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Peut-on retrouver les sources principales auxquelles l'auteur ἃ puisé pour sa démonstration? On le peut avec certitude, au moins en uncas. Dansses premiers chapitres, il suit d'assez près, quoique avec une certaine liberté de détail, les Placita du Pseudo-Plutarque *. Cette constatation, ilest vrai, ne nous donne pas de grandes lumières sur la date que nous cherchons; tant que nous nous y tenons, nous pouvons rester dans les limites du 1° siècle. Mais l'usage que fait notre anonyme des Placita nous montre bien sa méthode de travail.
1 Je discuterai plus loin l'attribution à Apollinaire de Laodicée. En ce qui concerne Apollinaire d'Hiérapolis, Vœælter, qui a pensé à lui (voir l'article cité supra), n'a d'ailleurs exprimé sa conjecture qu'en termes très mesurés et très discrets. Il ne suffit pas en effet de rapprocher du titre d'un des écrits d'Apollinaire d'Hiérapolis, le περὶ ἀληθείας, la formule si fréquente chez l'auteur de la Cohortatio, ἀληθὴς θεοσέδεια, pour emporter la conviction. Au fond Vælter ne tient qu'à une chose: établir que la Cohortalio n'est pas postérieure à la fin du n° siècle. C’est ce que je vais discuter.
2 C'estce qu'implique l'expression : παρὰ τῶν ἐχεῖ ὡς τὰ πάτρια παρειληφότων ἀχηχούτες.
5 Cf. sur l'usage qu'il en fait, DIELS, Doxographi græci, Prolégomènes, p. 17.
Il y a des chances pour que, dans les autres parties de son ouvrage, il se serve aussi complaisamment de certains de ses prédécesseurs. ΠῚ n'est pas un érudit, et le ton très oratoire qui lui est familier incline déjà à penser qu'il n'y ἃ guère de personnel chez lui que la mise en
œuvre, Quand donc on aborde l'étude du texte qui, dans le chapitre χα de la Cohortatio, présente des ressemblances caractéristiques avec le fragment de Jules Africain conservé par Eusèbe (Præp. ev., 10, 1), il est assez vraisemblable 4 priori que c'est l'orateur qui a fait un emprunt à l'érudit, et non inversement, à moins que tous deux n'aient une source commune. L'opinion de Gutschmid!, qui croyait qu'Africain s'était servi de la Cohortatio, n'est plus défendable ; la comparaison détaillée des deux morceaux, telle que Fa faite, par exemple, dès longtemps Donaldson?, me semble assez favorable à l'explication opposée : si un doute peut subsister, c'est, à mon avis. seulement parce qu'on ne saurait regarder comme absolument exclue l'hypothèse d'une source commune*. Ce qui est certain, c'est que. chez notre auteur, d'une part, l'argumentation tirée de la chronologie est essentielle, puisque prouver l’antériorité de Moïse et la dette qu'ont contractée envers lui les poètes et Les philosophes grecs 05] le fond mème de sa thèse; c'est que, d'autre part, en dehors du passage capital qui provoque le rapprochement avec Africain, cette argumentation est chez lui très superficielle‘. Justin fait intervenir parfois dans ses Apologies ce qu'on peut appeler l'argument chronologique, mais sans exposer un système. Tatien, le premier, ΟἹ il s'en fait gloire, essaie de construire ce système, mais ce n'est pas à lui que se réfère notre anonyme. L'argument chronologique, tel qu'il est présenté dans la Cohortatio, est assurément assez défectueux : l'exposition en est, sauf sur un point, sommaire et pleine de lacunes, et cependant elle semble supposer que l'apologélique chrétienne est déjà en possession, sur ce point, d'un système plus avancé el plus approfondi que celui de Tatien. Dès lors, on est bien tenté de
ι Jahrbücher für klassische Philologie, 1860 (— Kleine Schriflen, W, p.196.
2 Loc. At. : cf. aussi l'excellent article de Scnüner, Zeitschrift für Kirchengeschichle,
3 Vælter, reprenant en la corrigeant la thèse de Gutschmid, ἃ soutenu cette hypothèse par des raisons dont certaines donnent à réfléchir (article précité).
‘ Ainsi le commencement du chapitre χαὶ lui-même, où l'auteur raisonne ainsi: Socrate fut le maitre de Platon, Platon celui d’Aristote: ces deux derniers ont été contemporains de Philippe et Alexandre, c'est-à-dire des grands orateurs athéniens, comme le prouvent les l’hilippiques de Démosthène.
