TERRE CUITE DE SMYRNE
À quelle époque lart grec a-t-1l créé le type d'Homère, ce type admirable de vieillard aveugle, qui, privé de la clarté du jour, semble comme illuminé par une inspiration intérieure ? Je veux parler de cette série de bustes, au nombre de plus de vingt, dont les exemplaires les plus célèbres sont à Sans-Souci!, au Louvre? et au Capitole. À en juger par la puissance expressive de ces marbres, on ne peut guère en faire remonter l'original au-delà de l'époque d'Alexandre et de l'école de Lysippe. Mais, si Lysippe avait représenté Homère, comme il a sculpté Socrate, Ésope et les Sept Sages ὁ, il est probable qu'un texte nous l'apprendrait ; la tradition étant muette à cet égard, 1] faut se contenter de placer l'original du buste de Sans-Souci à la fin du 1v° ou au début du in° siècle, sans essayer de désigner l'artiste auquel est due cette merveilleuse création.
Jusqu'à l'époque de Visconti, on ne s'était guère occupé que de ce type-là*. Visconti crut devoir en ajouter un second, celui de quelques bustes$ dont le profil est semblable à celui d'Homère sur
Jahrb. des Instit., 1896, p. 161.
2 VisconTi, lcon. grecque, t. 1, pl. 1, 1, 2.
3 Carist, Griech. Lileratur, pl. 1.
4 Cf. OverRBECK, Gesch. der Plaslik, 4° éd., t. 11, p. 145.
5 Dans l'inventaire des biens de Rembrandt, dressé en 1656, on trouva un buste d'Homère, copie ou moulage d'un des bustes du Capitole. C'est d’après ce buste, librement interprété, que Rembrandt a peint son Homère, tableau appartenant à M. Bredius et actuellement déposé au musée de La Haye (Cataloque raisonné, pl. à la p. 337, n° 584). Cf. Rœm. Mittheil., 1898, p. 65.
6 M. Bernoulli en connaît sept (Jahrb. des Inst., 1896, p. 164): le meilleur est au Capitole (ViscoxTi, Icon. gr.,t. 10 pl. 1, 3, 4).
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les monnaies d'Amastris en Paphlagonie!. Cet Homère nest pas aveugle, ce qui fait une première difficulté, car la tradition relative à la cécité du poète était déjà répandue du temps de Thucydide*. En outre, l'argument tiré du coin monétaire d’Amastris est loin d'avoir la portée que lui attribuait Visconti : la ressemblance nest pas de celles qui permettent de conclure à l'identité.
Un troisième type serait constitué par des bustes assez semblables à celui de Sans-Souci, mais où les yeux ont la configuration ordinaire. Rien n'empêche d'y reconnaitre Hésiode ou tout autre poète ; rien n'autorise à y voir Homère.
Enfin, M. Winter a déclaré récemment que le buste d’un homme barbu, les yeux fermés, qui avait rappelé à l'ingénieux Visconti le sommeil d'Épiménide, était, sans doute possible, un autre portrait d'Homère ὁ. Cette assertion ne supporte pas l'examen. Un homme endormi n’est pas un aveugle; les yeux des aveugles ne sont pas fermés. M. Babelon s'est trompé, comme M. Winter, lorsqu'il a reconnu un aveugle dans l'éphèbe endormi du musée d'Orléans ”; les anciens n'ont pas attendu les recherches physiologiques des modernes pour distinguer la cécité du sommeil.
L'auteur du plus récent travail sur l'iconographie d'Homère, M. Bernoulli 7, ἃ donc eu raison de conclure que les quatre prétendus types d'Homère se réduisent, en réalité, à un seul; il s'agit, bien entendu, des images en ronde bosse, les bas-reliefs et les coins monétaires étant mis à part.
Mais un petit monument, resté inconnu à M. Bernoulli, nous permet d'affirmer, à notre tour, qu'il existe un second type idéal d'Homère aveugle, et ce monument présente d'autant plus d'intérêt qu'il provient de Smyrne, une des villes qui prétendaient avoir vu naître Homère et où le poète avait son temple et sa statue ὃ.
