‹ Mélanges Henri Weil [microform]. Recueil de mémoires concernant l'histoire et la littérature grecques dédié à Henri Weil ... à l'occasion de son 80e anniversaire; ouvrage contenant un portrait en héliogravure, une phototypie hors texte et plusieurs illustrations dans le texteChapitre 52 sur 96 · PREMIER FRONTON · texte numérisé non relu

PREMIER FRONTON

M. Brückner le reconstitue en ajoutant à Typhon Zeus, Hercule

et Echidna. La présence de Zeus est légitimée, jusqu'à un certain

point, par une hydrie peinte du musée de Munich ! et par un bronze estampé du Ptoïon?. Celle d'Hercule et d'Échidna s'explique moins aisément. M. Brückner cite les vers d'Euripide*, où Hercule remémore ses exploits, «les lions, les #riples Typhons (τρισωμάτους Τυφῶνχς), les Géants, les Centaures » qu'il a combattus ; et M. Brückner en conclut qu'il existait une légende « d’après laquelle Hercule participait à quelque combat contre Typhon ». Mais, qu'il s'agisse d'un duel entre Hercule et Typhon ou d'une Typhonomachie à plusieurs personnages, on doit conclure que l'adversaire qu'Hercule eut en face de lui était un Typhon. Et M. Brückner ne trouve à mettre en face d'Hercule qu'un simple serpent! Il est vrai qu'il s'efforce d'élever ce serpent en dignité: il le dénomme Échidna. Si cette appellation pouvait être acceptée, les rapports bien connus de Typhon et d'Échidna feraient de ce second monstre, en effet, un pendant convenable au premier, et le groupe d'Hercule et Échidna correspondrait heureusement (pour le sujet, sinon pour les proportions) à celui de Zeus et Typhon.

1 GERUARD, Auserl. Vusen®., pl. 237.

2 Bull. corr. hell., XVI, 1892, p. 352, pl. X. 3 Hercule furieux, V 1253-1236).

CAN RATER" γρωπέν;

aux πϑωστα

Mais ledit serpent est-il Échidna ? La forme d'Echidna est exactement fixée ! : c'est un être à corps de serpent et à buste de femme. une sorte de Typhon femelle, comme Typhon est une sorte d'Échidna mâle *. Les deux monstres font la paire, et de leurs accouplements sont nés toute une nichée de monstres aussi compliqués qu'eux, tels que Cerbère, la Chimère, l’'Hydre de Lerne, etc.3. Aucun texte ni aucun monument de l'antiquité classique ne permet de croire qu'on se soit jamais figuré Échidna sous la forme simplifiée d’un serpent. Celte nouveauté serait du moins fort improbable à une époque où l’on se figurait encore Typhon tel que nous le voyons ici. J'ajoute que, du moment que l'artiste présentait les deux monstres à la fois, se faisant pendant aux deux coins du même cadre, engagés ensemble dans une lutte contre Zeus et Hercule, cétait un motif de plas pour qu'il les fit pareils, et, par conséquent, pour qu'il laissât à Échidna sa forme habituelle.

M. Brückner, afin de justifier le nom d'Échidna, qu'il attribue à son serpent, invoque certain récit des Actes apocryphes des Apôtres, d'où résulte qu'à Hiérapolis de Phrygie il y avait un culte ancien d'Échidna οἱ de ses fils les serpents. Mais, d'abord. un récit datant du τι" siècle de notre ère au plus tôt, et relatif à Ja ville phrygienne de Hiérapolis, ne peut servir que difficilement à reconstruire une œuvre de la sculpture atlique, qui date du commencement du vi siècle avant Jésus-Christ, ou même de la fin du vu siècle. En outre, ces textes ne disent pas du tout ce que M. Brückner voudrait leur faire dire. Je cite en note les principaux passages des Actes de Saint Philippe touchant l'Échidna de Hiérapolis 1. Ce qu'il en ressort de plus clair, c’est qu'il y avait, dans le

! HÉsionE, Théogonie, v. 297-305.

* Comparer l'Échidna peinte sur un alabastre corinthien du musée de Berlin (RAYET- COILIGNON, Hist. de la Céramique grecque, pl. IV) et le Typhon de l'hydrie de Munich, déjà citée.

ὁ Voir le Lexicon de Roscuer, au mot Echidna.

