Relations des Jésuites, 1635, p. 21; 1636, p
17. Anguien ou Enghien, c'est la même chose. Prononcez angaln. Suite, Mélanges historiques, vol. 1, p. 38; vol. 15, p. 61; Histoire des Trois-Rivières, p. 63.
Mais si vous doutez de quelle rivière parle le Père Le Jeune il suffit de se rappeler que Capitanal était chef des Trois-Rivières, et que le texte mentionne « le fort de la rivière d'Anguien » comme lieu d'habitation de ce Sauvage. Il n'y avait qu'un autre fort dans toute la contrée du Canada, celui de Québec, car on ne saurait tenir compte, en 1635, du poste de Sainte-Croix, construit en 1633 sur une île des rapides de Richelieu, près Deschambault, et presque aussitôt abandon-
L'enthousiasme qui régna dans certaines localités de la France pour les missions du Canada, de 1633 à 1640 à peu près, ne fut qu'un feu de paille. Le prince de Condé fit comme les autres; il oublia ses promesses au Père Le Jeune, se mit dans les affaires de l'Europe, gagna la bataille de Rocroi, se mêla de politique, emporta des villes, devint rebelle, et resta avec un nom immense... lequel ne se retrouve plus en Canada.
La relation de 1635 dit: « Les Français ont nommé ce lieu les Trois-Rivières, parce qu'il sort des terres un assez beau fleuve qui se vient dégorger dans la grande rivière^^ de Saint-Laurent par trois principales embouchures, causées par plu-
18. Ces rapides, qu'il ne faut pas confondre avec ceux de la rivière Richelieu, proche Chambly, furent nommés airisi du temps même de Champlain en l'honneur du grand cardinal. Il ne reste aujourd'hui de cette île, autrefois considérée comme "la clef de toute la rivière", qu'une longue batture que les gens de Sainte-Croix et de Lotbinière appellent encore "la batture de Richelieu." Dionne, Samuel Champlain, II, 347.
19. Aujourd'hui, nous appelons plutôt fleuve un cours d'eau qui se décharge dans la mer, et rivière celui qui se perd dans un fleuve.
sieurs petites îles qui se rencontrent à l'entrée de ce fleuve, nommé des Sauvages Metaberotin. »
Le mot Metaberotin, Métaberoutine, Metapelodine, veut dire le tourbillon des vents, la décharge des vents.^° En algonquin Vn final est sonore comme dans ine. Les Abénakis ont fait une corruption du mot et prononcent « Madonbaledenik »; en français, on dit « les Chenaux ».
En 1646, le Journal des Jésuites parle du « cap des Trois-Rivières », pour désigner le cap appelé plus tard du nom de M. de la Ferté, abbé de la Madeleine, propriétaire de ces terrains. Les trois chenaux appartiennent autant et plus à ce cap qu'au cap Metaberotin.
La délimitation de la seigneurie de la Madeleine, en 1651, embrasse « deux lieues le long du fleuve, depuis le cap nommé des Trois-Rivières, en descendant sur le grand fleuve, jusqu'à l'endroit où les dites deux lieues pourront s'étendre ».
On voit que les trois rivières en question demeurent toujours à la même place. La ville des Trois-Rivières est à une demi-lieue plus loin, sur la terre ferme (en remontant.)
La relation de 1652 mentionne que, « le 8 juin, deux Hurons, tendant une ligne pour prendre du poisson, proche des îles du fleuve appelé les Trois-Rivières, furent massacrés ». C'est toujours un seul et unique cours d'eau qui porte le nom de « Trois-Rivières ».
Un contrat du notaire Séverin Ameau, en date
20. Ou encore "nappe d'eau exposée à tous les vents." Suite, Histoire des Trois-Rivières, p. 20; H. Magnan, Dictioimaire des paroisses, missions et municipalités de la P. d« Q., p. 84.
du 4 novembre 1652, dit indifféremment « cap de la Madeleine » et « cap des Trois-Rivières », pour désigner la pointe nord des Chenaux.
En 1653, le Père Bressani écrivait: « C'est un cours d'eau que nous appelons les Trois-Rivières parce que, à l'embouchure, il est divisé en trois branches par deux îles. »
Tout cela est-il suffisant pour faire taire les hommes ingénieux qui ont inventé tant de choses sur l'origine du nom des Trois-Rivières, ou pour empêcher les autres de reproduire des inexactitudes de ce genre? J'en doute, connaissant combien les erreurs ont la vie dure!
