s'appliquer sur un fond. Or, à une seule exception près, toutes les sculptures en tuf, celles mêmes dont M. Brückner n'a fait et ne pouvait faire aucun usage, sont des bas-reliefs ou des hauts-reliefs. et, lors même qu'elles étaient taillées en ronde bosse, elles étaient toujours destinées à s'appuyer contre une muraille: c'est d’ailleurs ce que M. Brückner ἃ formellement reconnu (XIV, p. 83). Il ne fallait donc pas présenter ce détail comme s’il renfermait chaque fois un indice favorable à la thèse. — J'en dirai autant des couleurs. Il n’est pas très signifc1tif que le corps de serpent dénommé Échidna soit peint de la même facon que la partie postérieure de Typhon (XIV, p. 75); la palette des enlumineurs à cette époque n'était pas bien riche, nous le savons. — Enfin M. Brückner (XIV, p. 75) oppose pour la qualité de la matière le groupe de Typhon et celui d'Hercule et Triton : ct

! Voir les observations de M. Dœrpfeld (A/hen. Mittheil . XI, 1886, p. 168). Les

remarques que j'ai eu, moi-même, l'occasion de faire pendant les fouilles de l'Acropole concordent exactement avec celles de M. Dærpfeld.

voilà encore un argument qui doit être rejeté, attendu d’abord que ces différences sont insignifiantes et ne seraient pas un obstacle au rapprochement des deux groupes, et ensuite que M. Brückner ἃ lui-même déclaré, à un autre endroit (XV, p. 88), qu'on n'en devait pas tenir compte.

Ces quelques mauvaises raisons, que M. Brückner n'a pas dédaigné de ramasser, n’ajoutent rien à la force de sa démonstration. Je n'en aurais même point parlé du tout, s’il n’y avait à craindre qu'un lecteur mal renseigné leur donnât plus de poids qu’elles n’en ont en réalité. Débarrassée de ces broussailles préliminaires, la discussion paraîtra plus nette.

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