‹ Mélanges historiques (volume 3)Chapitre 54 sur 68 · Le €ap-de-la-Madeleine · texte numérisé non relu

Le €ap-de-la-Madeleine

8 Terme lég'al anglais ; expression très ancienne poux dire grande ville. A notre sens, la cité c'est la partie la plus vieille, ou encore, le coe^ir de la ville.

LES :VL\KCirBS DBS TUOTS-EIVIEIîES

vent, sous lequel étaient ménag'és des bancs pour une petite demi-douzaine de boucliers. La fameuse balance ne fonctionna plus en plein air, elle occupa, seulette, l'intérieur de l'octogone qui tenait parfaitement dans le carré où je vous ai introduits tout à l'heure. La rangée des vieilles stalles resta où elle était; on en tirait un loyer, au Jour le jour. Il n'est pas sans à propos de tracer les lignes de démarcations de ce marché.

oooooooooooo

Jiu^ iles Forges.

1 Place du Marché.

û Bancs des bouchers.

3 Le Marché rond.

4 Maison de '^^. Placy.

5 et 6 Deux maisons appartenant à M. Badeaux, détruites, plus tard, en 1S46.

7 Lieu où l'an fouettait les condamnés.

8 Jardins.

9 et 9 Terrains ragnaes joignant la Commune.

Une gra\-ure du temps représente la rue des Forges, qui a réellement fort bon air avec son marché et plusieurs maisons flambant neuves qui se concentrent aux environs de la rue Xotre-Dame.

Vers 1826, la ville acheta '^'une place de marché" au centre des affaires, coin des rues des Forges et Badeaux, mesurant quatre-vingts pieds de front sur quatre-vingt-dix. A la grande assemblée de réforme du 24 février 1831 on déclare que l'espace est trop restreint et qu'il faut dépenser £850 pour l'agrandir. Les revenus de la Commune rembourseront cette somme.

104 LES :NL\E€HES DES TPoOIS-EIVIEEES

Vu voyageur français, Théodore Parie, qui passait aux Trois-EiTières en juillet 1829, s'arrêta sur la place du marché. Il en parle dans ces termes : ''La gaîté des habitants, leur tumulte bruyant et le grand nombre de pirogues attachées au quai donnaient un air vivant à la ville". Sans doute il ne retrouvait plus la morne contenance du paysan français et il en était surpris.

Avec le régime municipal, commença un nouvel ordre de choses. L-' élection de M. Pierre-Benjamin Dumoulin, premier maire, eut lieu en 18M. M. Antoine Polette, plus ■iard juge du district des Trois-Rivières, venait d'être élu maire, lorsqu'au 1846 fut arrêtée la construction d'une longue halle de bois à un seul étage. Cela ne se fit pas sans empiéter, d'une (part, sur une parcelle du terrain que M. Moses Hart possédait en arrière de la pigeonnière, (nom vulgaire de la tourelle de bois), et de l'autre côté sur le site des deux propriétés, déjà nommées, qui appartenaient à M. P.-B. Dumoulin. Armés du décret autoritaire, MM. Joseph Hamel et Olivier Pothier, entrepreneurs, firent raser les maisons qui se trouvaient sur "le chemin du progrès". Quatre enfants, jouant près des décombres, y furent victimes d'un accident qui coûta la vie à deux d'entre eux, blessa le troisième et estropia l'autre d'une manière terrible. Toici leurs noms : Déchaîne et Bergeron, tués ; Mathon, blessé à la tête ; Joseph Duval, un bras broyé.

Le carré s'étendit jusqu'à la rue Badeaux, On plaida bien un peu, devant le conseil .de ville, au sujet de l'expropriation pour cause d'utilité publique, mais le prin^cipe fut maintenu et consacré. M. Haussman n'aurait pas fait mienl.

Ce qui ne manquera pas de paraître curieux, c'est que le comité spécial, en déposant son dernier rapport, le 9 no-

LES MARCHES DES TEOTS-Eiviinir::-; 103

vembre 1846, constata que le marché qu'il venait de faire construire était insuffisant pour les besoins de la ville. Le local étant trop exigii, le comité recommanda, sans plus tarder, qu'on y ajoutât une annexe, à deux étages, où le conseil pourrait se ménager des bureaux.

En septembre 1847, la municipalité réalisa le projet susdit. M. Hypolite Durai coupa, la bâtisse de bois par la moitié, puis, écartant les tronçons à droite et à gauche, il intercala au centre les deux étages de briques qui viennent

d'êtTe supprimés (1868).

Le conseil municipal caressait depuis longtemps la légitime ambition de se mettre dans ses meubles. Ce bonlieur lui était échu. Il fit son entrée triomphale dans l'étage supérieur et prit possession de l'une des deux chambres qui s'ouvraient sur l'appartement principal, la salle publique. Le plancher n'était pas encore entièrement posé, mais déjà, une troupe d'acrobates ambulants, les Martinetti, avaient eu le temps d'y donner des représentations. Il n'en est pas moins vrai que si le conseil n'eut ;pâis l'étrenne de son domicile, il fut le premier à y tenir "feu et lieu". Les migrations du conseil de ville sont intéressantes à suivre. Xotons-les en passant.

Avant 1846, la coutume était de convoquer les citoyens sur l'emplacement du marché au foin. Cette portion de la ville était restée à l'état de désert, jusque vers 1S20. La première mention que Je connaisse du lieu du marché au foin actuel se ttouve dans un document de 1823.

Les rares maisons qui figuraient dans ses alentours, étaient disposées sans symétrie, en un mot, c'était, vers l'ouest, les bornes de la ville habitée. La Commune poussait une pointe Jusqu'au marché de la rue des Forges.