L'île la plus grande (Saint-Christophe) « située dans les Trois-Rivières » fut concédée, le 20 octobre 1654,^^ à Christophe Crevier dit la Mêlée (Lamêlée), Jean Pacault, Michel Lemay, Pierre Dandonneau dit Lajeunesse, Jacques Bertaud et Jacques Brisset, « tous habitants des Trois- Rivières », ce dernier terme signifiant la bourgade française de la Table, à quarante arpents de l'île. Le 1er avril 1655, dans un acte du notaire Séverin Ameau, on rencontre pour la première fois le mot de « ville » appliqué à ce lieu.^^
21. Cette date est à rectifier, de même que dans les Mélanges historiques, vol. 15, p. 92. Les Jésuites s'étaient fait accorder l'île en question le 20 octobre 1654 et, le 9 mars 1655, ils la concèdent ,' ux personnes ci-haut nommées. L'ile Saint- Christophe doit son nom à Christophe Crevier. Suite, Histoire de Saint-François-du- Lac, p. 12.
22. Voir Suite, Mélanges historiques, vol. 18, p. 5; Histoire des Trois-Rivières, p. 22; Chronique trifluvienne, p. 165. Subséquemment on verra ce mot aux registres des Trois-Rivières les 6 février 1674, 23 août 1682, 4 avril et 11 octobre 1685, 12 mars 1686. Le 26 août 1692 le mot "basse-ville" apparaît pour la première fois.
En dépit du proverbe: « Qui prouve trop ne prouve rien », il nous serait facile d'entasser des témoignages de ce genre et en faire un long chapitre.
Bacqueville de la Potherie disait, en 1701 : « La ville tire son origine de trois canaux, dont l'un est plus large que la Seine au-dessus de Paris, et qui sont formés par deux îles de quinze à seize cents arpents de long, chacune remplie de beaux arbres. Il y en a quatre autres fort petites, audessus, dans l'embouchure d'une rivière nommée Maitabirotine, d'où descendent plusieurs nations qui y viennent faire la traite de leurs pelleteries. »
L'auteur sait bien que la traite avait lieu à la ville, mais la construction de sa phrase nous porte à croire faussement que c'était sur les îles.
On ne saurait douter que le poste de 1634, qui est devenu la ville actuelle, ne tire son nom de l'embouchure si particulièrement conformée de la rivière dont les Français de l'époque dépeignaient la physionomie en disant: les chenaux — la rivière aux chenaux.
Ce qui est évident, d'autre part, c'est que La Potherie, lors de sa visite à la ville, n'a pas examiné les îles dont il parle, puisqu'il donne à deux d'entre elles des dimensions exagérées à l'extrême et qu'il efface presque l'île Saint-Christophe, la plus grande de toutes, sans compter qu'il les déplace étrangement. Il fait, de plus, une rivière spéciale de Métaberotin (Saint-Maurice).
Charlevoix s'exprime singulièrement: « Un peu au-dessous, et du même côté que la ville, le
fleuve reçoit une assez belle rivière qui, avant de confondre ses eaux avec les siennes, en reçoit en même temps deux autres, l'une à sa droite et l'autre à sa gauche, et c'est ce qui a fondé le nom de Trois-Rivières, que porte la ville. »
Au moment où ce voyageur écrivait ainsi à la duchesse de Lesdiguières, après avoir passé en voiture devant Bécancour et le cap Métaberotin, il venait de mettre pied à terre en ville, sans avoir vu de près les localités en question. C'était le 6 mars 1721. Sa conception de deux rivières qui se déchargent dans l'embouchure d'une troisième, résulte évidemment d'un malentendu entre lui et la personne qui lui expliquait la forme de la contrée.
Les voyageurs se copient parfois en se succédant et reproduisent de cette manière des erreurs qui ont lieu de surprendre. Par exemple, Claude LeBeau note, en 1729, que « la ville tire son origine de trois canaux, dont l'un est plus large que la Seine dans son entrée à Paris; ces trois canaux sont formés par deux îles de seize cents arpents de long chacune et remplies de beaux arbres ». Ceci n'est qu'une répétition du texte de La Potherie, mais ce dernier avait copié Lescarbot en disant « seize cents arpents », et Lescarbot avait mal compris Champlain, lorsque celui-ci parlait, en 1603, de trois îles pouvant avoir environ : cinq ou six cents pas de long ». Lescarbot, reprenant ce texte, met, en chiffres (ce qui est peut-être la faute du typographe) « de 15 et 1600 pas »; La Potherie arrive avec « quinze à seize cents arpents de long ».
LeBeau sanctionne ce mesurage, lui qui demeurait à Québec et pouvait se renseigner à bonne source. Ainsi, quinze cents pas sont devenus quinze cents arpents, soit dix-neuf lieues de long, quand la plus longue de ces îles mesure six mille pieds ou deux mille quatre cents pas. Remarquez que les deux îles dont parle Champlain sont de moitié plus petites que celle-là.