LE AOTOZ IAPAINETIKOZ 401
croire que notre anonyme a connu Jules Africain, surtout si d’autres considérations encore rendent vraisemblable qu'il a écrit après lui.
Il n'y ἃ pas de conclusion très précise à tirer de la citation orphique du chapitre xv', ni de l’allusion aux livres hermétiques. Mais déjà cependant cet emploi des livres hermétiques fait songer à l’époque du néo-platonisme, et un bon nombre d'indices, sans donner peut-être une preuve formelle, rendent cependant bien probable que l'auteur a connu en effet le néo-platonisme. Donaldson avait déjà bien noté qu'il ne semble pas « respirer la même atmosphère que Justin ? », et qu'en particulier il se soucie fort peu du stoïcisme. Dræseke”, sans qu'on puisse lui accorder toutes les conclusions qu'il tire des faits, a relevé les principaux passages qui peuvent nous induire à croire que notre anonyme discute surtout avec des néo-platoniciens. Il est certainement digne de remarque que l’oracle Μοῦνοι Χαλξαῖοι, ete., qui, d’après la Cohortatio (ch. xt et ch. xxiv), était souvent rappelé par les païens, ait été en effet cité par Porphyre, dans le livre 1 de son [Πξρὶ τῆς ἐχ λογίων φιλοσοφίας 1 (Eusèse, Præp. ev., IX, 10,3; et Dem. ev., ΠῚ, 3, 6). Quels sont les biographes de Pythagore dont il est question au chapitre 1x °? On ne peut faire à ce sujet que des conjectures bien incertaines, et je ne voudrais pas non plus rechercher trop minutieusement quels étaient les commentateurs du Timée, qui vise le chapitre xxv. Mais ces divers textes semblent bien nous reporter à une période où a, tout au moins, déjà commencé le mouvement néo-platonicien, et même ce
4 à . « . . . . "+ . Ὰ 4 n'est guère qu'après quil eut pris une expansion décisive qu'un écrivain chrétien a pu s’en préoccuper aussi vivement,
! CF. Doxazpson, p. 107, et Scuürer, Geschichle des jüdischen Volkes im Zeilalter J. Chr., I, p. 514.
3 Apollinarios von Laodicea, p. 83-99.
4 Composé vraisemblablement, — Dræseke l’admet lui-même, — avant 262.
ε La phrase τὴν μὲν γὰρ μονάδα... etc., de la Cohortatio19, 58 retrouve dans l'extrait d'une vie anonyme de Pythagore, cité par Photius (Bib., 249). Mais quel est l’auteur de cette vie ? L'ancienne hypothèse de Wolff (Apollinaire, le maître de Porphyre) n’est pas plus invraisemblable que celle de Dræseke (un élève de Jamblique).
6 Peut-être pourrait-on ajouter qu'il y ἃ, entre certains fragments de Porphyre et telles particularités de la Cohorlalio, des rapports qui permettent aussi de supposer que l’auteur de celle-ci connaît Porphyre. Ne serait-ce pas parce que Porphyre disait que les Dieux ne s'expliquent pas φανερῶς, mais δι᾿ αἰνιγμάτων (Eus., Præp. ev., IV, 82) que notre anonyme qualifie toujours au contraire la certitude du christianisme par les adverbes σαφῶς χαὶ φανερῶς" Il est curieux de noter de grandes similitudes entre les
termes par lesquels Porphyre définit l'inspiration (Eus., Præp. ev., V, 8, 12), et ceux dont se sert fréquemment pour le même objet l’auteur de la Cohortatio (ch. vin surtout et alias).
L'analvse des matériaux que semble avoir mis en œuvre | auteur F à | Se LR ᾿ Ἢ écrivait au de la Cohortatio nous conduirait donc à supposer qu il éc à ὃ plus tot dans le dernier tiers du n° siècle. D'autre part, si on . 5 ΄ rs , = . L à 5 | £ τῶ e veut juger d'après l'impression générale que laisse ce petit écrit, J δ
| ERA ὩΣ ἜΈΡΟΡΕ suis nettement d'accord avec ceux qui jugent impossible de le ri De, pe Φ ΜΣ TE L ù £ ; : ον:
tacher aux ouvrages des premiers apologistes . L'auteur n . tionne plus, mème par allusion, Îles bruits calomnieux dont les
chrétiens étaient victimes ; il ne paraît redouter aucun danger pour
FA ires ; 1 jamais de persécution ni de lui et ses coreligionnaires ; il ne parle jamais de pers persécuteurs. Harnack a dit très justement? qu'il parait combattr( ᾿- - ς L ὲ ." »ν τὸ à 4, γί es adversaire épuisé ; le ton de confiance qu il garde de pers ν Ξ : « . 2 . .
