‹ Mélanges historiques (volume 5)Chapitre 80 sur 83 · MON PREMIER ARTICLE 7S · texte numérisé non relu

MON PREMIER ARTICLE 7S

de sitôt. Mes concitoyens tenaient compte de ma prose et la discutaient, non pas comme prose, mais comme matière d'opportunité. Je devenais immense aux yeux de mes camarades. Alors, je pensai que, puisque le conseil municipal cherchait à me circonscrire, ma plume était capable d'effrayer les oiseaux qui vivent de la faveur publique. Et je devins plus immense encore, c'est-à-dire journaliste.

Les années s'écoulèrent; je produisis articles sur articles, comptant bien que l'affaire du Lion Rouge ne finirait jamais.

Elle n'est pas finie l'affaire du Lion Rouge/ Tous les jours nos jeunes écrivains la réveillent, sous une forme ou sous une autre. Tenez, hier, il a paru un nouveau journal intitulé le Cocoriko, eh bien! c'est écrit par des jeunesses mécontentes d'avoir vu leur Lion Rouge remisé.

En voilà une bonne! Il semble que je fasse de la politique, le seul métier que je ne sache pas faire. La plume m'a tourné dans la main, c'est évident.

Mon premier article, il y a trente ans, plein de feu de conviction et de fautes de grammaire, qu'il m'a donc fait plaisir!

Je savais la grammaire mais, comme tous ceux qui la savent, je ne m'y conformais pas. Le génie d'un garçon de dix-huit ans est trop vaste pour s'assujettir à la grammaire! J'étais loin de m'attendre, en ce temps-là, que j'écrirais un jour dans nombre de revues et journaux. La querelle du Lion Rouge prenait, à nos yeux, la proportion d'une lutte entre Rome et Carthage. Je m'étais

grandi à la hauteur de la situation. Devenu général en chef du premier coup, je ne songeais pas à mon manque d'instruction militaire, et c'est pourquoi j'ai tenu la plume avant que d'avoir appris à m'en servir. Sans hésitation, ah! vrai comme cela se passe autour de nous tous les jours!

C'est si beau, la jeunesse! On ne doute de rien. Celui-ci ou celui-là est bombardé écrivain dès son premier jet d'encre. Nous commençons toujours par écrire sur un Lion Rouge quelconque. Après tout, il n'y a pas de sot début. Laissez-moi vous dire que, pour ma part, je n'ai pas eu peur: j'avais à défendre une noble cause.

Eh! que j'avais donc des admirateurs quand parut cet article! Ils sont presque tous morts aujourd'hui. C'est pourquoi je me raccroche à la génération présente en lui disant: Mes amis, c'était un fameux article: applaudissez de confiance^

Si le lecteur n'est pas content des coups de soleil qui brillent dans le présent article, avouez qu'il est difficile.

1. Le Lion Rouge avait été acheté au mois de juillet 1846, au prix de 36 louis, plus les extras. Cette pomp>e sortit pour la première fois au feu du 28 novembre 1846. Son capitaine était Olivier Lamontagne. En octobre 1848, il résignait ses fonctions et Louis Clair le remplaça. Puis ce fut Auguste Larue. En 1864, le Lion Rouge était encore utilisé par la Cie. No. 2 du capitaine Larue, soit cinq ans après la « fameuse » protestation du jeune Suite.

Sur la première pompe à feu aux Trois-Rivières (1797), voir Suite, Mélanges historiques, vol. 2, pp. 73-83. Signalons aussi les articles documents écrits par l'abbé M.-T. Giroux sur les notes de M. Arthur Béliveau, greffier des Trois-Rivières, et intitulés: les Feux, les Pompes et les Pompiers dans l'histoire trifluvienne, parus il y a quelques années dans le Bien Public.