1 Acta Philippi, éd. Tischendorf :

P. ΤΊ, 8 1: ταῦτα ἔλεγεν ὁ Φίλιππος... διὰ τὸ ἐχ παλαιῶν τῶν χρόνων σέόειν αὐτοὺς (τοὺς Ἱεραπολίτας) τοὺς ὄφεις nai τὴν ἔχιδναν, ὧν χαὶ εἰκόνας στήσαντες προσεχύνουν.

P. 81. αὶ 16-17: (le proconsul fait conduire Philippe et ses compagnons) εἰς τὸ ἱερὸν τοῦ εἰδώλου τῆς ἐχίδνης πρὸς τοὺς ἱερεῖς αὐτῆς... (Et les prêtres, dans leurs doléances au proconsul, disent :) ἀπέχτειναν δὲ χαὶ τοὺς ὄφεις τοὺς υἱοὺς τῆς θεᾶς ἡμῶν.

P. 85. 4-25 : (on apprend aux apôtres les desseins que les prêtres ont eus contre eux) οἱ γὰρ ἱερεῖς ἐσχέψαντο στραγγίσαι ὑμῶν τὸ αἷμα χαὶ οἴνῳ μίξαντες τῇ ἐχίδνη προσαγαγεῖν τοῦτο ποτίσαι αὐτήν...

M. Brückner ἃ eu aussi en vue les deux passages suivants: p. 76, ὃ 4 (paroles de

temple d'Échidna, outre une idole de la déesse, des images de serpents et des serpents vivants, et que ceux-ci étaient appelés les « fils de la déesse ». Mais de ce qu'Echidna était la mère de ces serpents, il ne suit pas qu'elle-mêème dût avoir la forme d'un serpent!, etles Actes de Saint Philippe ne disent rien de tel. Ainsi, examen fait des arguments allégués par M. Brückner, nous devons reconnaitre que les conséquences qu'il en tire ne sont pas légitimes.

D'ailleurs, j'apporte iei un témoignage que M. Brückner n'a pas connu et qui supprime toute discussion. Je le trouve au début de la Διήγησις... τοῦ ἀρχαγγέλου Μιχχὴλ ἐν ταῖς Χώναις ", début qui n'est sans doute qu'un extrait un peu arrangé de quelque relation des Actes de Saint Philippe, plus complète et plus détaillée que celle qui nous

est restée”. Je donne ce texte en entier, à cause de l'importance

qu'il ἃ dans la question présente: «... ᾿Αποξιώξαντος τὰ

᾿ 4 + ᾿ # "A en pm \ re 2 = ΄ à Ἰωάννου τὴν ἀχάθαρτον Ἄρτεμιν ἀπὸ τῆς ᾿]}

x x e! I rs Er πρις τὸν αγιον Φιλιπποὶ

- ΄ r A ὦ , SR Éd Mer EU ist oi τς ΠΡῸΣ De) = ἀσπασάμενοι ἀλλήλους λέγει αὐτῷ ὁ ἅγιος Φίλιππος" τί ποιήσωμεν, ἄξελς τασάνιξ ὲ ι

" ᾽ δύ ταύτην τὴν ἀχάθχοτον var van ἔγιδναν, ἐχοι ῶσχ' ᾿Ιωάννη ; Ὅτι οὐ δύναμαι ταύτην τὴν ἀχάθαρτον nai μιαρὰν | EytSvav | ἐχριζῶσα

- , ς \ L A ΄ δ \ Le + 2 ΕΝ ΄ἮΦΝ PE ἧς Ἔ : Lans) πόλεως ταύτης. ἣν γὰρ αὐτὴ ἣ μιαρὰ nat ὀλέθριος ἔχιδνα πάντων ἑρπετῶ

, a L tr ἦν δὲ εζωσμένη ὄφεις χατὰ παντὸς τοῦ σώμχτος AA. ἀχαθάρτων πρώτη À τεριεζωσμένη ἔφεις χατὰ παντὸς τοῦ σώ! 7 r

