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Relations des Jésuites, 1667, p

PREMIERES CONNAISSANCES DU MISSISSIPI

vers la grande rivière nommée Messipi à quarante ou cinquante lieues d’ici.”

Le fait qu’un grand fleuve coulait dans la direction du nord au sud à une certaine distance dans l’ouest était connu de tout le monde de Québec à Montréal lorsque LaSalle conçut le projet d’y arriver en passant par le pays des Iroquois, d’où il pouvait se rendre à l’Ohio et descendre cette rivière jusqu’au Mississipi, car on supposait avec raison que c’était là la marche de l’Ohio. L’été de 1669, il partit de Montréal dans ce but, mais ne sortit point du lac Ontario et retourna passer l’hiver à Montréal.

De la baie Verte, en 1669, on apprenait que, à une courte distance de là, “se trouve une grande rivière large d’une lieue et davantage qui, venant du nord, coule vers le sud, et si loin que les Sauvages qui ont navigué sur cette rivière, après quantité de journées de navigation, n’en ont point trouvé l’embouchure, qui ne peut être que vers la mer de la Floride ou celle de la Californie.” On se préparait à y envoyer des missionnaires. La Relation ajoute que le Pacifique est à deux cents lieues au couchant du lac Supérieur.

Devenant aux Illinois, la Relation de 1670 dit que pour aller de chez eux (l’Iowa) au lac Supérieur “ils passent une grande rivière qui a quasi une lieue de large. Elle va du nord au sud et si loin . . . qu’on n’a pas encore entendu parler de la sortie. Il est difficile que cette grande rivière se décharge dans la Virginie. Nous croyons plutôt qu’elle a son embouchure dans la Californie.”

Parlant des Oumamis, tribu illinoise restée sur la rivière aux Renards et aussi bien sur le haut de la rivière Wisconsin, le Père Allouez disait, en 1670: “Leur rivière conduit dans la grande rivière Messi-Sipi; il n’y a que six jours de navi-

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galion.” Ces Oumamis occupaient à peu près les lieux où Nicolet s’était arrêté en 1634.

Le gouverneur de Courcelles voulait 'étendre les courses des Français à la recherche des pelleteries jusqu’au delà de la baie Verte et prendre possession du Mississipi en passant par la rivière des Illinois. Dans cette vue, il projetait la construction d’un fort à Cataracoui, espérant diriger la traite par la ligne des grands lacs. Dans sa lettre du 10 novembre,

1670, Talon dit que pour trouver l’ouverture du Mexique, il a envoyé, avec le concours de M. de Courcelles, le sieur de LaSalle “qui a bien de la chaleur pour ses entreprises.” Il ne reste aucun écrit connu relativement à ce voyage, qui probablement n’eut pas lieu.

A la même date, Frontenac écrit à Colbert disant que, selon les apparences, le Mississipi débouche dans le Pacifique, quelque part en Californie. La certitude où l’on était en 1670 que les Iroquois ne recommenceraient point leurs courses, par crainte des Français, induisit les Illinois à retourner dans leur ancien pays de Chicago. La Relation de

1671, page 47, parle des Illinois comme habitant encore l’Iowa. Il est possible que le départ de ces Sauvages se soit effectué au cours des années 1670-72,. Les missionnaires n’étaient pas allés jusqu’à l’Iowa.

La prise de possession des contrées de l’Ouest eut lieu au saut Sainte-Marie, dans une cérémonie où se trouvaient représentées plusieurs nations, au printemps de 1671 (7),.

La Relation de 1671, page 24, observe que, étant à Chagouamigon, “c’est vers le midi que coule la grande rivière appelée Mississipi, laquelle ne peut avoir sa décharge que dans la mer de la Floride (golfe du Mexique) à plus de quatre

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cents lieues d’ici.55 On parlait -du Mississipi dans tout le Bas-Canada. Je note que Nicolas Perrot se servait, en 1717, du terme “rivière de la Louisiane’'1 pour désigner le Mississipi.

Talon désirait savoir où aboutirait le grand fleuve. Il engagea Frontenac à s’en occuper. Comme Jolliet partait de nouveau pour continuer la traite des fourrures qu’il faisait au lac Supérieur depuis 1669, il l’engagea à profiter de son séjour dans ces régions pour pousser son voyage jusqu’au Mississipi et le descendre assez loin pour acquérir la certitude de sa direction finale. Jolliet passa l’hiver au lac -Supérieur et, le 17 mai 1673, il se mettait en route vers le fleuve, qu’il reconnut jusqu’aux Arkansas à sept cents milles du golfe. Rendu là, le doute n’était plus possible. Comme l’avait pensé Radisson, les eaux allaient au golfe du Mexique. Jolliet retourna à Québec avec cette nouvelle, qui fut bien accueillie, mais le roi n’en fit aucun cas et dit que la Nouvelle-France possédait déjà assez de territoires pour ses besoins.

Le Père Hennepin, en 1682, partit des environs de Chicago, suivit la rivière Illinois, remonta quelque peu le Mississipi, fut enlevé par les Sioux et conduit aux sources du fleuve où il rencontra Duluth qui lui fit rendre la liberté et l’amena au saut Sainte-Marie.

