‹ Mélanges historiques (volume 5)Chapitre 42 sur 83 · LES ROUILLARD · texte numérisé non relu

LES ROUILLARD

Si M. E.-Z. Massicotte songe à publier un jour une nouvelle édition de ses Athlètes canadiens-français, on pourrait enrichir cet intéressant travail en j ajoutant des notes sur quelques-uns de nos hommes forts qui ont fait parler d'eux, autrefois, et dont les exploits ont pu échapper au consciencieux annaliste, il y a trente ans.

Dans le douzième volume de ses Mélanges historiques, M, Suite fait allusion, incidemment, aux Rouillard des Trois- Rivières, dont le grand-père s'attelait un jour sur un « bateau de roi » et le montait sur la grève, mais voyant qu'on lui marchandait son salaire, il repoussait le bateau au fleuve, ce que dix hommes n'eussent pas été capables d'exécuter. C'est aussi lui qui, d'un coup de poing « bien placé », tuait roide un soldat anglais, au milieu d'une cinquantaine de ses camarades insurgés contre leur commandant.

Sa fille, Javotte, tenait de son père une puissance de muscles qu'elle a transmise en partie, dit M, Suite, à son fils, Joseph-Marie, noyé pour avoir trop présumé de sa résistance à la fatigue.

Cette Javotte Rouillard, quel type ! s'exclamait encore M. Suite. Six pieds deux pouces de jet sur la souche et pas trop sèche ; habillée dernière mode le moins possible. Suivant son propre aveu, elle n'avait jamais senti ni froid ni chaud. Sans quêter, elle recevait l'aumône volontiers, et c'était tout son avoir. Elle se savait admirée des passants et prenait des airs de satisfaction.

M. Suite l'a vue emporter sur son épaule un cochon gelé pesant deux cents livres, et que le boucher, propriétaire de la pièce, avait fait placer, par malice, dit M. Suite, par gageure suivant d'autres témoins oculaires, en travers du chemin de la dite Javotte. D'une façon ou d'une autre, le cochon était d'un poids énorme et l'anecdote est authentique.

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