4 - δ ÿ à D, τὸν εὖ ἥμενον ὄφιν... τὴρ δὲ αὐτοῦ ἐστιν Philippe): Καταπατήσατε τὰς παγίδας τοῦ ἐχθροῦ. τὸν εἱλισσόμενον ὄφιν Πα np δὲ αὐτοῦ ” 60k0€ ὁ τοῦ j jEevos, μήτηρ δὲ αὐτοῦ ἡ φθορά... Διὸ φεύγετε ἀπ᾽ αὐτοῦ, τοῦ μὴ ὁ διλόολος ὁ τοῦ θανάτου πρόξενος. μήτηρ ὃὲ αὐτοῦ ñ φθορὰ ' Δ RATE 7. ÿ Mr ἔχοντος ὑπόστασιν), τοῦ ἀμόζφου τοῦ μὴ ἔχοντος μορφὴν ἐν πάσῃ τῇ κτίσει, οἰο.: - Ρ. δέ, S #4 (paroles de Jean): ᾿Ιπλανύήθητε ἐν τῇ ὁδῷ τῆς πλάνης" πνέων ἔπνευσεν εἰς ὑμᾶς ὁ δράχων καὶ ἐτύ ολωσεν ὑμᾶς χατὰ τρεῖς τρόπους, τοῦτ᾽ ἔστιν. ἐποίησεν ὑμᾶς τυφλοὺς τῷ σώματι χαὶ τυφλοὺς Φυν κα Φ As LAW pers ον - s à ' : ᾿ LA : ᾿ Rene 5 ἘΞ λοὶ 5 ὑφις οὐχ ἔγε ί ἐν οὐδενὶ ἄνω" ἀλλὰ γένους τῇ Ψυχὴ καὶ τυφλοὺς τῷ πνεύματι... Ὃ ὄφις οὐχ ἔχει ὁμοίωμα ἐν οὐδεν: ἄνω ES ἔστι ὁδορᾶς χαὶ χατηργύήθη ὑπὸ τοῦ θεοῦ, χαὶ διὰ τοῦτο εἱλιχτός ἐστιν χαὶ σχολιός, γαὶ Sr γ 2 AA LEE S ΕΣ it ici isi Ν sonsidéré c » À ζωή à Ξε ἐν αὐτῷ, etc. — Il s'agit ici, visiblement, du serpent considéré comme la forme tons du dé ais le cet être mythologique à corps de forme terrestre du démon, du « Mauvais », et non de ce À βίαι : serpent qui avait nom Échidna. Le nom d'Échidna n'est pas gere se ds ni si ‘üäckner s’est bi : de les citer en dans l’autre de ces deux passages. Aussi M. Brückner s'est bien gardé de les cite entier, comme je viens de le faire, Il s'est contenté d'en extraire trois mots : rt ; FE « . . È [A = . à ee Ε ᾿ εἷλιχτός, σχολιός, ἃ décidé qu'ils s'appliquaient à Echidna, et en ἃ conclu qu'Echidna n'était qu'un serpent. Voilà une conclusion bien peu solide. dire a 1 J'ai rappelé plus haut quelques-uns des monstres (Cerbère, Rs or ) q 1e + Anis 3 » ‘An É . sor d'après les légendes purement grecques, auraient été enfantés pa Echidna : ils s tous très différents les uns des autres et tous très différents de leur mére. Ἂν ” 5 - . ΨΞ ἃ ñ " 2 Max Boxner, Narralio de miraculo a Michaele archangelo Chonis pa rato ὃ : Ἴ Σ | 1 Ὶ ΐ WE à > (" { r 3 € » »

(Paris, 1890:, p. 1-2 οἱ XVIII-XIX. — Je tiens à faire remarquer que cet ouvrage ἃ ét 0] : ‘ . - + Ne ἊΣ 3 . af s ac conpublié postérieurement aux articles de M. Brückner, qui ne pouvait donc pas le naitre. ΣῈ 3 Cf. M. BonxET, 0p. ἐ.. p. XIX.

δή HENRI LECHAT

AA! ἦν ἐπισταμένη ἐπάνω ξύς: - ξρπετὸν ἀχάθαρτον 4%! ἁπλῶς εἰ - ῥχσίλισσχ ἐστολισμένη. Kai οἱ Ἕ ὑχον αὐτὴν ὡς θεὰν μεγάλην χαὶ πάντες προσεχύνουν ATV χαὶ ἔθυον εἰς αὐτὴν...» Cette description n’a pas besoin d'être commentée. En admettant même qu'elle soit un peu chargée, elle prouve amplement que l'Échidna de Hiérapolis, toute mère des serpents qu'elle était (πάντων ἐρπετῶν πρώτη), était autre chose qu'un simple serpent ; c'était un monstre complexe, analogue à celui que décrit Hésiode, mais plus asiatique, qui fait penser à la fois à Typhon et à l'Artémis d'Éphèse.

