LES JEUX PYTHIQUES D APRÈS 1,7 « ÉLECTRE » DE SOPHOCLE
les vers d'Homère, et, quand il arrive à cette manœuvre de conver-
sion, 1] suit le modèle qu'il a sous les yeux, v. 720-722:
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ὶ ϑ 2210V ἵππον ξΞυγΞ TOY προτχείιλενον.
Ces vers, tous les critiques en conviennent, sont une imitation directe de ceux d’'Homère. Il nous semble cependant qu'on n'a pas bien saisi toute la portée de limitation de Sophocle. Ce qu'il y ἃ de particulier dans cette imitation, c'est que Sophocle, décrivant une manœuvre difficile faite par un char à quatre chevaux, ne dit pas autre chose que ce qu'avait dit le poète qu'il imite et qui attribue la même manœuvre à un char à deux chevaux: il va jusqu'à se servir presque des mêmes expressions. Lui aussi ne parle que de deux chevaux; ce sont assurément ceux qui réclament de la part du cocher la plus grande attention; mais s'imagine-t-on que les deux chevaux du milieu ne devaient pas être surveillés de près ? Est-ce que cette rapide conversion exécutée par des chevaux lancés à fond de train présentait les mêmes difficultés et les mêmes dansers pour un char trainé par quatre chevaux de front ou pour un char traîné par deux chevaux?
C'est là que se montre le caractère particulier de cette imitation. Sophocle ἃ suivi de si près son modèle que, si l'on enlevait de ce long récit un seul mot, le mot σειραῖον, au vers 722, et en admettant que l’histoire des grands jeux de la Grèce ne nous fût pas connue, on serait porté à croire que la course racontée d'une façon si poétique par Sophocle est une course à la bige ; sauf ce seul mot. rien n'indique qu'il s'agisse du char à quatre chevaux.
Ces trois vers de l’Electre, que nous avons cités, n'ont pas échappé à la sévérité de la critique. On n'en ἃ pas attaqué l'authenticité; on à prétendu qu'ils n'étaient pas à leur vraie place dans nos manuscrits. Îl est difficile de nier, en effet, que, tels qu'ils sont, ils ne soulèvent des objections. Ils interrompent la description générale de la course, en introduisant brusquement le personnage d'Oreste, pour l’abandonner aussitôt après et revenir à la description générale. Diverses tentatives ont été faites pour résoudre
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cette difficulté. Burges! propose de placer ce passage après le vers 733; E. Piccolomini® le voudrait après le vers 740. Aucun de ces deux changements ne nous paraît acceptable. Notre passage ne peut se placer après le vers 733, parce que, au vers qui porte le n° 735, Üreste est désigné par son propre nom; il ne pourrait pas, deux vers plus haut, être désigné par le pronom démonstratif χεῖνος. Le changement proposé par M. Piccolomini paraît, au premier abord, plus séduisant. Cependant aucun critique, aucun éditeur ne l'a jusqu'ici admis comme juste. C’est qu’en effet des perturbations telles qu'en supposent Burges et Piccolomini ont été très rarement constatées dans le texte de Sophocle. Nous croyons que l’on ἃ suivi une fausse voie en essayant de déplacer ces vers: ils sont bien là où ils sont. Seulement une correction s'impose. Si nous examinons la suite des idées dans cette description de la course, nous voyons le messager raconter d’abord le départ des chars, le bruit de la course, l’ardeur des concurrents; il est naturel qu'après cela il parle de cette manœuvre de conversion autour de la borne, qui était le moment dramatique de la course ; 1] le fait brièvement; puis il raconte la première catastrophe survenue quand les concurrents ΓΟ ΒΕΙΔΙΘΕΣ le sixième tour de la piste. Cependant la critique que l’on ἃ faite de ces vers existe loujours telle que nous l'avons résumée ; la description générale de la course ne doit pas être interrompue ; l'introduction, en cet endroit, du personnage d'Oreste n'est pas justifiée. Il nous semble qu’une correction, qui est très simple au point de vue paléographique, résout toute difficulté. Nous proposons de changer χεῖνος en za πᾶς ; il est clair qu'une fois la première faute commise, une fois χαὶ ras remplacé par χεῖνος, la particule δέ devait naturellement se glisser dans le texte. « Et chacun, à mesure (ἀεί) qu'il « arrivait près de la dernière borne, l’effleurait en lâächant la bride « au cheval de droite, en la serrant au cheval qui rasait la borne. » Dans la pensée de Sophocle tous les rivaux d'Oreste à La course des chars étaient des conducteurs habiles, et il pouvait, sans peine, leur attribuer le mérite de savoir exécuter avec adresse la manœuvre difficile de la conversion.
1 Préface à l'édition des Troyennes d'EURIPIDE, p XXII. 3 Comment. Mommsen., p. 756, Berlin, 1871.