‹ Mélanges historiques (volume 3)Chapitre 12 sur 68 · HISTOIKE DE LA POMME DE TERRE · texte numérisé non relu

HISTOIKE DE LA POMME DE TERRE

c'est dans ces termes que l'on désignait ce produit en France/' Il parle donc de la pomme de terre comme d'une chose connue de tout le monde — et pourtant 1^ fameux Parmentier n'avait pas encore percé dans l'opinion publique. Anbury ajoute: "Je dis au Canadien que même en Angleierre on se servait de l'expression "pomme de terre". Alors, les colonies anglaises placées au sud-est de nous, les habitants de l'Acadie et du Canada, la France, l'Allemagne et l'Angleterre consommaient déjà ce tubercule — et l'on veut nous faire croire que Parmentier l'a fait connaître à partir de 1780!

— Monsieur, dit l'habitant de la baie Saint-Paul, je suis bien fâché de ne pouvoir comprendre ce que vous souhaitez.

Anbury observe en ce moment que "les Canadiens parlent une langue aussi pure qu'à Paris." Il veut dire aussi qu'ils ne se servent pas toujours des mêmes termes. Il n'y a pas de mal à cela. Paris fait la mode mais la mode passe !

— Je suis bien convaincu que vous avez des pommes de terre ; veuillez me permettre de visiter vos cultures.

La permission accordée, on n'alla ipas loin avant que l'officier ne dît: — Tenez, voilà ce que je demande.

L'habitant poussa une exclamation de surprise mêlée de joie : — Oh ! monsieur, ce sont des patates.

Anbury écrit "putat", ce qui, prononcé à l'anglaise, ne va pas trop mal après tout.

— Je suis bien aisé d'être en état de vous satisfaire, continua le digne homme, et je trouve que pommes de terre leur convient mieux que tout autre nom.

Anbury paya libéralement son achat et le cultivateur lui souhaita le bonjour, accompagné de ces paroles: — Je me souviendrai toujours de vos bontés et des pommes de teire!

HISTOIEE DE LA PO:NDrE DE TEEKE

Alexandre Volta (15) visitant la Suisse, en ITTT, rencontra Haller qui lui fit voir des pommes de terre. Il en apporta à Come, sa ville natale, parce que cette plante était inconnue en Lombardie.

N'en déplaise à la légende très accréditée, dans le nord de la France, où on appelle familièrement le baron Parmentier "l'inventeur de la pomme de terre", le célèbre pharmacien de Montdidier, — auquel la reconnaissance publique a élevé une çfatue dans cette ville (département de la Somme) — n'a été que l'introducteur à Paris de la "compagne indispensable du beef steak," devenue aujourd'hui l'un des agents les plus précieux de l'alimentation publique.

Il l'introduisit dans la consommation régulière, la rendit populaire, en un mot et, chose étrange, ce ne fut pas sans peine, car, dit un auteur, "il se heurta à des préventions singulières. Il eut beau objecter des analyses chimiques, desquelles il résultait que la pomme de terre était aussi inoffensive que l'eau claire, à laquelle elle ressemble singulièrement, dans sa composition chimique; le préjugé subsista longtemps et quand même.

"C^est en Hanovre que Parmentier avait eu ses premières relations avec le précieux tubercule. Attaché à l'armée comme pharmacien, il avait été fait prisonnier pendant la guerre de Sept Ans, et envoyé captif à Hildesheim, où il fut réduit à se nourrir de pommes de terre pour ne pas mourir de faim. A son retour en France, après sa libération, il tenta l'acclimatation du légume sauveur, et en fit la

15. Physicien, inventeur et homme d'Etat italien. Il s'intéressa à la pomme de terre qu'il fit connaître à de Saussure (de Genève) et à Voltaire, mais ce dernier se moqua du tubercule {Mémoires de Alexandre Volta, publiés par le chevalier- Antinori, 1816).

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■culture dans un jardin situé en la banlieue de Montdidier, petite ville de Picardie, mais ce fut seulement lorsqu^il fut nommé pharmacien en chef de l'hôpital des Invalides qu'il fit part au roi Louis XVI de ses travaux d'analyse et de culture, lui disant qu'il connaissait l'existence d'un aliment végétal dont la popularité était destinée à enrayer les désastres des famines (16)".

Le baron Antoine-Auguste Parmentier, agronome, né fu 1737, parait avoir observé la pomme de terre à partir de 1763. Il l'analysa chimiquement et trouva qu'elle pouvait servir à la nutrition de l'homme au lieu d'être livrée uniquement au bétail. Nommé pharmacien de l'hôtel des Invalides, en 1774, il conçut l'idée de généraliser l'emploi de ce nouveau produit et, frondant à la fois les préjugés de la iîcience, de la noblesse, de la bourgeoisie et du peuple, il publia ses travaux sur ce sujet. Il fit plus. On le vit donner un grand banquet dont la pomme de terre composait tout le menu.

Le roi, gagné à la cause, porta un bouquet de fleurs de ce produit 'à sa boutonnière. Ce n'était pas assez. Les Parisiens riaient de la patate et n'en voulaient pas même ïaire des bouquets. On s'avisa d'un stratagème renouvelé du paradis terrestre et supérieur à toutes les démonstrations écrites ou parlées — ce fut de défendre de s'en servir. En 1780, cinq ou six arpents de terre de la plaine des Sablons, près Paris, reçurent des semences de "parmentières" et on les plaça sous la garde d'une compagnie de soldats. Les

16. La disette p'énérale de 1769 l'ayant amené à chercher de nouveaux vég'étaux nourrissants pour le peuple, il préconisa la pomme de terre mais sans succès. C'est vers cette époque qu'il introduisit une recette pour l'usage du sirop de vin. Tarmentier mourut à Paris en 1813.

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