Donc, pour revenir au fronton de Typhon, le serpent que M. Brückner ἃ placé dans le coin gauche n'est qu’un serpent anonyme et n’a aucun droit à être appelé Échidna. Dès lors, le groupe que fait Hercule avec ce serpent perd toute signification ; il ne peut plus ètre présenté comme un perdant au groupe de Zeus οἱ Typhon : aucun lien ne le rattache à ce dernier ! : le triangle du tympan, au lieu d'être occupé par un sujet unique, est rempli à l'aide de deux sujets distincts, l'un principal, l'autre secondaire. Ainsi envisagée, la composition des frontons. qui est déjà défectueuse au point de vue plastique quant aux proportions des higures, devient tout à fait mauvaise, ou plutôt elle n'existe même pas ?.

Voici maintenant sur le personnäge d'Hercule, tel que M. Brück-

ner le restitue, quelques observations d’un autre ordre. Le frag-

ment le plus considérable qui reste de cette figure comprend la

tête el le torse (voir la figure ci-contre). En observant la cambrure du dos, vu de profil à droite, et la distance qui sépare l'épaule de la cassure inférieure, on reconnaît que celle cassure s’est produite juste au rétrécissement de la taille?. La hauteur du fragment est de 0,30 :

encore faut-1l noter que le mufle de lion dont la tête est coiffée a

Supposer qu'un serpent vint au secours de Typhon dans sa lutte contre Zeus. comme le Crabe vint au secours de l'Hydre, serait un moyen commode, mais absolument arbitraire, d'esquiver la difficulté.

? M. Brückner (XIV. p- 80) l’admire fort et y découvre des intentions mythiques très élevées. M. Brückner a oublié de regarder son dessin, lorsqu'il a écrit que Zeus et Hercule s'élancent « du milieu du fronton.

* M. Brückner, dans ia photogravure qu'il a donnée de ce fragment (XIV. pl. ΠῚ, à droite) en © fait supprimer, je ne sais pourquoi, la partie inférieure, On ne peut plus juger, d'après cela, des dimensions exactes. — De plus, dans sa restitution (XIV. Beilage, Ρ. 14), M. Brückner, qui croit avoir retrouvé un second fragment d'Hercule, l’a replacé beaucoup trop bas, ce qui ἃ pour effet de grandir la figure d'une facon illégitime.

) ny E LES FRONTONS EN TUF DE L ACROPOLE D ATIENES

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Let: D. 1: = ς à Se F2! Ἣν TRLOTAUEIVT, παν 592 σοαχοντων. LA! ἌΜΛ 49 T,I 7

χα! ἁπλῶς εἰπεῖν ὡς ῥχτίμιττχ ἔστολι μένη. ναὶ οἱ Ἕλληνες εἶχον χὐτὴν ὡς θεὰν μεγάλην 2x πάντες ποιτεχύνου χὐτὴν γαὶ ἔθυον εἰς αὐτὴν... » Cette description n'a pas besoin d'être commentée, En admettant même quelle soit un peu chargée, elle prouve amplement que l'Échidna

de Hiérapolis, toute mère des serpents qu'elle était (πάντων ξοπετῶν πρώτην était autre chose qu'un simple serpent: οὐ} un monstre complexe, analogue à celui que décrit Hésiode, mais plus asiatique, qui fait penser à la fois à Typhon et à l'Artémis d'Éphèse.

Donc, pour revenir au fronton de l'yphon, le serpent que M. Brückner ἃ placé dans te coin gauche n'est qu'un serpent anonyme οἱ n'a aucun droit à être appelé Échidna. Dès lors, le groupe que fait Hercule avec ce serpent perd toute signification: il ne peut plus ètre présenté comme un perdant au croupe de Zeus οἱ Typhon : aucun lien ne le rattache à ce dernier ! : Je triangle du tympan, au leu d'être occupé par un sujet unique, est rempli à l'aide de deux sujets distincts, Fun principal, l'autre secondaire. Ainsi envisagée, la composition des frontons. qui est déjà défectueuse au point de vue plastique quant aux proportions des figures, devient tout à fait

mauvaise, ou plutôt elle n'existe même pas *.

