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LA RUE BONAVENTURE

Dans l'acte de 1724, que j'ai cité, on a vu que Jean-Baptiste Poulin de Courval possédait un emplacement, côté ouest de la rue Notre-Dame, tout près du coin de la rue Bonaventure aujourd'hui. Je dis aujourd'hui, car en 1724 la rue Bonaventure n'existait pas.'^^ C'est près de l'encoignure de cette rue et de la rue Notre-Dame que part la ligne divisant le fief des Jésuites du fief Champflour ou Niverville. Cette ligne se dirige vers le nordouest, atteint le grand coteau, puis monte ce coteau, continue jusqu'au chemin qui mène à Sainte- Marguerite, revient le long du pied du coteau à travers le faubourg des Quatre-Bâtons, suit le côté nord de la rue des Forges, tourne à angle droit au

(9) En 1692. un contrat du notaire Séverin Ameau mentionne la rue que nous appelons Bonaventure « rue qui regarde la grande porte de la ville ». C'était un sentier entre le fief Champflour ou Niverville et celui des Jésuites. En 1825, sur le plan de M. Noiseux, on y voit « rue Bonaventure ». Mélanges historiques, vol. 18, p. 32.

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coin de la rue des Forges et monte la rue Notre- Dame pour rejoindre son point de départ.

A une époque qu'il est impossible de préciser, mais qui doit être très ancienne, les habitants des Trois-Rivières avaient battu un sentier qui partait du coin de la rue Bonaventure et se dirigeait vers les champs, dans la direction de l'ouest. Ce fut l'origine de la rue Bonaventure. Seulement, ce sentier ne suivait pas rigoureusement la ligne du fief des Jésuites; il passait sur le bord du fief Niverville. Il allait à la bonne aventure. Par conséquent, la ligne des Jésuites et la rue actuelle s'écartent de plus en plus, à mesure qu'elles se prolongent à l'ouest. Si on mettait sous les yeux du lecteur le cadastre de la ville, je pourrais vous dire au juste quelles sont les distances qui résultent de cet écart.

En tous cas, les emplacements concédés le long de la rue Bonaventure, côté sud, par la famille Boucher de Niverville, sont adossés à la ligne du fief des Jésuites et leur profondeur, jusqu'à la rue, varie en raison de la rue même. Je pense que, rendu au carré Champlain, la ligne des Jésuites coupe ce carré par le milieu dans toute sa longueur.

D'après l'acte de 1724, Jean-Baptiste Poulin de Courval possédait donc un terrain sur la rue Notre-Dame, dans l'angle du fief des Jésuites, là oij se trouve la maison de pierre occupée, depuis le commencement du XIX^ siècle, par M. Fiset, boulanger bien connu. *^°^ Tout auprès était le site de la maison d'école dont j'ai parlé, au coin de la

(10) N'oublions pas que cet écrit date de 1888 et que le quartier dont il est ici question a été rasé par le grand feu de 1908.

rue Bonaventure. Si, comme l'acte de 1724 le dit, l'emplacement de cette maison d'école avait été accordé à René Godef roy de Tonnancour, entre les années 1711-1724, par l'intendant Bégon et le gouverneur de Vaudreuil, je suppose qu'il ne formait pas partie du fief des Jésuites, ni du fief Niverville. Il était donc une enclave entre les deux seigneuries? c'est assez curieux. Le cadastre du Dr Bourgeois, dressé vers 1874, ne m'en fournit pas d'explication.

Le fief des Jésuites, accordé à ces Pères en 1634, a dû être mesuré, quant au front, à partir de l'endroit qui est à présent l'encoignure des rues des Forges et Notre-Dame, en remontant cette dernière rue vers le nord, et s'arrêtant à l'emplacement plus tard concédé à Jean-Baptiste Poulin de Courval, cet emplacement compris dans les limites en question. ^^^^

En 1646, M. de Champflour reçut le fief Niverville,*^^^ dont le mesurage,au front, dut commencer à la rue des Champs (aujourd'hui Laviolette), pour arriver à une courte distance du fief des Jésuites, laissant entre les deux fiefs la largeur nécessaire à une rue. Alors, cette rue future devait être terrain du roi, terrain public et non pas la propriété des seigneurs des fiefs de droite et de gauche.

