HISTOIRE DE LA PO:\LME DE TERRE
croient que les tomates engendrent le cancer. Dans ma jeunesse on n'en mangeait point. C'est par la feiiille que la tomate est parente de la pomme de terre.
Pendant près de deux siècles, d^ailleurs, la pomme de terre ne fut guère considérée que comme une culture horticole. On en avait méfiance et certains médecins la considéraient comme un produit semi-vénéneux qui ne pouvait s'employer dans Talimentation qu'avec des précautions infinies.
Aux environs de l'année 1600, il y avait donc en Europe une connaissance assez répandue de ce genre de molelle, comme on Fappelait, mais c'est tout au plus si de hardis savants avaient osé en goûter quelque peu. Un moment, la science jeta les yeux sur ces tubercules, puis elle les repoussa avec mépris, les condamna, n'en voulut plus entendre parler. On leur attribuait des propriétés nuisibles. Ce n'était fait que pour les Sauvages !
Le poivre, le sucre, le chocolat, le thé, la moutarde, la cannelle, le tabac, ne furent pas mieux reçus, vers le même temps. Les "Indes Amériques" passaient pour être la source de productions infernales auxquelles des chrétiens ne devaient pas toucher. Cette opinion allait de pair avec celle qui condamnait l'usage des fourchettes de table — attendu que la nature nous a munis de dix doigts fort adroitement agencés pour vider les plats. Madame de Sévigné se moquait du oafé et disait qu'il passerait comme tous les caprices de la mode (8)'. Je suppose que le premier homme qui mangea de Itt farine de blé ou qui inventa une simple porte de cour, fut
8. Voir Mélanges historiques, vol. I, p. 77. Le premier homme qaii sortit à la pluie avec un parapluie, dit un auteur, fut l'objet d'un continuel fou-rire et la foule le suivit de longues heures croyant avoir à faire à un maniaque ou è ?»îi aliéné éch'api>é.