Voici maintenant sur le personnäce d'Hercule. tel que ΜΝ. Brückner le reslilue, quelques observations d'un autre ordre. Le fragment le plus considérable qui reste de celte heure comprend la lête el le torse (voir la figure ci-contre). En observant Δ cambrure du dos, vu de profil à droite, et la distance qui sépare l'épaule de la cassure inférieure, on reconnail que celle cassure s’est produite juste au rélrécissement de la taille”. La hauteur du lragment est de 0,530 :

encore faut-il noter que le mufle de lion dont la tôte est coiflée à

qu'un Serpent vint au secours de 1 Yphon dans sa lutte contre Zeus. : Crabe vint au secours de l'Hvdre. οὶ rail Un moyen commode, mais absolu ment arbitraire. d'esquiver la difficulté

= M. Brückner (XIV. P. 80) l'admire fort et y découvre des intentions mythiques très élevées. M. Brückner a oublié de regarder son dessin. lorsqu'il à écrit que Zeus et Hercule s'élancent « du milieu du fronton.

* M. Brückner, dans la photogravure qu'il a donnée de ce fragment (XIV. pl. ΠῚ, à droite) en © fait supprimer. Je ne Sais pourquoi, la partie inférieure. On ne peut plus juger, d'après cela, des dimensions exactes. — De plus, dans sa restitution NIV, Beilage, Ρ. 14), M. Brückner, qui croit avoir retrouvé un second fragment d'Hercule, l'a replacé beaucoup (rop bas, ce qui ἃ pour effet de grandir la figure d'une flacon 1écitime.

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vons au même résultat en calculant la hauteur totale d'après la tête : celle-ci mesure au maximum 0",13; mais ce chiffre tombe audessous de 0,11, si l'on en défalque l’exhaussement produit par l’épais mufle du lion. On sait, d’autre part, quelles proportions massives et courtes les sculpteurs archaïques donnent généralement à leurs figures, spécialement quand 115 représentent Hercule, le héros aux larges épaules, aux membres forts, aux muscles débordants, — μορφὰν βραχύς. dit Pindare!. Aussi cette figure ne devait-elle pas compter beaucoup plus de six têtes (6><0",11— 0",66: 6,5 XX 0,11 — 0®,715), et nous voici ramenés aux environs du chiffre indiqué tout à l'heure : 0",70. Or, dans la restitution de M. Brückner, Hercule mesure, en effet, à peu près 0",70?, mais il est agenouillé. Y y a donc erreur. Hercule ne peut avoir même taille à genoux et debout. Si M. Brückner veut le représenter à genoux, il doit l’avancer sensiblement vers le coin gauche du fronton ; et, s’il veut le laisser à sa place actuelle, il doit le planter debout sur ses deux pieds. Dans l’un et l’autre cas, le vide qui existe entre Hercule et Zeus ne fera que s'accroitre. C'est là un défaut auquel je reviendrai tout à l'heure. Mais le personnage d’'Hercule provoque quelques remarques encore.

M. Brückner lui fait tenir la massue de Ja main gauche. Il eût dû avoir quelque serupule à prendre ce parti ; car, à un certain endroit (XIV, p. 73), discutant la nature des attributs qui sont aux mains de Typhon, il dit en propres termes : « Comme l'objet est tenu dans la main gauche, il est difficile que ce soit une arme. » Cette réflexion, très Juste pour Typhon, ne le serait pas moins, appliquée à Hercule. Peut-être trouve-t-on, dans les représentations de l’art antique, des Hercule gauchers*; quand on les rencontre, il faut bien les accepter ; mais 1l ne faut pas que nous en inventions nous-mêmes de nouveaux. Du reste, 1] me paraît certain que le

! Ce mot caractéristique ἃ été cité par M. Brückner lui-même (XV, p.94), qui insiste avec raison sur ces tailles trapues des héros archaïques. Comparer une statuette d'Hercule en tuf (’Egnu. 4oy., 1891, pl. XIIE, à droite), qui offre d'intéressantes ressemblances avec le buste dont nous parlons ici.

? Voir XIV, Beilage, p. 74. La planche est dessinée à l'échelle de 1/20 : la hauteur du tympan à l'endroit occupé par Hercule est, dans le dessin, de 0",035; elle est donc, dans la rc:"té, de 0®,70.

