‹ Mélanges Henri Weil [microform]. Recueil de mémoires concernant l'histoire et la littérature grecques dédié à Henri Weil ... à l'occasion de son 80e anniversaire; ouvrage contenant un portrait en héliogravure, une phototypie hors texte et plusieurs illustrations dans le texteChapitre 91 sur 96 · UNE STATUE DE DÉMOSTHÈNE · texte numérisé non relu

UNE STATUE DE DÉMOSTHÈNE

L'autre statue est beaucoup moins célèbre, mais mérite d’être mieux connue. Elle fut découverte en Campanie dans la seconde moitié du siècle dernier. Placée quelque temps dans le Palazzo Columbrano de Naples, elle fut achetée par un banquier et marchand d’antiquités du nom de Thomas Jenkins et vendue par lui au troisième duc de Dorset en 1770. Le duc l'installa à une place d'honneur dans le superbe hall de sa propriété de Knole Park, à Sevenoaks, dans ie comté de Kent.

Cependant un moulage de cette statue était demeuré à Rome en possession de Jenkins. C'est d’après ce moulage que fut exécutée la gravure publiée dans la Storia delle Arti de Fea (If, pl. VI), et cette gravure fut fréquemment reproduite, notamment dans les Abbildungen de Schræder (If, 10), dans l’article de M. ἃ. Scharf (Transactions de la Société royale de Littérature, 2° série, IV, p. 381 suiv., 1853), et dans le frontispice du volume IT de la deuxième édition du Demosthenes und seine Zeit d'Arnold Schæfer (1886).

Mécontent de cette reproduction et désireux d’en obtenir une meilleure, j'écrivis, en 1890, à mon ami le professeur Michaelis, qui avait publié une excellente description de la statue dans son ouvrage Ancient Marbles in Great Britain (Cambridge, 1882, p. 417-419), et dans son appendice au Demosthenes de Schæfer (HE, p. 401). Il me répondit qu'il n'existait pas de photographie de la statue de Knole et qu'il craignait que le propriétaire ne s'opposât à ce qu'on en fit une. Il ajouta que la figure donnée dans la nouvelle édition de Schæfer était une zincotypie obtenue d’après la « très médiocre gravure » de la Sforia de Fea. En septembre 1891, je fis une excursion à Knole Park et pus voir l'original. Chez un photographe local (M. C. Essenhigh Corke, 39, London Road, Sevenoaks) je trouvai une petite photographie, format album, montrant cette statue dans son entourage moderne. A la suite d’une correspondance postérieure, Jj'obtins du mème photographe une photographie plus grande de la statue avec un meilleur fond, d’après un cliché datant de vingt à vingt-cinq ans auparavant. C’est d’après cette épreuve qu'a été exécutée la phototypie que je publie ici.

L'original, tel que le décrit le professeur Michaelis, est en marbre pentélique ; 1] n’est pas d’une facture très délicate, mais presque pur de toute retouche. La conservation est excellente ; seulement le haut du corps, et notamment des bras, a souffert de l’intempérie

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à laquelle le marbre avait été exposé. Le reste est demeuré intact. La tête n’a jamais été cassée. Les seules parties modernes sont le nez, tous les orteils du pied gauche, les deux premiers doigts du pied droit, et une partie du piédestal. Une fissure, due probablement à une chute, se remarque à l'avant-bras gauche, et les deux mains avec le rouleau ont été cassées juste à l'endroit où elles se détachent du gros de la statue. Mais les parties brisées, puis remises en place, sont indubitablement antiques ; M. ἃ. Scharf et M. Michaelis

sont d'accord pour voir dans le rouleau un morceau original de la statue. | La statue est considérée avec raison comme une réplique à peu

près exacte de celle du Vatican. Mais l'estomac est un peu plus saillant, et la reproduction réaliste de toutes les minuties extérieures est moins scrupuleusement exécutée. Dans la stalue du Valican, les avant-bras avec le rouleau sont restaurés, et 10] la statue de Knole ἃ une importante supériorité. La restauration de la statue du Vatican fut faite avant la découverte de la statue auJourd'hui à Knole. De plus, la position des mains et du rouleau diffère. Dans la statue du Vatican la main droite de l'orateur est presque dans le prolongement direct de l'avant-bras, et le rouleau est parallèle à la draperie placée à droite, quand on regarde la statue; dans la statue de Krole la main droite est repliée en dehors, et le rouleau est parallèle à partir de la draperie tombant sur le genou, à la gauche du spectateur. De plus, dans la statue de Knole, le pied gauche de l'orateur s'appuie par le talon sur un morceau de tronc d'arbre ; dans la statue du Vatican, l'emplacement correspondant est occupé par une capsa indépendante du pied gauche, comme la capsa derrière le pied droit du Sophocle du Latran.

Mais la similitude générale des deux statues est si évidente qu'il paraît certain que la statue du Vatican, comme celle de Knole, tenait le rouleau en mains. Par conséquent ces statues ne peuvent être considérées comme des copies directes en marbre de l'original en bronze par Polyeucte. Elles paraissent en être une variante, conservant les traits généraux de l'original. Il existe une statuette en terre cuite dans la collection Campana au musée du Louvre, dont la corrélation est étroite avec les deux statues existantes, sauf qu'ici les mains sont croisées ; mais l'authenticité de cette statuette n’est pas certaine. La significalion des mains croisées dans l'original

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