‹ Mélanges historiques (volume 3)Chapitre 35 sur 68 · C2 LES BOURGEOIS DE LA CIE DU NORD-OUEST · texte numérisé non relu

C2 LES BOURGEOIS DE LA CIE DU NORD-OUEST

mes de la traite en 1769. Voici venir le Grand-Portage, situé à Fouest du lac Supérieur, une ancienne voie française, par 48' de latitude et 90" de longitude, qui donne entrée aux lacs la Pluie, des Bois et à la rivière Winniipeg. C'est là que se rendit, en 1767 ou 1768, Thomas Curr}-, marchand de Montréal, et aussi à la Kaministiquia, non loin, vers le nord, une autre porte française dans' la direction de l'Ouest. Il préféra le Grand-Portage. Médard Chouart des Groseilliers et Pierre- Esprit Eacjisison avaient vu le Grand-Portage dès 1663. Les Français s'étaient mis de suite à le fréquenter. On appelait rivière des Groseilliers (6) le cours d'eau qui, de cet endroit, conduit dans les terres et nous amène au lac des Bois. Depuis 1681 à peu près, le Grand-Portage et l'embouchure de la Kaministiquia avaient alternativement attiré les commerçants de fourrures désireux de pénétrer dans le Nord-Ouest.

En 1770, Curry se rendit au-delà de la province actuelle du Manitoba, à l'ancien fort Bourbon (7) de La Vérendrye, et revint avec de si riches paquets de fourrures, qu'il se décida à vivres de ses rentes.

James Finlay lui succéda et, en 1771, atteignit le site du fort La Corne vers la Saskatchewan, et fit d'excellentes affaires.

6. Probablemenit ainsi appelé pour rappeler Média rd Cliouart des Groseilliers. Sur les anciennes cartes des dix-septième et dix-huitième siècles que T'on retrouve à (Québec et aux arcliivea d'Ottawa, on voit figmirer le nom de Cap Cliouart sur la cô<te diu Labrador au nord de la grande baie des Esquimaux. ""Chose étrangle, dit Eugène Eouillard, ce nom a disparu ! On ne le voit plus sur aucune des cartes préparées par le g-ouvernement canadien. Aurait— on leu peur d'indisiposer les Terreneuviens en mettant trop en vedette ce nom g'éog'raiphique français?" Il évoque pourtant mn souvenir qui appartient à T'histoire du Canada !

7. Situé sur le lac du même nom. maintenant lac des Cèdres (Cedar Lake).

LES BOUEG-EOÎS DE LA CIE DU XOED-OUEST 63

L"élan était pris. Montréal rivalisait avec Londres pour le commerce des pelleteries. Personne n'avait encore tenté de mettre hache en bois, d'abattre nos superbes forêts et d'en exporter les troncs à l'étranger, mais la coutume française de l'exploitation des castors et autres animaux à fourrure était parfaitement saisie, comprise et pratiquée par les Anglais du Canada. Les Anglais de Londres s'en tenaient à la baie d'Hudson. La fameuse compagnie de ce nom, cantonnée sur les rivages de la baie, ne paraissait ni vouloir envahir le Nord-Ouest, ni comprendre lés richesses qu'elle se procurerait de ce côté en v«e remuant un peu.

Le mouvement de Montréal, de 1762 à IïïO, ne semble pas l'avoir impressionnée. Londres et Montréal — quelle comparaison ces deux termes fournissaient-ils à lesprit des marchands d'Angleterre? D'une part, ils dev?àent se dire que la baie d'Hudson et Montréal étaient à la même distance de Londres, et d'autre part que les comptoirs de la baie d'Hudson attiraient les Sauvages, n'avaient rien à craindre et ne redoutaient pas les aventures que Montréal devait courir en allant à cinq ou six cents lieues chercher des "plus". Heureuse -dans son fromage, la Compagnie de la baie d'Hudson ne vit pas où ne voulut pas croire à une rivalité qui lui paraissait impossible. Elle avait alors juste un siècle d'existence et pouvait considérer notre Nord-Ouest comme un magasin de réserve qui durerait mille ans, à son service. En 1745, elle s'était émue, cependant, par suite des succès de La Vérendrj-e, mais la prise du Canada l'ayant rassurée, tout lui paraissait facile — et il faut dire que sa paresse s'en trouvait bien aise.

A Montréal, au contraire, l'activité régnait dans les cercles des traiteurs. — "Emparons-nous du Xord-Ouest," était le mot d'ordre. Les voyageurs canadiens, formés par La Yé-

Page 1