106 UES :\L\IiCIIES DES TEOIS-EIVIEEES

En 1817, furent ouTertes les rues Saint-Georges et Saint- Philippe, — l'une nommée en l'honneur du roi régnant, l'autre en l'honneur de M, Philippe Burns (9), longtemps président de la corporation des s}Tidics de la Commune. La place du [Marché au foin étant devenue accessible, on en fit un lieu de réunions publiques. C'est là qu'en vertu de l'acte municipal, eurent lieu, pendant trois années consécutives, les élections de six conseillers et d'un maire, ayant charge de gou- Temer les Trois-Rivières "en bons pères de famille." Les délibérations avaient lieu, tantôt chez l'un, tantôt chez l'autre des conseillers.

L'automne de 1846 venu, la froidure poussa le conseil à se réfugier dans le Palais de Justice, salle des grands-jurés. On exposait divers projets, ayant trait à l'érection du marché. Vous savez tous, amis lecteurs, qu'à l'heure où j'écris ces lignes, que vous ne manquerez pas de lire avec avidité, — j'ai cette illusion, veuillez me la laisser, — notre conseil siège dans la même salle des grands-jurés, et, derechef, délibère à outrance sur les projets qu'on lui soumet, relativement à l'érection du marché. Eien n'est nouveau sous le soleil. Les constructeurs du marché neuf sont MM. O.-Z. Hamel et Charles Suite dit Yadeboncoeur (10).

Voici comment on procéda à cette entreprise; le 13 octobre 1867, les conseillers Thivierge, Denoncourt, Desilets, Lottinville, Panneton se forment en comité d'action pour dé-

9. Dans "une note de la petite édition, il e.st dit: "on ne sait pas giénéralement que M. Burns était Canadien-français, né à Montréial. Son véritable nom était Cacrel." M. Suite nous écrit qu'il a anaintenant la preoiTe que Burns était" Anglais pur, mais parent des Cacrel.

10. Cousin de iM. Benjamin Suite. Il est mort l'année der-. ni ère.

LES MARCHES DMS TROIS-HIVIKRKS 107

cider d'abord si l'on étendrait la place du marché jusqu'à la rue Notre-Dame, en expropriant les maisons des Desfossés (anciennes maisons Pierre Duguay) et de l'autre côté jusqu'à la rue Badeaux, en prenant les propriétés de J. Gervais, Olivier Desichesnes, rue Badeaux, et en arrière, donnant sur le marché, les propriétés de Michel Caron, Moïse Gauthier et G.-H, Godby, puis Louis Robitaille, pour avoir un terrain carré, en e.cquérant aussi de John Houliston, rue ÎS'otre-Dame, et encore le lot vacant de John Ryan, afin d'ouvrir une voie jusqu'à la rue Xotre-Dame, comme elle existe en 1919 (11).

Le 27 novembre, le conseil se prononce pour agrandir vers la rue Xotre-Dsime; oui: Denoncour, Craig, Thivierge, Lottinville, Dufresne; non: Gervais, Panneton, Desilets. Le 10 août 1868, on change d'avis pour acquérir de préférence Oaron, Gauthier et Godby en arrière du marché. Le 31 du même mois, il est décidé de mettre la place du Marché au foin, rue Saint-Philippe, à la disposition du public comme lieu de marché aux denrées durant la reconstruction du vieiix marché de la rue des Forges. Le 5 septembre, la société O.-Z. Hamel et Charles Suite dit Vadeboncoeur est nommée pour t?onduire les travaux du nouvel édifice, charpente et menuisC' rie, et Dominique 'Lortie la maçonnerie.

Le 11 septembre, sur proposition du conseiller Desilets, appuyée par le conseiller Panneton, il est décidé que MM. Shortis, Gervais et Thivierge auront la surveillance de l'érection du marché et l'hôtel de ville combinés. Le 16 novembre ces trois personnes sont autorisées à vendre les dépendances achetées de Moise Gauthier.

11. Ce chapitre, ainsi que les six qui suivent, sont faits pour compléter jusqu'à date la présente édition.

lOS LES CMAE)CiHE)S DES TEX3IS-EIVIEIIES

En résumé les travaux ont été faits ''à la journée" par des ouvriers aux gages de la ville, sous la conduite de Hamel et Vadeboncoeur et la surveillance de Shortis, Gervais, Thivierge.

L^édifice n'était pas encore au complet le 3 avril 1869, lorsque les étaux des bouchers furent vendus aux enchères. Du 19 mai au 12 juillet, les travaux étaait suspendus, on les reprit sous la sui-veillance de MM. Denoncour, Thivierge Jourdain, Ward et Baptist. En somme, cette construction de 150 X 50, à trois "étages, a coûté $18,792.46, plus les glacières $2,240, plus le terrain $7,654 (12).

En février 1900, tout l'intérieur brûla. Il y avait une assurance de $9,000.

Après l'incendie du mois de juillet 1908, qui consuma une bonne partie de la ville, la municipalité avait à reconstruire entièrement le marché sur de plus grandes dimensions, le 6 novembre, on décida de demander des soumissions sur le plan préparé par MM. Daoust et Lafond, architectes des Trois-Rivières. Le contrat fut accordé à Télesphore Dugré pour la somme de $28,500. Napoléon Guillemette, nommé sur^'eillaîit le 5 juillet 1909, a exercé cette charge jusque vers le mois de juin 1910, où tout l'ouvrage se trouva terminé. L'hôtel de ville était, dès avant 1908, à Tencoignure des rues Alexandre et Royale, loin du marché et n'a pas eu à souffrir

du grand incendie.

Si je finissais ici?

Plusieurs sont déjà prêts à opiner du bonnet, sans songer que j'ai encore pilus d'un alinéa sous la p'iume. Quand on commence un mémoire du genre de celui-ci, il n'y a pas de

Page 1