‹ Mélanges historiques (volume 3)Chapitre 33 sur 68 · LES BOURGEOIS DE LA CIE DU NORD-OUEST · texte numérisé non relu

LES BOURGEOIS DE LA CIE DU NORD-OUEST

remet tout en question, et chacun sait que le Nord-Ouest est regardé conune un adversaire du vieux Canada {2). L'oeuvre des Français, comme aussi de ceux qui les avaient suivis dans ces contrées (Jadis lointaines, aujourd'hui voisines) est attaquée lavec des moyens ipuissants et une persistance qui donne à réfléchir. Lequel l'emportera de la baie d'Hudson ou du golfe Saint-Laurent, c'est-à-dire quelle proportion du commerce futur viendra du Nord-Ouest par nos territoires du Haut-Canada ? Telle est la question qui se pose en ce moment devant nous. M. Masson fait donc bien de publier son livre, car il a' du mérite et un grand à-propos.

J'ai parcouru ce volume nouveau qui est plein de nouveautés, et je me suis rendu compte de certains détails. L'auteur, dans l'exposé qu'il met en tête de l'ouvrage, eut dû suivre l'ordre chronologique et non pas former des séries de faits dont la valeur et le sens réel se rattachent à des dates, ou antérieures ou postérieures à la chose dont il nous parle, en tel ou tel endroit. M. Masson aurait dû nous domier la clef des dates. Autrement, nous qui ne savons que peu de choses des mouvements des traiteurs après 1763, nous perdons pied dans les riches territoires où il nous promène.

J'observe aussi que M. Masson cite constamment des noms de localités, sans nous avertir de la longitude et de la latitude de ces endroits. A chaque fois, il nous faut chercher sur la carte pour nous gouverner et voir quelle région se trouve atteinte par les courses des traiteurs indépendants ou ipar l'organisation des Bourgeois. M. Masson, qui m'a écrit

2. En 1910, il se fit un grand travail pour faire passer les produits du Xord-tOuest par la baie d'Hxidson — ^route d'Angleterre. Voir The Hudson Bay Rnad, by A. H. de Trémaudan, Toronto,

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(1889), désire que je ne lui cache rien de mes réflexions. Mes éloges devront avoir la même portée que mon blâme.

Il y a de la clarté, et beaucoup, dans ce que dit l'auteur du livre. Il y manque de l'ordre, ici et là. L'inspiration de l'ensemble est louable : c'est du patriotisme luisonné. Les événements y sont c-onsidérés de haut : la bonne manière enfin. J'aime à lire ces sortes de livres.

Après la cession du Canada à l'Angleteire (1763) tout l'intérêt des gouvernants se concentra sur le cours du Saint-Laurent. La traite du Nord-Ouest subit un moment de repos forcé. Aucune compagnie n'avait continué à envoyer des hommes dans cette direction. Un monde, déjà ancien, avait disparu. L'ère nouvelle ne se dessinait pas encore. Sans doute un certain commerc-e avait lieu par l'entremise des gens versés dans la pratique de ces régions, mais jusqu'ici nous n'en avons aucune trace sensible. Seul, Jean-Baptisto Cadot nous a laissé son nom. Il commandait le poste du saut Sainte-Marie sous les Français (3). L^n marchand de Montréal, nommé Alexander Henry qui, dès 1762, l'avait visité, se lia avec lui en 1765.

Henry fut le premier Anglais qui s'aventura dans les pays d'en haut. Il était parti de Montréal avec des marchandises et, naturellement, conduit par des 'Voyageurs" c-anadiens; lui-même était costumé en voyageur, ce qui montre son tact et son esprit d'entreprise, car outre qu'il hasardait sa petite fortune dans cette course lointaine, il pouvait faire croire aux Sauvages qu'il était de notre race, par sa manière

3. Le Monde du 24 septembre 1889, ajoutait: "il ne crut pas devoir reconnaître le changement de maître et tint son drapeau flottant comme si de rien n'était." Ceci est aine erreur ; notre texte corrige l'original. Le fort du saut Sainte-Afarie avait été établi en 1750.

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