4586 Ὃς pr » dès l’origine, très frappant ; sans doute, d'assez bonne heure, presque d 9 flammés par leur foi, ont pris un ton analogue ; les apologistes, entla 5.} ἶ
mais chez Tertullien, par exemple, l'accent est rendu plus provocant € μ᾿ /
| ème + ei l'accent est surtout celui de la par la menace mème du danger ; 101 l'acc
et du dédain. Certaines parties de la discussion”, avec
supériorité ES Ἢ | ‘ahissent un écrivain qui ἃ des
leurs minuties un peu puériles, { rain " | illité d'esprit : ce n’est pas ainsi qu on Ccomba loisirs et de la tranquillité d'esprit : ce n est pas ainsi 4 ᾿ au « , . à Ξ 4 ΄- ) pour l'existence. Ces divers caractères impliquent tous une époqu Ils ne sont aisément intelligibles que si lon fix
assez tardive. ie ance dont le christia-
cette époque à l'une des périodes de tolér
T ans la se itié (à nisme a bénéficié au πὶ" siècle, surtout dans la seconde moitié ( ἜΤ.
jen καὶ sric ‘rieure au triomphe partir de Gallien, 260), οὐ bien à la période postérieure au triom]
de l'Eglise. Devons-nous en demeurer à la première τ ν ou aller jusqu'à la seconde ? Je reconnais que ER .
choisir entre ces deux partis extrèmes, placer la Lana ὁ ècle ou l'attribuer à l'époque post-constantinienne, Je Preterer
x a fin du
rais de beaucoup le second. Mais ne peut-on sen tenir à | Le ᾿ k
Η $ e μ e n Ἢ Pr 1 ps avec 1 Vœlter. dans l'article déjà cité, ἃ signalé quelques points de rapport possibles r} ἩΡ { ἃ =
les apologies du 1r siècle ; les différences sont bien plus frappantes. s Ὁ τς »»Ἅ»
2 Die Ueberlieferung, etc., Ρ. 157. ἊΝ
3 La plus grande partie des chapitres XXVI-XXXI:
LE AOFOY IAPAINETIKO® 103
in siècle, et l'œuvre porte-t-elle vraiment la marque d'une composilion postérieure au triomphe de l'Eglise?
Dræseke ἃ pensé que le λέγος παραινετιχὲς était en réalité le Λόγο
ὑπὲρ ἀληθείας d'Apollinaire de Laodicée, composé pour répondre à Julien après sa loi du 17 juin 362 sur les chrétiens et l’enseignement. Mais a-t-il fait vraiment la preuve de cette assertion? Le texte de Sozomène (H. E. V, 18), qu'il prend pour point de départ, rend son hypothèse possible !, mais ne l'impose pas comme évidente. Il en est de même de sa théorie générale sur les écrits d'Apollinaire, dont la plupart ne seraient pas perdus, mais auraient survécu comme pseudonymes. Sur les six arguments qu'il énumère ensuite, les plus forts (1,2, 3 et 4 en partie seulement)? prouveraient bien que la Cohortatio est postérieure sans conteste à la date traditionnellement admise, et peut-être même à Constantin : les autres, relatifs à Apollinaire, sont insuffisants. Demandons-nous done surout, non pas précisément si la Cohortatio est l'œuvre d'Apollinaire, mais s'il est vraisemblable qu'elle soit contemporainede Julien, ou même seulement postérieure à Constantin.
I est vraiment difficile de trouver dans la Cohortatio un seul passage dont on puisse dire avec certitude qu'il vise directement Julien. M. Asmus, qui ἃ essayé, dans un article très nourri’. d'appuyer l'hypothèse de Dræseke, ἃ cru d’abord devoir admettre que notre petit écrit était incomplet, tel que nous le possédons, et comprenait primitivement une seconde partie, qui nous manque. Vælter
! En voici l'essentiel: λόγος ὃν ὑπὲρ ahnleiac ἐπέγραψεν, ἐν ᾧ χαὶ δίχα τῆς τῶν ἱερῶν λόγων
μαρτυρίας ἔδειξεν αὐτοὺς (les Grecs; ἀποδουχοληθέντας τοῦ δέοντος περὶ θεοῦ φρονεῖν.
