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En butte à la vengeance du duc de Cumberland

2. Pitt avait conçu l'idée surprenante de réhabiliter les Fraser, les Macdonald, les Cameron, les Campbell et autres Ecossais semblables en les armant contre la France et en les envoyant à la conquête du Canada. Quinze cents hommes répondirent à l'appel. Le 78e régiment fut levé par le colonel Simon PYaser, dont le père fut exécuté en 1747; ce fut l'un des meilleurs de l'armée de Wolfe. Mélanges historiques, vol. 3, p. 48; vol. 7, p. 103, 104; vol. 10, p. 116; B. R. H., 1899, p. 159, 219; la Revue canadienne, 1867, p. 850; J.-M. Lemoine, Monographies et Esquisses, p. 469; Maple Leaves, éd. 1873, p. 141-158; LeJeune, Dictionnaire général du Canada, I, 658.

Lorsque la guerre éclata entre la France et l'Angleterre, en 1755, Pitt craignit de voir les montagnards écossais recommencer leur marche sur Londres. La première fois, on a vu qu'ils s'étaient approchés à trente lieues de la capitale et ne s'étaient arrêtés qu'à défaut des secours de France qui n'arrivèrent que par la suite et en très petit nombre.

La lutte dans laquelle l'Angleterre était engagée au centre de l'Europe, la France comprise, absorbait tous ses régiments, mais Pitt voulait prendre le Canada et il fit appel aux Ecossais, leur promettant l'oubli du passé, ce qui arriva en effet. Un superbe et nombreux corps de highlanders se forma en peu de temps et la crème de cette troupe était des Fraser — un régiment entier de ce nom avec un commandant et des officiers tous Fraser. La masse se composait de jeunes gens non encore mariés. Tous de langue écossaise et le plus grand nombre catholiques-romains, avec le costume des montagnes au complet et somptueusement fourni par le trésor public. L'arme du fantassin, le fusil, ne comptait aux mains de ces hommes que pour le moment d'une décharge à très courte distance et alors ils le laissaient tomber à terre et se servaient de la claymore, terrible sabre, long, large, pesant, parfois manié à deux mains et dont ils portaient des coups foudroyants, car leur genre de combat était le corps-à-corps et ils y excellaient.

Les Canadiens étaient redoutables par la précision de leur tir et l'éparpillement qui les rendait

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insaisissables. Les Français formant la ligne et chargeant à la baïonnette étaient souvent irrésistibles mais le tir des Canadiens ne pouvait pas être rapide à cause de la lenteur de l'opération de la cartouche et du bassinet, tandis que la claymore écartait ou brisait baïonnette et fusil au premier choc.

Les Ecossais ne connaissaient les Canadiens ni d'Adam ni d'Eve, mais ils avaient une forte dent contre les Français qui, disaient-ils, leur ayant promis de l'aide pour le soulèvement de 1745, ne s'étaient montrés nulle part et, sur ce point, ils espéraient bien se venger en Canada de l'abandon dans lequel leurs prétendus alliés les avaient laissés.

Aux plaines d'Abraham ils firent encore mieux que Wolfe, Monckton et Townsend n'auraient pu désirer, aussi les récompenses ne leur manquèrent pas, mais, de plus, lorsque ceux de ces quinze cents hommes qui restaient manifestèrent le désir de s'établir dans la colonie, on s'empressa de leur concéder des terres au-dessous de Québec — et qu'arriva-t-il? ils épousèrent des Canadiennes, la langue gaélique disparut pour faire place au français. Tout le régiment se fondit dans le peuple canadien.

Ceux qui ne s'étaient pas mis à la culture de la terre faisaient autre chose et ce n'étaient point les gens les moins utiles. On connaît l'histoire de l'Angleterre et le développement que prirent les industries à partir de l'époque où les Ecossais y

furent reçus sur le pied de l'égalité. Même chose au Canada.

Dès 1768, Malcolm Fraser et sa femme Grisel Mackintosh sont aux Trois-Rivières, par exception, ainsi qu'un Robert Fraser et sa femme du nom de Mary..., lesquels, le 26 avril 1771, y font inhumer leur fils John^

Ceux-là n'étaient pas adonnés à la culture des champs et Malcolm Fraser me paraît avoir été marié peu avant 1768, en Ecosse peut-être. Voici la liste de ses enfants nés aux Trois-Rivières et enregistrés à l'église anglicane:

John, né le 19 mars 1769, baptisé le 20 mai suivant.

Jeanne, née le 20 février 1771, baptisée le 27 du même mois.

James, né le 17 octobre 1775, baptisé le 20 du même mois.

Malcolm, né le 17 avril 1777, baptisé le 23 du même mois.

Peter, né le 3 février 1778, baptisé le lendemain.

3. Le lieutenant highlander Robert Fraser a dû flâner un peu trop à Batiscan, en mars 1761, puisque, par sa faute, Madeleine Roy donne naissance à une fille baptisée le 9 déc. 1761 sous le nom de Marie-Rosalie Fraser. Mgr Tanguay, Dictionnaire généalogique, IV, 103.

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Quel nombre de protestants y avait-il parmi les Fraser? C'est plus que nous ne pouvons dire, mais il devait être assez limité.

Le 17 novembre 1775, vers midi, Malcolm Fraser étant sur le rivage, au bout de la rue du Platon, vit arriver par le haut du fleuve une barge dans laquelle se trouvaient le gouverneur Carieton, le capitaine du brigantin, Jean-Baptiste Bouchette, les sieurs Joseph Boucher de Niverville et Charles-Louis Tarieu de Lanaudière, ainsi qu'un sergent du nom de Bouthillier qui avaient passé, durant la nuit, de Berthier à la Pointe-du- Lac, à travers les détachements de l'armée américaine, tant sur le fleuve que le rivage du nord, et comptant bien se reposer aux Trois-Rivières, mais Fraser leur dit que la ville était pleine d'officiers ennemis et que leurs troupes avaient passé Yamachiche en route pour Trois-Rivières. J'ai raconté cette histoire au long il y a quelques années*.

Au mois de juin 1776, lorsque les Américains furent battus dans la Commune des Trois-Rivières, c'était un Fraser qui commandait la troupe anglaise. En 1777, à Montréal, un capitaine Fraser était surintendant des Sauvages^

J'allais oublier de dire que Pierre de Sales Laterrière étant parti des forges Saint-Maurice au printemps de 1776 pour se rendre à Québec y fut

4. Voir Suite, J.-B. Bouchette, M.S.R.C, 1908; le Chevalier de Niverville, M.S.R.C, 1909.

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