‹ Mélanges Henri Weil [microform]. Recueil de mémoires concernant l'histoire et la littérature grecques dédié à Henri Weil ... à l'occasion de son 80e anniversaire; ouvrage contenant un portrait en héliogravure, une phototypie hors texte et plusieurs illustrations dans le texteChapitre 83 sur 96 · Δ. PUECH · texte numérisé non relu

Δ. PUECH

par Casimir Ouùdin. Pour répondre aux doutes soulevés par Oudin, l'éditeur bénédictin, Dom Prudence Maran, croyait suffisant de supposer que le 525 παρχινετιχὸς élait le premier ou un des premiers écrits de Justin, antérieur de plusieurs années au Dialoque et aux Apologies!. De nos jours, où ce petit ouvrage ἃ été souvent étudié, nul n’en défend plus, je crois, l'authenticité d’une façon ferme. Toutefois Krüger* croit qu'elle est encore une des hypothèses possibles, et, en tout cas, il maintient que le 5-25 date du n° siècle. L'abbé Batiffol® est d'accord avec lui sur le second point. Vülter’, qui a cru pouvoir attribuer le λόγος à Apollinaire d'Hiérapolis, accepte donc la même date. Bardenhewer ὃ, qui fait un léger pas de plus en avant, consentirait à descendre jusqu'au commencement du mr siècle. L'opinion radicale de Dræsekef est, au contraire, que la Cohortatio est postérieure à Constantin, qu'elle est contemporaine de Julien, et que l’auteur en est Apollinaire de Laodicée. Harnack, qui avait d'abord 7 proposé comme date approximative la période 225-300, s'est ensuite rallié$, non point d'une façon catégorique à toute la théorie de Dræseke, mais, du moins, à l'hypothèse qui voit dans la Cohortatio une œuvre postérieure à Constantin. Je voudrais, sans apporter peut-être aucun argument bien nouveau dans une question déjà si débattue, essayer de fixer ce qui, après tant de discussions, me paraît, sur certains points, être établi avec certitude, sur d'autres, pouvoir ètre soutenu avec vraisemblance.

Je ne m'attarderai pas à l'examen d'une question qui paraît tran-

chée : la Cohortatio peut-elle ôtre considérée comme une œuvre de

! Cf. la préface de l'édition de Maran {la Cohortatio ἃ paru dès 1539; l'édition générale de Justin par ἢ. Estienne est de 1551).

? Gescl.chle der allchristlichen Literatur, p. 69.

3 Anciennes Littéralures chréliennes, la Littérature grecque, p. 330.

4 Zeitschrift für wissenschaftliche Theologie, 1883.

* Palrologie, p 92.

Apollinarios von Laodikea, Texte und Untersuchungen, VIE, 3-4.

‘ Dans l'Ueberlieferung der griechischen Apologeten (Texte und Untersuchungen, 1).

$ Geschichle der altchristlichen Lileratur, V, p. 113: « die sicher unechten, und der nachkonstantinischen Zeit eingehærigen Schriften, Cohortatio, Ecthesis, etc. »

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Justin ? Ni par le fond, ni par la forme, la Cohortatio ne rappelle les deux Apologies ou le Dialogue : c'est aujourd'hui le sentimentde tous.

L'auteur veut mettre en parallèle «les maîtres du christianisme el ceux du paganisme n,— τοὺς τῆς θεοσεῤείας ἡμῶν τε La! ὑμῶν ἐξετάσχι Σδιδχσχάλους. οἵτινες χαὶ σοι χαὶ 20 οὺς γεγόνασι χρόνους l, —etil prétend confondre les seconds en montrant d’abord leurs erreurs et leurs contradictions, puis les emprunts qu'ils ont faits à Moïse. Les autorités sur lesquelles les païens fondent leur croyance sont les poètes (ch. n), les sages et les philosophes (ni-x), les oracles (xt) ; elles sont également faibles. La chronologie prouve que Moïse est antérieur à tous les écrivains grecs, et il ἃ été connu par eux (ainsi par Orphée, Homère, Platon, ete.) : mais les philosophes, comme Platon, n'ont pas osé révéler aux peuples toute la vérité qu'ils tenaient de lui (xui-xxxvi). Les païens doivent ajouter foi au témoignage de la Sibylle: il est temps pour eux de se convertir {KXXVII-XXXVHI). — Voici ce qui frappe surtout dans toute cetle discussion : l'auteur est, en somme, très sévère pour la philosophie grecque ; s'il ne prend pas le ton violent de Tatien, on ne peut non plus dire, comme la fait Renan ?, « qu'il est de l'école modérée de Justin, » et le placer parmi ceux « qui cherchent à tous les dogmes des fondements rationnels ». Il ne se rallie nulle part à cette curieuse théorie du λόγος λατιχέ τ. par laquelle Justin explique les parcelles de vérité qu'ont possédées quelques païens d'élite. Au contraire, 11 met tout son effort à prouver que Moïse est antérieur aux poètes et aux philosophes de la Grèce et que ceux-ci l'ont connu ἡ. La méthode apologétique, chez l’auteur de la Cohortatio, est à la fois plus systématique et moins libérale que celle de Justin dans les deux Apologies \.

l Ch. 1.

