HISTOIRE DE LA PO:\DIE DE TEERE
sentinelles, nombreuses et vigilantes, gardaient nuit et jour ce trésor d'un nouveau genre, La curiosité s'en mêla. La passion du fruit défendu se répandit. Chacun se piquait de savoir ce que pouvait être cette plante protégée par des baïonnettes officielles. Lorsque les tiges vertes apparurent à ras du sol, la ville se promenait aux barrières pour contempler Féclosion, le phénomène, la chose inexpliquée. Aux premières fleurs, l'attention devint de l'enthousiasme. Mais il y avait défense d'y toucher! Les grosses racines, comme on disait, étaient déjà convoitées par des milliers de personnes de toutes classes. Enfn, on annonça la maturité. Mais voyez ! n'est-ce pas étrange ? le cordon des sentinelles se relâche graduellement ! La nuit surtout elles ne se montrent presque pas. Un pareil abandon de la discipline active les désirs du peuple. Le champ est pillé, ravagé, fouillé, il ne reste plus de pommes de terre au moment de la récolte — et tout le monde en a goûté et en redemande. L"? succès couronnait l'oeuvre.
Accordons à Parmentier l'honneur qu'il mérite. Ayant imposé son projet aux Parisiens, il a vu la pomme de terre se répandre rapidement en France et en Europe — mais les Acadiens n'en avaient pas moins fourni les plants et la connaissance pratique de cette culture. J'en conclus que le blason des enfants de l'Acadie devrait représenter la fleur que le roi de France posait à sa boutonnière pour encourager l'entreprise de Parmentier, avec cett« devise: "Ni arbre ni herbe."
Les gentilhommes imitèrent le roi, et la petite fleur violet tendre, avec son coeur jaune trilobé, ses feuilles et sa tige velues, orna les habits de cour, et figura sur les grands chapeaux des clames, dits "paniers renversés"; les cuisines de la cour s'en mêlèrent aussi, et le porc rôti au four avec des