C’est une tête en terre cuite, haute de 0",05, dont la gravure, jointe
| Ure de ces monnaies est reproduite dans le Guide de M. Hezgi6, ἔς 11, p. 360, fg.21 éd. angl.).
2 Taucyv., HE, 10% Cf. Hymn. in Apoll., 172, et Odyss., VII, 64.
3 Onze exemplaires. BERNOULLI, loc. laud., p. 167.
4 Winter, Jahrb. des Instit., 1890, p. 164 ; cf. BerNouLLI, ibid., 1896, p. 169.
» BaBeLox, Gazette archéol., 1885, pl. 1 οἵ p. 1.
ὃ Voir K.-H. Macxus, Die antiken Büsten des Homer. Eine augenärzllich-üsthetische Sludie. Breslau, 1898.
τ jahrb. des Instit., 1896, p. 160-170.
8 STRABON, p. 646
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à cette notice, donne une image agrandie. Elle fait partie d'une collection de terres cuites de Smyrne, découvertes sur le Pagus, qui avait été formée dans cette ville par M. Lawson et que j'ai eu la bonne fortune de faire entrer au Louvre en 1882.
Nous l'avons décrite, M. Pottier et moi, dans un appendice de notre ouvrage Terres cuites et autres Antiquités trouvées dans le Nécrople de Myrina (Paris, 1886) :
« 759. Figure barbue, âgée, les yeux demi-clos, les sourcils
froncés, la tête couverte d’une sorte de mouchoir plat, retombant de chaque côté de la tête et serré par un lien. Traces de bleu et de rose sur le mouchoir. »
Comme on parait avoir fabriqué des figurines en terre cuite à
les monnaies d'Amastris en Paphlagonie!. Cet Homère n'est pas aveugle, ce qui fait une première difficulté, car la tradition relative à la cécité du poète était déjà répandue du temps de Thucydide*. En outre, l'argument tiré du coin monétaire d’Amastris est loin d'avoir la portée que lui attribuait Visconti : la ressemblance n'est pas de celles qui permettent de conclure à l'identité.
Un troisième type serait constitué par des bustes assez semblables à celui de Sans-Souci, mais où les yeux ont la configuration ordinaire#. Rien n'empêche d'y reconnaitre Hésiode ou tout autre poèle ; rien n'autorise à y voir Homère.
Enfin. M. Winter a déclaré récemment que le buste d’un homme barbu, les yeux fermés, qui avait rappelé à l'ingénieux Visconti le sommeil d'Epiménide, était, sans doute possible, un autre portrait d'Homère ‘. Cette assertion ne supporte pas l'examen. Un homme endormi n'est pas un aveugle; les veux des aveugles ne sont pas fermés. M. Babelon s'est trompé, comme M. Winter, lorsqu'il a reconnu un aveugle dans l'éphèbe endormi du musée d'Orléans ”: les anciens n'ont pas attendu les recherches physiologiques des modernes pour distinguer la cécité du sommeil".
L'auteur du plus récent travail sur l'iconographie d'Homère, M. Bernoulli ?, a donc eu raison de conclure que les quatre prétendus types d'Homère se réduisent, en réalité, à un seul; il s'agit, bien entendu, des images en ronde bosse, les bas-reliefs et les coins monétaires étant mis à part.
Mais un petit monument, resté inconnu à M. Bernoulli, nous permet d'affirmer, à notre tour, qu'il existe un second type idéal d'Homère aveugle, et ce monument présente d'autant plus d'intérêt qu'il provient de Smyrne, une des villes qui prétendaient avoir vu naître Homère et où le poète avait son temple et sa statue ὃ
C’est une tôte en terre cuite, haute de 0®.,05, dont la gravure, jointe
ι Ure de ces monnaies est reproduite dans le Guide de M. Heumi6, ἔς I, p. 360, fig. 21 éd. angl. .
3 Tuccyo., HE. 10% Cf. Hymn. in Apoll., 172, et Odyss., VII, 64.