ANCIENS TRIFLUVIENS

Le Journal des Trots-Rivières, publié dans mon enfance (1846-1849), par Georges Stobbs, au coin des rues Des Forges et Hart, côté nord, et rédigé par Louis-Gonzague Duval, vient de me tomber sous la main. L'ayant vu imprimer, mais ne l'ayant jamais lu, parce qu'alors trop jeune, il m'intéresse tout particulièrement. Les Trifluviens d'à présent ne seront peut-être pas fâchés de faire sa connais-

sance\

Dès les premiers numéros (1846) j'y vois des indices de la révolution qui devait emporter le trône de Louis-Philippe, mais j'y vois aussi une mention de l'étrange mélodie que l'on pouvait entendre sur le pont du Saint-Maurice, lorsque le vent faisait vibrer les cordes de métal du télégraphe électrique.

Le télégraphe électrique venait de prendre possession du pays. J'y étais, et je m'en rappelle! Mais la harpe éolienne, oubliée depuis Homère, se re-

1. Dans son Inventaire chronologique, M.S.R.C., 1904, p. 146, le Dr N.-E. Dionne place à l'année 1847 la fondation de la Gazette des Trois-Rivières, no. 82a, qu'il dit être ressuscitée par L.-G. Duval; il ajoute que cette feuille paraissait encore en 1849. En 1848, il met le Journal des Trois-Rivières, No 87, fondé par Gteorges Stobbs et qui disparut presque aussitôt.

Dans sa liste des journaux publiés aux Trois-Rivières de 1817 à 1933, l'abbé Henri Vallée, les Journaux trifluviens, p. 81, ne mentionne auciui de ces deux journaux entre 1846 et 1849. A tout événement, nous cro^^ons avec M. Suite qu'un Journal des Trois- Rivières parut en ce lieu en 1846-1849; le Dr N.-E. Dionne a pu faire à tort deux publications différentes du Journal des Trois- Rivières, fondé par Georges Stobbs et rédigé par L.-G. Duval.

trouvait en Canada, où personne ne se souvenait de l'avoir entendue. Nous qui sommes à présent ahuris par les sifflements des fils du téléphone, nous ne demandons qu'à être débarrassés de cette musique grecque insipide. Voici en quels termes le Journal des Trois-Rivières de 1846 annonçait la surprise que son rédacteur avait éprouvée en traversant les magnifiques arches qui coupent la rivière Saint-Maurice, pour relier la ville à la côte du cap de la Madeleine,

« Le public ne sait peut-être pas que les broches du télégraphe qui traversent les ponts du Saint- Maurice étant exposées au grand air résonnent sous l'effet du vent et produisent une curieuse mélodie. Parfois, la tonalité change et vous étonne; puis elle revient à son mode premier, selon que l'activité du courant aérien baisse. En tout c'est un son métallique qui vous porte à rêver. »

Mais oui! on rêve des choses que l'on ne comprend pas en entendant ces bruits d'en haut qui ne s'expliquent ni ne parlent au commun des mortels. Il y a cependant des êtres qui pensent lorsque la voix de l'aquilon fait vibrer quelque chose autour d'eux. Ceux-là sont des poètes. Le monde ne les prend pas au sérieux. Trop terre à terre est notre esprit. Je demande que l'on place sous le sol les fils du téléphone, mais que l'on ne cesse pas d'aimer la poésie que le correspondant du Journal des Trois-Rivières de 1846 semble avoir si bien comprise.

Le Chambre des notaires était composée de Jean-Emmanuel Dumoulin, président, Valère Guillet, secrétaire, Louis Guillet, senior, Charles-

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Edouard Gagnon, Jos. Déguise, Benjamin Thérien, William Pitt, Laurent-David Craig, Pascal Pépin, syndics. Le seul officier hors de la chambre était Denis-Genest Labarre, syndic.

Comme des vols venaient d'être commis chez Dominique Mondelet, plus tard juge, le Dr Gilmore, Aaron-M. Hart, marchand, J.-B. Thivierge, marchand-sellier, et Moïse Gauthier, marchand, le conseil municipal offrit vingt louis de récompense pour la découverte des coupables. L'annonce à cet effet est signé: A. Polette. Je me souviens de la terreur que ces coups hardis répandaient dans la ville. Ceux qui n'avaient rien à se faire voler tremblaient comme les autres. L'auteur de tout cela passait chaque jour devant notre porte et quand il fut pincé, je ne revenais pas de ma surprise.

