LES ARPEXTS DE NEIGE
quel point tout le inonde parlait de cette manière au moment où il écrivait.
Notre malentendu est du même genre. Si l'on veut absolument que les ipxopos de Voltaire aient eu quelique poids dans nos affaires, ill faut remont'er aux années de la correspondance antérieures à la guerre et non pas citer Candide qui ne survint qu'après la capitulation de Québec (7)'.
Si Voltaire n'avait pas été doué de tant d'esprit, il ne resterait de ses 'productions que des fragments. A nos yeux, à présent, il a l'air d'un créateur universel et ce qui pis est, d'un homme qui faisait la pluie et le beau temps, alors qu"il n'en menait pas large, on devrait de savoir. C'est une g'ioire posthume. Il a survécu à ceux de la même phalange, à ses emiemis pareillement et il a de nos jours le prestige d'un dominateur — ce qu'il n'avait pas de son temps. Au lieu d'être à la tête du parti anti-colonial il n'était qu'à la queue et perdu dans Ile ramas des discoureurs insignifiants.
Ce que les Frangai's détestaient dans le Canada est facile à comprendre. Le royaume payait nos guerres et ne retirait rien, ou ipresque rien des arpents de neige. Le monopole du commerce de la colonie enrichissait les membres de cette société. Ce monopole nous mettait constamment en gribouille avec les colonies anglaises et la France payait les pots cassés — pour ne rien dire de ce qu'il en coûtait à nos habitants, sang et argent. C'est une histoire qui dura trois-quarts de siècle au moins. Voilà ce qui explique les arpents 'de neige.
Voulez-vous la clé d'une autre phrase très répandue et jamais éclaircie : "La France ne sait point coloniser". Partout autour du globe il y a eu, depuis trois cent-s ans, des
7. Certains bibliophiles donnent l'année 1759 comme date de la première édition de Caiididc, d'autres 1760. Quoiqu'il en soit, il est des éditions de Candide où le chapitre sur les -l/'/>c«f.s de neige ne figure point.
colonies françaises et leurs annales prouvent deux choses: 1° les Français sont des colonisateurs incomiparables ; 2° les gouvernements français sont des destructeurs de colonies. Ce n'est pas la neige qui a paralysé tant d'établissements français sous diTers climats tous plus chauds et plus favorisés que le Canada.
Ce n'est pas Henri IV, ni Eichelieu, ni Louis XIII, ni Mazarin, ni Colbert^ ni Louis XIV qui ont fondé le Canada, mais des cultivateurs agissant d'eux-mêmes et cherchant à se créer sur les bords du Saint-Laurent une existence meilleure, (.6 qu'ils ne pouvaient d'aucune manière se procurer en France.
LE FOEILLON 37
LE FOEILLON
A Gaspé, depuis les temps de Chatmiplain, il est fait mention d'un endroit qualifié de forillon. On a cru que ce terme Tenait de foré ( 1 ) , creusé, troué, percé par la mer qui avait détaché un grand bloc de pierre de la côte qui se voyait au large du grand ca.p. On a supposé d'autre part que c-e nom était dû à l'existence d'un petit fort qui aurait été construit sur cette élévation isolée, mais, . ce fort, personne n'en parle et le site ne justifie nullement la supposition.
^'' Gaspé", remarque M. Georges Johnson, naraît être dérivé du mot abénakis Katsepiou, qui veut dire "séparé"', ou gros rocher séparé de la terre ferme (2)-
Champlain écrit "forillon'. Le dictionnaire de Trévoux, 1762, explique: "Torillon, pointe septentrionale de la baie des morues, en Acadie." Baie des morues est là f])our Gaspé. Trévoux épelait suivant le texte de Champlain sans se deman^
1. Cette hjTpothèse fut émise par M. ThwTiit'es, du Wisconsin, en 1896, qui prétendait que foriUlon était un dérivé du verbe forer: l'analogie entre le travail du foret et 'l'action des eaux et des glaces sur les rochers, dit Léon Gérin, aurait suggéré le nom. Cependant, il n'y a pas lieu dans le cas actueJ de recourir à l'hj'pothès.e {Bulletin des Recherches historiques, octobre 1900).
M. Georges Johnson, ancien chef de la Statistique à Ottawa, et auteur d'études fouillées sur l'ért-j-mologie des noms propres, de lieux, etc., se déclarait prêt à accepter l'hypothèse de M. Thwaites.
D'après Champlain, .le Forillon, à l'origine, ne désignait pas, comme i*ar La. suite, le cap nord qui termine la Gaspésie, mais simplement l'îJot rocheux détaché du promontoire.