‹ Mélanges historiques (volume 5)Chapitre 62 sur 83 · LE NOM DE SAINT-ÉTIENNE-DES-GRÈS · texte numérisé non relu

LE NOM DE SAINT-ÉTIENNE-DES-GRÈS

« grec » prononcé « grais » ou « grès » devenait « grès » et faisait oublier la source du terme même. Mais les Trifluviens qui ont adopté « Saint- Etienne-des-Grès » savaient-ils cette histoire? C'est assez peu probable. La rencontre des circonstances me paraît fortuite. Nous avions la localité des « Grès », on a érigé là une paroisse Saint- Etienne qui devient Saint - Etienne-des-Grès, comme à Paris. Il me paraît bien certain que l'on n'a pas eu l'intention de copier saint Etienne des Grecs tout en écrivant « des Grès ».

Comment dire, pour commencer? Faisons une sorte de sommaire:

Son champ de course,

La pêche qu'on en fait,

Apprécié de tout le monde,

Venant nous voir au temps des fêtes,

D'une digestion facile.

Inoubliable aux estomacs reconnaissants.

Préfère, dit-il, être cuit à l'étouffée,

Fréquente de préférence les Trois-Rivières,

Parce que c'est un pays de gourmets.

Que de fois on m'a prié de parler de lui! Ne me sentant pas à la hauteur du problème j'ai reculé, car problème il y a. Faire une tragédie, des chansons, à la bonne heure! C'est facile, mais décrire le petit-poisson des Trois-Rivières, rude tâche!

J'en appelle, ô muse! à vos antiques complaisances pour les auteurs audacieux. La fortune, diton, favorise les braves. Regardez-moi d'un oeil encourageant, et je tenterai de dire un mot de cette pêche quasi miraculeuse dont les Trifluviens se donnent le plaisir et le profit entre Noël et les Rois. Faites, ô déesse! que mon imagination se soumette à la stricte loi de la vérité, afin que personne ne puisse infirmer le témoignage que je vais rendre en faveur du tendre individu que nous accommodons à tant de si bonnes sauces.

Il arrive^ ce poisson, avec les réjouissances du Jour de TAn. Il a sa place dans l'histoire de nos moeurs et coutumes. Déjà, en 1757, Bougainville parlait de lui/ S'il ne se fait pas valoir dans la littérature, c'est qu'il est muet comme doit l'être un poisson. A nous de faire son éloge. Que de gens il a régalés qui n'ont jamais recherché ses origines, ou même voulu se demander s'il descend de noble ou de vulgaire lignée! Je vous le présente. Tout me porte à croire qu'un aimable commerce s'établira entre vous et lui. Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es. A cent lieues des Trois-Rivières, si je mange du petit-poisson des Trois- Rivières, je suis Trifluvien. Ceci n'est pas logique, et pourtant c'est vrai et même c'est assez curieux.

Il y a vingt ans, j'eus occasion d'écrire ce que nous appelions alors des Chroniques, et je traçai les lignes suivantes que vous allez relire, car vous avez dû les oublier en allumant le poêle avec le journal qui les contenait:

Le pays des Trois-Rivières a été et est encore riche en diverses espèces de poisson. Les anguilles y pullulent. Les achigans se cachent par groupes dans ses battures. Les esturgeons de cinq ou six pieds de longueur se jouent dans les anses et à l'abri des pointes de terre. Le brochet galvaude à son aise les tribus paisibles du petit peuple de rivières; plus le brochet en gobe, plus il en vient. La carpe se frôle avec délices aux longues herbes et aux roseaux des grands fonds. La loche rôde sous la glace, cherchant les lueurs du soleil d'hiver. L'é-

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