Le Dr Alphonse Dubord s'établissait en ville, pour y exercer sa profession, dans la maison de l'honorable Joseph Dionne, conseiller législatif, à l'encoignure des rues Bonaventure et Saint-Joseph.

En 1847-1848, je relève les notes suivantes qu'il vaut autant ne pas laisser perdre. Elles ne déplairont pas aux jeunesses de mon âge, et encore moins aux vieillards qui ont le culte des souvenirs.

Le conseil municipal se composait des personnes suivantes: A. Polette, maire; Louis-Benjamin Garceau, Jacques Bureau, James Dickson, Olivier Lamontagne, Louis Clair et John McDougall, conseillers. Les réunions avaient lieu au palais de justice.

Henry-B. Hughes était greffier de la paix de-

puis 1841. Louis-Edouard Pacaud, commissaire des banqueroutes, Pierre-Benjamin Dumoulin, agent des terres de la couronne situées dans les townships de Caxton et de Hunterstown. Les commissaires des enfants trouvés étaient John Mc- Dougall, J.-B. Pothier et Denis-Genest Labarre. Isaac-Gouverneur Ogden était shérif. En mars 1848 Henri Lor fut nommé agent des terres de la couronne pour les townships de Caxton et de Hunterstown. Aimé Désilets était syndic des banqueroutes. Le bureau d'enregistrement était tenu par Louis-Gonzague Duval, rédacteur du Journal des Trois-Rlvières, rue Royale, vis-à-vis la demeure de Philippe Burns. M. Duval avait été le rédacteur le plus assidu de la Gazette de Québec, dans la partie française. Il mourut le 8 février 1877.

MM. Dickson, McDougall et Garceau faisaient chacun un commerce de bois de chauffage considérable. Quelques années auparavant Joseph Pacaud avait eu à peu près le monopole de ce genre de négoce.

Le capitaine John Robertson tenait le bureau de poste, rue Alexandre, et faisait des vers pour s'amuser. Il écrivait dans la Gazette de Québec. J'ai son petit volume de vers publié par Georges Stobbs en 1859. Sa fille avait été mariée à David Chisholme, journaliste et écrivain de valeur, qui a demeuré dans le district des Trois-Rivières comme maître de poste de 1829 à 1836; on doit à Chisholme une collection de manuscrits sur l'his-

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toire du Canada. Il mourut en 1842, à Montréal, et sa veuve se fixa aux Trois-Rivières^.

John-P. Hunt enseignait la musique, rue Bonaventure, dans une maison peinte en jaune et dont le flanc donnait sur le terrain actuel de l'évêché.

William Burns, notaire, possédait un moulin à scie, rive gauche du Saint-Maurice, près du cap aux Corneilles^ En avril 1848, il fut renversé par un amas de billots qui déboulaient de la côte de la rivière et reçut des blessures qui altérèrent pour toujours sa santé^.

Selby Burns, maître d'école de l'Institution royale aux Trois-Rivières^, étant devenu âgé, résidait chez son fils Thomas Burns, avocat. Son autre fils était William Burns, mentionné ci-dessus. Selby Burns mourut le 14 avril 1848, âgé de soixantedix-neuf ans.

Philippe Burns, grand connétable, avait la maison de la rue Royale, coin de la rue Volontaire, que William Lanigan possédait encore tout récemment. Un type ce M. Burns! mais plein de coeur. Il n'était pas parent de Selby Burns dont

2. Sur David Chisholme voir W.-S. Wallace, Dictionnary of Canadian Biography, p. 82; Henry- J. Morgan, Bibliotheca canadensis, p. 74; Philias Gagnon, Essai de bibliographie canadienne, I, 116; II, 408; les Ursulines des Trois-Rivières, III, 418.

John Robertson, maitre de poste aux Trois Rivières, de 1836 à 1848, qui mourut le 4 ou le 5 déœmbre 1861, à l'âge de quatrevingt-trois ans, est l'auteur d'un recueil de poésies de 80 pages intitulé Warblings and Wailings of Leisure Hours. Il avait callaboré au Canadian literary Garland. Il mourut chez sa fille, Madame veuve David Chisholme.

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