Je suppose que les habitants, au lieu de battre un sentier entre les deux fiefs, préférèrent éviter certains incidents du sol et passer dans la partie la

(11) Le 16 juin 1719, les Jésuites concèdent, dans leur fief des Trois-Rivières, 26 x 70 pieds de terrain à Jean-Baptiste Poulin de Courval. P.-G. Roy, Inv. des Concessions en fief et seigneurie, I, 45, 46.

(12) P.-G. Roy, Ibid, II, 71. 72.

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plus égale et la moins embarrassée, s'éloignant de cette manière de la ligne des Jésuites et empiétant sur le fief Niverville. Voyant cela, MM. de Vaudreuil et Bégon auraient décidé d'utiliser au moins le front de la langue de terre ainsi délaissé et d'y mettre un propriétaire, en choisissant pour cet objet René Godefroy de Tonnancour. On voit par l'acte de 1724 que le terrain immédiatement en arrière du lot où devait s'élever la maison d'école, était encore non concédé.

Ainsi, lorsque Boucher de Niverville accorda des lots à bâtir sur le côté sud de la rue Bonaventure il s'emparait d'une lisière appartenant au roi et, en retour, donnait sur le bord de son fief l'espace requise pour la rue.

Tout ceci a besoin d'être vérifié. Nous arriverons un jour à connaître la vérité sur ce sujet. « On le peut; je l'essaie; un plus savant le fasse, » comme a dit le poète.

l'École de 1724

Après avoir dit que cette institution ne dura pas longtemps, j'ai oublié de mentionner à peu près sa durée; il est vrai que je ne suis pas très bien renseigné sur ce point, mais je place la décadence de l'école des Frères Charon vers 1735, car en 1731 le Frère de la Girardière y enseignait encore.

L'acte du 4 mars 1724 par lequel René Godefroy de Tonnancour donne un terrain aux Frères Charon pour y établir une école est signé par deux témoins: François Sauvage, maître-tailleur d'ha-

bits, et Pierre Goubaut, marchand demeurant aux Trois-Rivières, deux hommes qui avaient un certain poids parmi les Trifluviens de l'époque.

Voici un acte de 1739 qui montre que la concession faite en 1724, comme il est dit ci-haut, n'a pas été longtemps en vigueur.

René Godef roy de Tonnancour ayant été inhumé le 21 septembre 1738, le terrain qu'il avait donné devait faire retour à sa famille, s'il n'était plus occupé par l'école, à moins que la Fabrique ne voulût en accepter la charge, tel que prescrit par l'acte de 1724. Cette situation fut réglée par l'acte suivant, en 1739:

« Par devant le notaire royal de la juridiction des Trois-Rivières, y résidant, soussigné furent présents les Révérends Pères Clément Lefebvre, supérieur (desservant) par voie de mission la paroisse de l'Immaculée-Conception de cette dite ville, et Nicolas Albert Couturier, vicaire, prêtres et religieux de l'ordre du couvent des Récollets, établis en cette ville, et Gilles Bolvin, Jean-Baptiste Buisson et Maurice Cardin marchand, bourgeois, établis en icelle, lesquels, après la délibération qui aurait été faite entre eux (au nom et comme ayant la gestion non-seulement des deniers de la dite Fabrique, mais même des intérêts qui regarderaient icelle, en qualité de Marguillers de présent) nous auraient requis de nous transporter en leur maison conventuelle du consentement des anciens marguillers, pour résoudre les difficultés qui pourraient naître par la suite au sujet d'une donation passée par feu monsieur de Tonnancour,