8 Hercule, au repos, est représenté quelquefois tenant la massue de la main gauche, ce qui n'a rien d'extraordinaire; mais un Hercule combattant gaucher, cela est infiniment plus rare, et je ne sais même s'il y en a des exemples, au moins en sculpture.

bras gauche d'Hercule ne brandissait point de massue. Que l'on étudie le torse d’un peu près (fig. p. 255), on se rendra compte que l'épaule est au repos et retombe, que la partie subsistante de l’avantbras va en descendant, et que, par conséquent, le bras, s’il se détachait du corps, ne s’en délachait qu'à partir du coude. Ce n’est pas de cette façon qu'on brandit une massue : l'épaule, au contraire, devrait être soulevée, le bras jeté tout entier hors du corps, et le spectateur devrait le voir d'en dessous jusqu'à l’aisselle. Sur ce point, la restitution proposée par M. Brückner est sûrement faulive, puisqu'elle est en désaccord avec le fragment même qu'il s'agit de compléter.

J'ai déjà noté plus haut le vide considérable qui existe entre Hercule et Zeus. Du reste, toute la moitié gauche du fronton parait bien maigre en face de la moitié droite, que remplit Typhon. Pourtant c'est un principe connu que l'art décoratif archaïque, comme la nature des anciens physiciens, a horreur du vide, Aussi M. Brückner s'est-il ingénié de son mieux pour combler ce vide : l'attitude agenouillée qu'il donne à Zeus comme à Hercule. le geste élargi des deux bras du héros, la massue qu'il Jui met dans la main gauche, l'arc qu'il propose (XV, p. 86) de lui mettre dans la main droite, bien que ce soit iei un meuble inutile, — sont autant de palliatifs, mais qui sont encore insuffisants. C'est pourquoi il incline (XIV, p. 80; XV, p. 86) à allonger vers le centre du fronton

le corps de la prétendue EÉchidna, et, par suite, à rapprocher

Hercule de Zeus. Mais j'objecterai d’abord que ce serpent ne peut pas être éliré à volonté : sa tête et son cou sont petits, et M. Brückner lui ἃ donné tout le développement possible. Pour ce qui est d'Hercule, on ἃ déjà vu que sa petite taille oblige, si on le laisse à genoux, à l'éloigner encore de Zeus: d'autre part, si on le laisse à sa place, mais debout, le vide s'accroit aussi par là même, à cause du rapprochement des deux jambes: enfin j'ai démontré que le bras gauche s’écartait à peine du corps et ne pouvait pas brandir la massue, et qu'ainsi la partie qui est occupée dans le dessin de M. Brückner par ce bras et cette massue demeure, en réalité, vide. Le mal est done plus grave que ne le croit M. Brückner, et les remèdes proposés inefficaces.

Venons au personnage de Zeus. La présence de Zeus paraît à

"ὦ pts .-.......ς........ ......Ἐ.

M. Brückner être quasi nécessitée par la présence de Lan Eh moment que Typhon est en scène, la scène . peut er να ἘΝ la lutte de Typhon et de Zeus. --- Cette conséquence n est pos si taine. Il est évident, au premier coup d'œil, que Typhon ne semble pas du tout engagé dans un combat; 1] NA TER des allures d'un combattant. Attaqué par Zeus, il devrait se Pure tout au je manifester quelque effroi : 1l ne montre pas mème de l’émoi. ré le vieux fronton de l'Hydre, les tètes de l'Hydre se dressent one cantes et sifflantes contre Hercule; dans les deux groupes où Sp lutte contre le même héros, nous voyons son corps se tordre et ses bras faire effort. Typhon est sans doute un ne plus nn il accepte son sort avec indifférence : menacé à la πάρι im δι ἐν et l'aigle de Zeus, il ne bouge pas, 568 bras sont au ὙΠ Ὁ δῇ Na visages sont également placides. Même une de ses * es » P | éloignée du centre) ne regarde pas 1 ennemi ; elle se tourne he e ὡὰ 5 et sourit au spectateur. Il est impossible d avoir plus δὲ sérénité, au moment où l’on va être foudroyé. Mais aussi il me parait ne que Typhon, à ce moment, voie devant lui un Rs se ets e engagé dans une lutte quelconque. On ne dira pas, ] espère, Lt “a teur du groupe était trop malhabile encore ROME ἀπ θκον ἊΨ physionomie et faire mouvoir des bras : cela n était pas RE malais( de faire mouvoir les bras de Typhon que ceux de Zeus et d'Hercule. Donc, point de combat, et partant plus de eus, du ne Ὡ mise qu'adversaire de Typhon. Cependant M. Brückner pense δι ὃ" retrouvé la tête de Zeus et la moitié de son pee d'après ces morceaux. il le restitue tout entier, donnant 1 assaut à sr Mais cette tète est-elle bien celle de Zeus ? Oui, αἱ M. Brückner (XIV, p. 78), car elle porte un diadème royal ; « NS: LES voulu représenter le ro? des dieux οἱ Ce raisonnement ge es escamotage. Je ne suis pas sûr, d abord, 46. le ἘΠ +R ἐὴ n'apparait point sur la photographie publiée pal a es 3 quand jadis j'ai examiné cette tète, au lendemain de la écouver | je n'y ai vu autour de la chevelure qu'une fine bandelette gen e. M. Brückner affirme avoirreconnu la couronne royale sur des fragments de la partie postérieure du crâne : en ne serait-ce pas ra simple couronne de feuillage, comme celle qui ceint une petite tête