Le dictionnaire de Trévoux (1762) est assez inexact à son tour : « grande rivière de la Nouvelle- France, en Amérique, Trifluvius. Elle se forme par le concours de trois rivières qui ont leurs sources vers les confins de l'Estotilande, et qui se déchargent dans le Saint-Laurent, entre Québec et Montréal. » Et ailleurs: « L'Estotilande est un grand pays de l'Amérique Septentrionale, qui est encore appelé la terre de Labrador, ou de Cortéreal, ou la Nouvelle-Bretagne. »
Ces trois rivières imaginaires, sortant de la région du nord, pour se combiner en un seul cours d'eau qui tombe dans le Saint-Laurent, altèrent l'ordre des choses établies par la nature puisque, en réalité, ce sont trente ou quarante belles rivières qui aboutissent au fleuve par une seule voie. Le Saint-Maurice ressemble à un arbre sans racines qui serait couché sur le sol ; le pied ou bas du tronc baigne dans le Saint-Laurent; les branches, étendues à droite et à gauche, représentent les nombreux tributaires qui lui viennent de toutes parts, après avoir arrosé un territoire de cent lieues de long sur autant de largeur, qui n'est ni le Labrador, ni la terre de Cortéréal, ni la Nouvelle-
Bretagne, mais peut-être bien TEstotilande, ce qui réglerait la question de savoir où était située la mystérieuse contrée de ce nom que nous ne pouvons plus retrouver. Le territoire du Saint-Maurice, et non point ceux du Saguenay ni de l'Ottawa, correspond le mieux à ce que les premiers géographes nommaient Estotilande, un nom étrange qu'ils n'expliquent en aucune manière.
La rivière des Trois-Rivières a porté ce nom depuis 1599 jusqu'à 1750. Le terme « les Chenaux » paraît remonter aux débuts de la ville; il règne encore.
Quand donc s'est produite l'appellation de « Saint-Maurice »? On la découvre, pour la première fois, en 1723, puis en 1751 et 1752.^^
De tous les habitants de la ville et de la région, il n'y en a qu'un seul ayant porté le nom de baptême de Maurice avant 1723: c'est un nommé Poulin dit le sieur de Lafontaine, homme instruit, lequel s'était fait donner une terre en fief sur la rive droite de la rivière des Trois-Rivières (1668), précisément où furent élevées les forges Saint- Maurice en 1732, ce qu'on désigne à présent comme les « vieilles Forges ». Est-ce de lui que vient le nom du Saint-Maurice? Oui, très probablement.^*
23. Montarville Boucher de la Bruère dit (le Bien Public, 20 déœmbre 1932), que le Saint-Maurice prit ce nom après la réunion des deux fiefs Saint-Maurice et Saint-Etienne, le 12 septembre 1737; il existait depuis au moins quatorze ans. Bégon le nomme dans un jugement rendu en 1723. Suite, Histoire des Trois-Rivières, p. 24-26.
24. La terre de Maurice Poulin donna le nom de Maurice à la rivière, ou, si l'on veut, « la rivière à Maurice » devint le Saint- Maurice. Voir Suite, les Forges Saint-Maurice, p. 14, 28.
30 TROIS-RIVl ÈRES d'autrefois
Un des fils de Maurice Poulin a formé les branches qui portent les noms de Courval et Cressé; ces deux surnoms remplacent le nom originaire de la famille. On dit encore « Poulin de Courval »; quant au nom de Cressé, après avoir été « Poulain, Courval-Cressé, » il se prononce maintenant seul. Ce dernier provient de Louise Cressé, seigneuresse de Nicolet, qui épousa en 1696 Jean-Baptiste, fils de Maurice Poulin, cidessus nommé.^^ On sait avec quelle facilité les noms de famille se changent dans le pays des Trois-Rivières.
Les Chenaux offrent un lieu d'hivernage incomparable pour les navires, petits ou grands, qui fréquentent le fleuve. La profondeur de ces canaux est de quarante à soixante pieds. Va sans dire que l'aspect de ces trois chenaux si rapprochés devait frapper les voyageurs et leur faire crier: « Trois rivières ensemble! »
En ce cas, il n'y avait donc pas quatre rivières? La question se présente à cause de l'existence ancienne d'un quatrième bras, dans la ville actuelle. Ce chenal, encore rempli d'eau du temps de Pontgravé et de Champlain, n'avait plus, apparemment, que peu ou point d'importance et s'en allait dépérissant déjà. Il n'est rien aujourd'hui.^^ Du temps oii cette branche de la rivière coulait entre le cap Métaberotin et le centre actuel de la