LES JEUX PYTHIQUES
Ι. — NOTE SUR UNE IMITATION D'HOMÈRE PAR SOPHOCLE DANS LA DESCRIPTION DES JEUX. — CORRECTION AU TEXTE DE SOPHOCLE
La description que. dans sa tragédie d’'Electre, Sophocle ἃ faite de l'hippodromie des grands Jeux Pythiques, est certainement un des morceaux les plus brillants que ce poète ait écrits !. Les images les plus audacieuses, comme l’a dit M. Patin, s’encadrent de la facon la plus naturelle dans le langage, simple jusqu’à ia familiarité, d’un témoin qui semble ne se proposer autre chose que de rapporter avec exactitude ce qu'il ἃ vu. Dans ce beau récit, Sophocle ἃ imité Homère. Au chant XXII de l’Z/ade, Achille célèbre des jeux funèbres en l'honneur de Patrocle; dans ces Jeux, la course des chars tient le premier rang; c’est aussi l'épisode le plus long et le plus beau du chant XXIII; à elle seule la description de cette course remplit plus de vers que la description des sept autres concours. Il en est de même dans l’Electre. Sophocle dit très rapidement quelques mots des autres concours ; il se contente de rapporter qu'Oreste a toujours été vainqueur ; il a hâte d'arriver à la course des chars : il la décrit enfin en détail. S'il donne à cette course une telle importance, ce n’est pas seulement parce qu'elle se termine
1 Nous avons déjà eu l'occasion de nous en occuper dans l'article Hippodrome, que nous avons publié dans le Diclionnaire des Antiqu lés grecques et romaines, fasc. 23°, p. 193-210 ; nous renvoyons à cet article.
par un accident tragique, on voit que le poète a voulu faire un beau récit, un récit qu’il savait devoir intéresser tous les auditeurs. |
Nous ne nous arrêterons pas à l’anachronisme que Sophocle a commis en faisant concourir Oreste aux Jeux Pythiques. Le scholiaste, à deux reprises (v. 49 et 682), à relevé cette erreur: l'institution des Jeux Pythiques est, en effet, bien postérieure à l'époque des Pélopides. Cela est surtout vrai de l’hippodromie. L'ancienne fête Pythique, qui revenait tous les huit ans, ne comprenait que des concours de musique et de poésie. C’est seulement en 586 que la grande fête Pythique, revenant tous les quatre ans, est instituée. sur le modèle de la fète Olympique, avec cette différence, que l'hippodromie, qui, à Olympie, comprenait la course des quadriges et la course au cheval monté, ne comprenait à Delphes que la course au cheval monté. Enfin, en 582, la course des quadriges fut ajoutée au programme des Jeux. La critique du scholiaste est donc parfaitement justifiée.
Sophocle a voulu décrire une course telle qu'elle se passait de son temps; 1] n'a nullement pensé à faire de l’archaïsme : il est facile cependant de voir que, lorsqu'il composait son récil, il avait présent dans sa mémoire les vers d'Homère, et que ce souvenir ἃ déterminé la disposition qu’il ἃ donnée à certains détails, le choix qu'il ἃ fait de certaines expressions. Nous n'avons pas l'intention de relever tous les passages dans lesquels on peut saisir limitation d'Homère ; il nous suffira ici d’en étudier quelques-uns.
Dans Homère c'est par la course des chars que commencent les Jeux; 1 ν ἃ cinq concurrents, Eumèlos, Diomède, Ménélas. Antilochos, Mérionès : ils courent eux-mêmes, montés sur le char à deux chevaux qui leur sert dans les combats. Dans Sophocle, l'hippodromie vient après les jeux gymniques ; nous savons qu'il en était ainsi dans Athènes, aux fètes des Théséia et des Panathénées. Les concurrents sont au nombre de dix; comme dans Homère. ils courent tous eux-mêmes. Sur ce dernier point, Sophocle s’est écarté de ce qui était l'usage général à son époque. Les jeux équestres se distinguent des autres jeux en ce que c'est le propriétaire du cheval
ou du char viclorieux qui est proclamé vainqueur. L'écuyer ou le cocher, dont l'habileté ἃ contribué puissamment à la victoire, est le plus souvent un personnage subalterne, une sorte de domestique