1 Cf. Bull. corr. hell., XIII, 1889, p. 141-142.

en tuf trouvée sur l'Acropole, et qui est de la même époque ! ? Au reste, Si J'appuie sur ce détail, ce n'est que par souci d’exactitude. Car il n’a au fond nulle importance ; il n'en aurait que si l’on

démontrait qu'il constitue un signe caracléristique de Zeus. Or M. Brückner n'a trouvé à citer aucune tôte de Zeus couronnée de cette espèce de couronne royale, et il a dû se rabattre sur une peinture de vase, qui représente le roi Thoas de Lemnos. Et voilà tout le raisonnement par où l'on prétend nous convaincre que la tête en question est bien celle de Zeus ! J'accorde que cette tête, même sans couronne Οἱ ornée d'une simple bandelette, pourrait fort bien avoir appartenu à une figure de Zeus : mais Je prétends que, en l'absence de tout signe spécial, l'identité n’en saurait être établie.

Je ferai une observation encore sur la aille du personnage de Zeus, telle que M. Brückner l’a fixée. Le problème à résoudre était le suivant : la tête mesurant 0",16, quelle était la hauteur totale du corps? M. Brückner répond : « Sur l’hydrie de Munich, où Zeus est représenté courant contre Typhon et presque agenouillé, Ja hauteur de sa tête est à la hauteur totale dans le rapport de 1 à 6; transportant ces mesures au Zeus de l'Acropole, je trouve que le dieu agenouillé devait mesurer 07,96; or, à l'endroit où je lui ai marqué sa place, la hauteur du fronton est justement de 0,96. » M. Brückner semble triompher d'un tel calcul: il n'y ἃ pas de quoi. Car, sous des apparences de rigueur scientifique, cette démonstralion est radicalement fausse. Qu'on demande à l’hydrie de Munich des renseignements sur l'ensemble du sujet, cela se peut admettre : mais 1] n’est pas admissible qu'on la considère comme une réduction mathématique du fronton de l’Acropole?, Pour calculer la taille de son Zeus, M. Brückner avait sous la main les nombreuses figures en tuf qui sont du même temps ct dont quelques-unes ont appartenu, d'après lui, au même monument. Parelles il pouvait aisément se faire une idée des proportions que donnaient au corps humain les artistes d'alors : sans doute le calcul n'eût été et ne pouvait ètre qu'approximatif, mais c'était le seul légitime. M. Brückner se serait aperçu par cette comparaison qu'il ne devait pas accorder à

! J'ai signalé cette tête dans la Revue arch., 1891, 1]. P. 280, n. 2. Elle a été publiée depuis dans l’’Egnu. ἀρχ., 1891, pl. XIV, à gauche; mais sur cette image, on n'aperçoit pas la couronne, dont il ne subsiste quelques traces que par derrière.