? Ce sont les arguments dont j'ai parlé déjà (l'oracle, les biographies de Pythagore, les commentaires du Timée), plus un quatrième formé d'un faisceau de remarques dont les premières mentionnées aussi déjà (pas d'allusions aux perséculions ni aux calomnies des païens ; l'auteur combat un adversare épuisé) sont justes, mais ne prouvent pas toute la thèse, dont quelques autres, que je vais indiquer, appellent la même réserve ou sont inexactes.
$ L'admiration de l’auteur inconnu pour Homère et pour Démosthène qu'il imite dans son exorde ; de même sa connaissance de la philosophie platonicienne et aristotélicienne (cf. DRÆ&sEkE, Archiv für Geschichle der Philosophie, 1892).
4 Zeitschrift für wissenschaftliche Theologie, t. XXXVIH.
l'avait déjà pensé. Si même nous l'admettions, comme cette seconde partie aurait été, nous dit-on, positive εἱ didactique, tandis que la première est seulement polémique et négative, il y aurait assurément peu de chance qu'elle ait contenu, plutôt que la “as mière, l’allusion transparente que nous cherchons. Or, dans la prétendue première partie, les indices qu'on nous signale ne bons paraissent prouver avec certitude qu'une chose, ee COR leurs ?, c'est que notre auteur discute avec des NP Iens. Mais pas une phrase derrière laquelle on pue affirmer ve aperçoit Julien et qu'on reconnait son édit. D'autre part M. Asmus a pris un détour ingénieux. Il ἃ essayé de montrer, — sans rien produire de tout à fait décisif, — dans divers écrits de Julien, des souvenirs de la Cohortatio, dirigée contre lui en 362, et qu'il n'aurait jamais oubliée. Enfin il a essayé de retrouver la trace de la Cohortatio dans les invectives de Grégoire de Nazianze contre Julien, comme aussi dans la Thérapeutique de Théodoret; les rapports de la Cohortatio et de Cyrille sont depuis longtemps connus”. Cette dernière partie est, à mon sens, la plus intéressante de sa = npanS tion : car elle rend assez vraisemblable que la Cohortatio a os plus lue qu’on ne le pensaitet ajoute ainsi à l'intérêt très vif que présente
- ε - γκν ᾿ ᾿ς |: r1té me et l’incécet énigmatique petit ouvrage *. Mais la complexité même et l'ing niosité de la méthode qu'a suivie M. Asmus ne mettent-elles pas
1 Loc. cit. — 11 me semble que c'est tirer une conclusion ne ἊΣ me qui se trouve au chapitre 1°. L'auteur a, dans ce chapitre TP Quinn : ἀν ᾧ exorde : οἵ. si son discours devait comprendre une seconde partie, νεῖ Π16. ὃ » sk première, qui est polémique, on s'attendrait à trouver, à la ἘΝ aies sy er . lement ce πρῶτον μέν, Inais un membre de phrase opposé se ul 7 τῆν ᾿ ce de la prétendue première partie, et indiquant lui-mème en termes aus précis de la seconde. C’est ce qu'on ne trouve pas. ᾿ ΜΗ
5 En ce sens, la discussion de M. Asmus peut être utilisée. FN LIT
3 Je n’en ai pas parlé plus haut, βοράν que “reg eo que fon "οὐ
aison des passages communs aux deux écrivains, βουτξ ΘΔ ὉΝ ses RP νΆρ Toutefois il est es see pr Go ch Paie pr même de ces passages, que cet emprunteur est puror sde es δι : Da mms est celui de Cyrille, que l'auteur d'un petit écrit comimne la Co rortatio, malgr on ΚΝ ΩΣ de sa méthode phare de travail. Je niaene pes LA PRE 0 Dieu merci, n’a encore proposé de considérer la Cohortalio con pes é 5 ere
4 J'ajouterai que si véritablement nous pouvons penser RATES arbitre ἘΞ ἃ eu une assez grande popularité au 1v* et au v° siècle, cela “Ὁ = Sea a + aviver encore notre curiosité et donner plus de légitimité re rs ie PRE μον remplacer le nom de Justin par un autre nom connu. Je ne ᾿ ES ᾿ ὶ 7 me vaut mieux se borner à chercher à déterminer la date approxima 0e Pres la Cohortatio aurait joui à partir du 1v° siècle ἃ pu venir de ce que, dès ce poque. elle aurait été attribuée à Justin.
ST SES KE UT A Nr RENE RIRE se Ex 2: aie κα PE Ke TA WE" ᾿
en défiance ? Comment expliquer, si véritablement nous sommes en présence d’Apollinaire, répondant à Julien après sa célèbre loi, que nulle part, pas même dans l’exorde, l'auteur n'ait désigné nettement son adversaire, qu'il n’ait nulle part révélé par un mot décisif l’époque, cependant critique entre toutes, où 1] écrivait ?