2 MarC-AURÈLE, p. 107.

3 Je n'indique que les différences les plus essentielles. D'autres, qui sont frappantes aussi (théorie des démons; explication des théophanies de l'Ancien Testament. ) ont été bien notées par exemple par Vosrer (Zeitschrift für wissenchaftliche Theologie, t. XX VD. ΟἿ aussi Doxazpsox, History of christian Lileralure, & 11. p. 96 suiv.

4 Le ton de la Cohortatio est surtout différent de celui des Apologies; on est moins frappé de la différence si on le compare à celui du début du Dialogue, où Justin, en racontant l'histoire d'une conversion, est nécessairement plus sévère pour la philosophie. On peut faire deux rapprochements entre la Cohortatio et le Dialogue ; 4° l'expression τεῖχος ὀχυρόν, Coh., 3, qui peut être un rappel d'une phrase du Di tloque (3); 2 on pense aussi au début du Dialogue, dans les nombreux passages où notre auteur répète à satiété que la religion est chose de tradition, qu'il faut demander la vérité à ceux qui la savent (τοὺς εἰδότας. On peut en conclure que notre anonyme connaissait le Dialogue : on n'est pas obligé d'en conclure davantage.

oo

Peut-être la différence de la forme est-elle encore plus frappante. Justin compose mal, etsa phrase est molle et trainante; la composition de la Cohortatio est assez nette et serrée, le style en est très oratoire. En étudiant dans le détail le vocabulaire, on arrive à des conclusions beaucoup plus probantes iei que n'en donnent parfois les études de ce genre ; car nos deux écrivains usent beaucoup, le second surtout, de formules toutes faites et ont tous deux leurs expressions familières : ce ne sont pas les mêmes chez l'un et l'autre !. L'’impression d'ensemble que laissent d'un côté le Dialoque et les Apologies, de l’autre la Cohortatio, me parait tout aussi décisive. On est en présence de deux manières très dissemblables, qui ne représentent ni Fe même tour d'esprit, ni la même qualité d'âme. Ce qui rend Justin si intéressant, c'est sa candeur, c’est la sincérité de sa conviction ; nul autre parmi les Apologistes n'a plus véritablement l'accent chrétien. L'auteur de la Cohortatio ἃ plus fortement subi l'influence de la rhétorique: il est plus docteur et moins apôtre ; son esprit est parfois peut-être plus vif et plus pénétrant que celui de Justin: l'âme de Justin est plus profonde? et plus simple.

I ne suffit pas, pour expliquer tous ces contrastes, de supposer, comme le faisait Maran, que la Cohortatio est une œuvre de début ; on peut conclure sans crainte qu'elle n'est pas de Justin, et nous verrons bientôt quon a plusieurs raisons de penser qu'au lieu d'ètre antérieure aux Apologies de celui-e1, elle leur est fort postérieure.

La Cohortatio n'est done pas de Justin. Mais quelle en est l’origine ? Il ne faut pas, quand on se pose cette seconde question, exiger une solution trop précise, et, par exemple, chercher tout de

suite à remplacer le nom de Justin par un autre. Les hypothèses

! Cf Doxazpsox, p. 101.

d Cest ce qui fait, par exemple, que Justin intervient si souvent en personne dans la discussion et se met toujours si volontiers en avant ; l'auteur de la Cohortalio nous parle bien de ses voyages, mais ne nous montre pas ainsi à nu toute son âme. Il faut d'ailleurs remarquer à 66 propos que, comme nous l'allons voir, l'auteur de la Cohorlalio écrit certainement à une époque où il n'y avait pas de persécution.

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que l'on a faites pour désigner ainsi soit Apollinaire d'Hiérapolis ἡ, soit Apollinaire de Laodicée, sont assez hardies. Tout ce que nous savonsdenotreauteur anonyme, c’est ce qu'ilnous apprend lui-même: il a visité l'Italie (ch. xxxvi) ; il connait aussi Alexandrie (ch. χα). et n’en était pas originaire *.

Mais il semble que l'on doive, — et c'est la seule chose qui importe, — arriver à fixer avec une vraisemblance suffisante la date approximative de notre petittraité. En somme, trois solutions de ce problème ont été proposées, comme nous l'avons vu: 1° pour les uns, la Cohortatio se rattache au groupe des apologies du n° siècle et serait au plus tard des premières années du troisième ; c'estune Opinion qui a encore bien des partisans ; 2° pour les autres, la Cohortatio doit être datée de l’une des périodes de paix que l'Eglise ἃ connue au nr siècle à partir d'Alexandre Sévère, la période 225-300 ; c'était la première opinion d'Harnack; 3° enfin on en est venu à rejeter la Cohortatio après le triomphe de l'Eglise; c’est la partie de la thèse de Dræseke à laquelle s'est rallié Harnack, et c'est l'opinion qui tend, semble-t-il, à prévaloir. Examinons les divers éléments

du problème.

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