* Le Typhon du vase de Munich est très différent de celui de l'Acropole : dès lors, de quel droit M. Brückner prétend-il calquer son Zeus sur celui de ce vase ?

son Zeus plus de six têtes et demie, οἱ qu'ainsi la hauteur totale du personnage debout ne dépassait guère 1 mètre (6,5><0",16 = 15. 04); mème en lui accordant sept têtes, on n'arrive encore qu à τ ἘΣ Or. dans la restitution proposée, Zeus agenouillé mesure 0,96 ; s'il se redressait, il aurait plus de 1",30, c'est-à-aire plus de huit têtes, proportion notoirement inacceptable à l'époque archaïque”. ù

Je sais bien que la rectification à faire est aisée : il suffirait de mettre Zeus debout. Mais alors le fâcheux vide que nous avons noté entre Hercule et Zeus, et qui existe aussi entre Zeus οἱ Typhon, rait en s’accroissant encore ; sans compter que le bras gauche de Zeus (dont la position est déterminée, suivant M. Brückner, par certains restes de draperie) aurait quelque peine à aller rejoindre l'épaule. |

Quant au foudre, je me demande si c'est réellement là le foudre destiné à occire Typhon, si ce n'est pas plutôt un innocent fleuron destiné à quelque honnête office de décoration architecturale. Il paraît singulier, en eflet, qu'un morceau si aisé à tailler, - qui devait rester appliqué contre le fond, n'ait pas été taillé à même le fond. comme telle ou telle autre partie du fronton; il est plus sinculier encore que l’on ait pris la peine de le travailler par SAR; comme s'il devait être aperçu des deux côtés (XIV, p. 19), alors qu'il ne devait montrer qu'une seule face et que toutes les autres parties du sujet, jusqu'aux têtes mèmes des personnages, ne sont que dégrossies du côté qui regarde le tympan. M. Βεθσκδοῖ ne signale pas la présence de lenons en fer ou en plomb, dont la se sité est évidente cependant. Enfin ledit foudre, une fois complété, devient d'une longueur démesurée: il atteint 0",70 environ*, et un tel bloc produit un effet bizarre, porté à bout de bras par un petit

homme de 1 mètre de hauteur.

: Ces erreurs de proportions devraient être plus sensibles dans le nes ce M. PRE (XIV, Beilage, p. 14). Si elles ne le sont pas davantage, c'est que pris gx gs I ν d’une exactitude rigoureuse. Exemple : la tète de Zeus, mesurant 0 16 lu νηός du menton au sommet du crâne, devrait n'avoir, dans un dessin με οι ma δ : que 05.008: or elle a, dans le dessin de M. Brückner, un peu pins ph x sk déjà signalé plus haut une autre inexactitude touchant l'épaule Lo n DU : voici une encore : la moitié retrouvée du foudre (?) de Zeus ὃ 0®,31 de longueur; elle devrait donc avoir, sur le dessin, 0",0155 : elle n a que 0,014. Re ὙΕΤῸΝ

2 La partie retrouvée ἃ. dit M. Brückner, 0,31; ce chiffre doit are 2. as 0®,31 + 05,31 — 0",62 ;.et il faut ajouter encore la largeur de la main de Zeus |

foudre par le milieu : soit 0®,70 à peu prés.

Telles sont les objections qui me sont venues à l'esprit, au cours d’une étude attentive des hypothèses de M. Brückner. Je les résume :

1° La prétendue Échidna n’est pas Échidna ; par suite, le groupe que fait Hercule avec le serpent n’a aucun lien avec le groupe de Zeus et Typhon; il ne s'explique pas et n'a plus aucun droit à figurer dans le fronton, dont la composition serait, du reste, très mauvaise si on devait l’accepter telle quelle ;

2 Les proportions données à Hercule sont erronées ; il faut le changer de place ou le mettre debout. Dans l’un et l’autre cas, les espaces vides qui étonnent l'œil dans toute la moitié gauche du fronton ne peuvent qu'augmenter encore. De plus il n'est pas exact que le bras gauche d’Hercule ait été levé en l'air, brandissant la mMaAssUe ;

3° Une erreur analogue, moins grave il est vrai, ἃ été commise dans le calcul des proportions de Zeus... si Zeus il y ἃ : car, du personnage, 1] ne subsiste que la tête, et rien ne prouve que cette tête soit celle de Zeus, ni qu'elle ait appartenu au fronton ;

4° Rien, dans l’attitude ni la physionomie de Typhon, ne laisse supposer qu'il soit menacé par un adversaire et soit engagé dans une lutte; tout invite à croire le contraire. Donc cette lutte, qui est l'unique raison de la présence de Zeus, ou plutôt qui est le postulat nécessaire à toute la restitution proposée, semble n'avoir pas existé.

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