Si rien, dans la Cohortatio, ne paraît viser directement Julien, sommes-nous tout au moins obligés d'admettre que l’œuvre est postérieure au triomphe de l'Eglise ? On argue avec force du silence que garde l'auteur sur les persécutions pour conclure qu'il n'est pas du u* siècle. Ne serait-il pas presque aussi surprenant, s’il écrivait après Constantin, que pas un mot de lui ne rappelât clairement la vicloire de la foi? Dræseke a bien noté les passages qui ne peuvent se comprendre que si la polémique entre païens et chrétiens durait déjà depuis longtemps; mais ces textes sont parfaitement intelligibles,si on les attribue seulement à la seconde moitié du nr siècle!. L'un d'eux, qui impliquerait en effet une date postérieure à Constantin, si on l’interprétait comme Dræseke, me paraît avoir été mal expliqué par lui ?.
En résumé, des études fort intéressantes auxquelles la Cohorta- {io a donné lieu en ces dernières années. il résulte avec certitude qu'elle n’est pas de Justin, et presque aussi clairement qu'elle ne saurait être du τι" siècle. On ne peut être tout à fait aussi affirmatif quand on veut se prononcer entre le m° et le 1v° siècle. Toutefois celle des deux hypothèses qui me paraît encore de beaucoup
! Ce sont les fréquentes remontrances que l’auteur fait aux païens sur leur obstination à ne pas se convertir.
? Dræseke croit que, quand l'auteur invite les païens (ch. 1) à « ἑλέσθαι τὰ λυσιτελοῦντα vuvi », il veut dire : ralliez-vous à ce qui est utile maintenant, was jetzt frommt, dit-il. Il faut construire, je crois, ἐλέσθαι νυνὶ τὰ λυσιτελοῦντα, νυνὶ s'opposant à τῆς προτέρας ἀφεμένους φιλονεικίας... qui précède. Notre auteur sépare sans cesse par des enclaves les mots que le sens relie. La phrase où se trouvent les mots en question est reproduite en termes peu différents vers la fin de l'ouvrage — (où, par parenthèse, certains rappels du début semblent bien indiquer que l'auteur entend vraiment finir et ne se prépare pas à une seconde partie que nous aurions perdue) : ἔχεσθε τῶν ὑμῖν συμφερόντων, sans νυνί (ch. xxxv). 1] est donc assez clair, ce me semble, que l'intérêt des païens, d'après notre auteur, ce n'est pas ici l'avantage que présentent les conversions après le triomphe de la foi, — Dræseke paraît oublier, en traduisant ainsi, que notre anonyme écrit, d'après lui, sous Julien, et non sous Constantin ou Constance, — mais c'est à la vie éternelle qu'il fait allusion, comme l'indique nettement, dans le chapitre xxxv, le membre de phrase : τοὺς προγόνους, οὺὃς εἰχὸς ἐν "Adou νυνὶ ἐχπρόθεσμον μετάνοιαν μετανοοῦντας ὀδύρεσθαι. — Du reste, les autres textes que cite Dræseke, où il est question de l’obstination des païens, s’ils étaient du 1v° siècle, seraient aussi assez peu naturels sous Julien et paraîtraient alors plutôt dater d'un règne chrétien; mais rien n'empêche qu'ils soient du 11" siècle,
l'emporter sur l'autre, c'est la première. Les plus grandes chances de serrer de près la vérité sont sans doute de reprendre l'ancienne opinion d'Harnack : la période 225-300, et même d'indiquer, dans celte assez longue période, les années 260-300 comme les plus probables. On ne doit pas sans doute, je le répète, considérer comme tout à fait exclue une date un peu postérieure, — le commencement du 1v° siècle: mais il est-au contraire très peu vraisemblable que notre anonyme soit contemporain de Julien et écrive contre lui. On ne pourrait, je crois, donner plus de force à ces conclusions que si, au lieu d'étudier la Cohortatio isolément, comme nous venons de le faire, on en rattachait l'examen à une étude plus générale : celle de l'apologétique chrétienne du τι" au 1v° siècle, considérée comme un système d’argumentation qui s'est peu à peu précisé οἱ complété ; celle aussi de la langue et du style des apologistes grecs. Cette double tâche n’a peut-être pas encore été remplie avec toute l'exactitude désirable, mais ce n’est pas en quelques pages qu'on
pourrait l'aborder.
À. Pcecu.