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vivant lieutenant général en cette juridiction, et Dame Marguerite Ameau, son épouse, passé devant maître Petit, notaire en cette juridiction, le quatre mars mil sept cent vingt-quatre, au profit d'Antoine La Girardière et François Simonnet de la Croix, frères missionnaires de la Charité, présents et acceptants, lors de la passation du dit acte, pour toute leur communauté, leurs successeurs et ayant-causes à l'avenir. En conformité des clauses du dit acte, et par convention encore expresse au profit de la Fabrique de cette dite paroisse donataire, ainsi que les dits donateurs et donataire par réversion en partie, et les dits Frères de la Charité donataires primitifs; en conséquence des clauses portées au dit contrat et déchus faute d'accomplir icelles, lesquelles doivent avoir lieu en faveur de la dite Fabrique, laquelle du consentement des parties ci-dessus et de la voie des anciens marguilliers, a délibéré qu'il fallait statuer sur la sommation en démission du dit emplacement concédé par feu Monsieur de Tonnancour et la dite dame son épouse, circonstances et dépendances d'icelui accordé pour l'établissement d'un maître d'école pour l'instruction de la jeunesse, et suivre les conventions insérées au dit acte; la dite assemblée ne voulant concourir en cette occasion que pour le bien de la dite Fabrique pour laquelle elle est fort portée, en suivant en ce point les lois coutumières qui ne permettent pas de laisser aliéner les biens de l'Eglise, contre l'aliénation desquels les lettres de restitution pourraient avoir lieu, en conformité des allégués; pourquoi la dite assemblée aurait décidé, du consentement du Révérend

Père Clément, supérieur, que les dits Pères missionnaires de la Charité, successeurs pour les acceptants en la dite donation, eussent à opter les conclusions insérées en icelle, et ce dans l'espace de trois mois, pour y établir un maître d'école, à commencer du jour de la signification du dit présent acte. Déclarant la dite Fabrique que, faute de satisfaire au contenu, et d'établir un maître d'école, de leur communauté dans cette dite ville, la Fabrique de la dite paroisse jouira en toute propriété de l'emplacement concédé et bâtiments construits sur icelui, suivant et en conformité du dit acte de donation insinué en la manière ordinaire. Protestant même la dite Fabrique de tous dépens, dommages et intérêts contre la dite communauté des Frères de la Charité en cas de non-option de la part d'iceux. Car ainsi a été convenu entre la dite assemblée faite ès-maison conventuelle, présence des sus-nommés, qui ont signé avec le notaire soussigné, à l'exception des non-soussignés, de ce enquis, lecture faite, selon l'ordonnance. Fait aux Trois-Rivières ce vingt-quatrième mai mil sept cent trente-neuf, et pour l'exécution des présentes les dites parties, de l'agrément du Révérend Père Clément Lefebvre, supérieur, ont constitué pour leur procureur le porteur des présentes auquel elles donnent tout pouvoir de faire toute signification, promettant avoir le tout pour agréable etc, (signatures) f. Clément Lefebvre supérieur et curé, Nicolas Albert Couturier, G. Bolvin, marguiller en charge, Jean Buisson, Maurice Cardin, et Pressé notaire royal. » Je ne sais quelle fut la réponse des Frères Charon, mais comme ils étaient alors en pleine

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désorganisation et que nous ne les retrouvons pas aux Trois-Rivières après cette date, il faut croire que la Fabrique resta bel et bien en possession de la propriété, selon son droit, jusqu'au jour où de nouveaux instituteurs y réorganisèrent les classes/^^^

Au registre des Trois-Rivières, en 1737, apparaît un nommé Rigault, sacristain et instituteur. L'année suivante, au cours d'une visite, le grandvicaire Jean-Pierre de Miniac recommande aux marguilliers de faire payer au maître d'école le salaire entendu. Rigault aurait-il succédé au Frère de la Girardière et s'agit-il ici de lui?

En 1768, la maison d'école était abandonnée; voyant cela, la Fabrique demanda d'être remise en possession de cet immeuble, mais sans pouvoir, cette fois, l'obtenir.

On dit que les Récollets tinrent aussi une école aux Trois-Rivières. Comme ils y furent les curés de 1671 à 1683, puis de 1693 à 1777, la chose est possible. Les Trifluviens l'affirmaient en 1822 dans une requête qu'ils adressèrent à lord Dalhousie pour revendiquer la propriété des Récollets aux Trois-Rivières. « Ces Pères, disent-ils, ont constamment entretenu une école gratuite en cette ville. »

Je n'ai pas pu découvrir s'il existait une école française aux Trois-Rivières durant la dernière moitié du dix-huitième siècle. Bien certainement, s'il y en avait une ce n'était pas la faute de ceux qui gouvernaient la province. En revanche, le re-

(13) En 1749, la Fabrique en était encore en possession. Mélanges historiques, vol 11, p. 18; Délibérations de la Fabrique des Trois-Rivières, 29 mai 1749.

censément de 1784 indique deux écoles anglo-protestantes.

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