DANS LES PARTIES ÉPISODIQUES DE LA TRAGEDIE GRECQUE
Les chants principaux du chœur, appelés stasima, ont toujours été, dans la tragédie grecque du v° siècle, en nombre indéterminé. Ce nombre, comme nous le voyons dans les pièces qui nous restent, varie de un à cinq!. La place que les chants de ce genre occupaient dans le poème n'était pas fixe. Deux stasima pouvaient se suivre à quelques vers de distance, ou être séparés l’un de l’autre par un nombre considérable de trimètres*. Ainsi rien n'était plus souple, plus malléable que la tragédie ancienne. Les poètes s’abandonnaient aux inspirations de leur génie, qui ne connaissait pas d’entraves. Les règles n’existaient pas encore. Elles n'ont été formulées qu’à une époque de réflexion, c'est-à-dire au moment où l'intelligence de la race grecque, lasse d'avoir été si féconde, se repliait sur elle-même et cherchait moins à produire de nouvelles : créations qu'à pénétrer la nature de celles qui existaient déjà.
Ainsi la loi étrange d’après laquelle toute tragédie doit avoir un nombre d'actes déterminé, s’élevant de trois à cinq”, n'a été connue par aucun des poètes classiques. Rien n'est plus variable dans cha-
1 Le Philoctète de Sophocle n'a qu'un stasimon ; l’Ion d'Euripide en ἃ deux; les tragédies de trois et de quatre stasima sont très fréquentes ; l'Antigone de Sophocle ἃ jusqu'à cinq stasima.
> Ainsi le premier Episode de l’Ajax est long de 48 vers, et le second de 467.
3 Horace, ad Pisones, 189 suiv.
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cune de leurs œuvres que la somme des parties récitées qui les
constituent. Ces parties, on le sait, étaient nommées épisodes, sauf
la première, qui était le prologue, et la dernière, que l'on appelait exodos. Elles devinrent les actes des pièces modernes, dès que l’on remplaça par un entr'acte les chants du chœur. De cette manière. telle pièce de Sophocle n'a que trois actes, telle autre en compte jusqu’à sept !.
Si la forme extérieure du drame était encore si changeante et si peu arrêtée, que faut-il penser de la théorie d'après laquelle le nombre des trimèfres se répondait d'un acte à un autre ? Cette Opinion est soutenue depuis vingt années environ par J. Oeri, avec
plus de ténacité que de succès?. Elle ἃ été examinée à plusieurs reprises. Chaque fois elle ἃ été rejetée?. Peut-être y a-t-il lieu de
revenir sur la question pour en dégager la parcelle de vérité qu'elle cache.
En premier lieu, prétendre, comme on l’a fait, qu'une tragédie formait une sorte de construction architecturale. composée d’un centre et d'ailes disposés symétriquement, c’est confondre l'essence même des deux éléments épique et lyrique, qui entraient dans la composition du poème, et dire de l’un ce qu'il convient parfois de dire de l’autre. Sans doute, les parties chantées des tragédies étaient quelquefois disposées d’après un plan harmonieux, et il existe plusieurs thrènes fort connus dont la symétrie est tout à fait remarquable. Mais n'oublions jamais que l'ordonnance plus ou moins
l Pièces de trois actes, Philoctète ; de quatre, Jon; de cinq, Ajax; de six, Œdipe Roi ; de sept, Antigone.
? Die grosse Responsion in der späteren sophokleischen Tragüdie, im Kyklops, und in den Heracliden, Berlin, Weiïidmann, 1480. — Inlerpolation und Responsion in den Jambischen Parlien der Andromarche des Euripides, Berlin, Weidmann, 1882. — Divers articles dans les Jahrbücher für classische Philologie. — Die Symetrie der Verszahlen im griechischen Drama, Basel, 1896.
3 Oert, Curist, PRIEN, Thesen über die scenische Responsion bei den griechischen Tragikern und Aristophanes (Verhandlungen der 32. Versammlung deutscher Philol. und Schulm. 1877, p. 142-1614). — Voir aussi les comples rendus de la théorie dans les Jahresberichte de Bursian et dans la Revue critique, année 1881, article de M. Weil.