Lorsque LaSalle eut opéré sa descente du Mississipi jusqu’au delta, en 1682, la découverte du fleuve restait encore incomplète. Il s’agissait d’y arriver par mer et c’est ce que le persévérant explorateur tenta deux ans plus tard, mais sans y parvenir. D’Iberville, en 1699, résolut le problème.

LA FAMILLE DE BILLY

LA FAMILLE DE BILLY

J’ai feuilleté avec plaisir un volume élégamment imprimé, portant à la première page : “Inventaire des Titres de la Maison de Billy, par le vicomte Oscar de Poli, président du Conseil Héraldique de France,” Paris, 1894 (1).

L’auteuir a déjà publié divers ouvrages de ce genre où il excelle, comme l’atteste sa renommée très répandue en Europe. Cette fois, iil introduit la note canadienne dans sa nouvelle étude; c’est pourquoi nous allons le suivre et faire des commentaires sur quelques points restés obscurs ou indéterminés.

Voyons d’a.bord les origines de la famille en question. M. de Poli fixe au Xle isdèele l’existence du premier seigneur de Billy, d’après Hozier qui a trouvé dans un document de 1080 “le Seigneur de Bi'ldy-sur-Ourcq, chevalier.” En 1203, il y avait Nivelon de Billy, probablement du même estoc, car il habitait la même localité. En 1129 l’endroit se nomme “Biflli super Urcum fluvium”. C’est aujourd’hui la commune du canton d’Oulchy-ile-Château, arrondissement de Soissoms, un peu au nord-est de Paris. La rivière de l’Oureq entre à Paris par le canal dit de l’Ourcq et se jette dans la Seine presque au coeur de la ville.

Le volume que j’ai sous les yeux renferme plus de douze cents notices indiquant des pièces et des sources à consulter pour l’explication des faits mentionnés par Fauteur On y

1. Oscar de Poli, né en 1838. Zouave pontifical, il prit part à la guerre de 1870; conférencier royaliste et auteur de nombreux ouvrages dont dix ou douze romans d’aventures.

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rencontre des passages comme célui-ci : “Le 22 juillet 1329 — Jean de Billy, écuyer, et Marie, sa femme, donnent à Saint- Crépin des terres sises à BiBy-eur-Ouirlcq et Giromesnil,. jouxte Mgr Aymond de B itly, chevalier, et reçoivent en échange des héritages sises audit Bilily, mouvans à Mgr Simon de B'iüly, chevalier, qui furent à feu Jean de Brldy, chevalier"’.

Jean de Bilily, écuyer, pris à Harfleur (Normandie) par 'les Anglais, prêta serment de fidélité au roi d’Angleterre, en 1423, et entra au service du duc de Bedford, général! h aime de l’armée anglaise combattant en France. Les Français encore peu ou point imbus de l’idée de patriotisme, étaient divisés en cinq ou six partis militaires ou politiques, sons différents princes, Bourguignons, Anglais, Français, Bretons, Gascons, qui guerroyaient les uns contre les autres, et, à vrai 'dire, il n’y avait de France que Paris avec de territoire environnant, cette place alors au pouvoir des Anglais. Chartes VII était un roi sans royaume et presque sans troupes.

Le 12 septembre 1429, trois ou quatre jours après que Jeanne d’Arc, blessée à F assaut de la porte Saint-Honoré, eût abandonné temporairement le siège de Paris, Bedford distribua» des récompenses à sesi officiers et l’une d’elles échut à Jean de Billy. La confusion des choses du temps explique l’attitude des personnages qui jouaient un rôle sur cette grande scène de discorde qui durait depuis un siècle et se termina par le triomphe de Charles VII. Alors seulement commença l’unité de la France et la transformation de ses habita.nts en “Français”.

Au XVIe siècle, une branche de la famille de Billy portait le nom de Courville, d’après une terre probablement, puisque c’était la coutume de donner aux fils de cadets le nom d'une propriété dont ils se trouvaient possesseurs par droit d’héri-

LA FAMILLE DE LILLY

tage ou autrement. Un texte de l’époque dit: “Louis 'de Billy, baron de Courville.” Nous retrouverons des Billy de Courville à Gentilly, en Canada, cent et quelques années plus tard.

Le 3 février 1632, à Pairis, fut passé Pacte de fiançailles de François de Billy, de la paroisse de Sommereux, diocèse d’Amiens, avec demoiselle Hélène Guibert. Sommereux n’est pas très éloigné de B iliy-s ur-P O urcq (2).

A Sommereux, le 1er décembre 1638, fut baptisée Anne Perodo ; parrain : François de Billy. C’est le même qui vient d’être mentionné. Il était seigneur de Béhercourt. Dans les années qui suivent, on retrouve sa trace à plus d’une reprise. Il y a aussi dans les archives consultées par M. Poli et d’où il a tiré' Iles notes précédentes, diverses mentions de la famille de la Marche qu'il ne faut pas oublier, car ce nom reparaîtra dans le présent article.

M. de Poli n’hésite pas à adopter Sommereux comme le berceau de Jean-François de Billy, qui vint en Canada avec sa femme Catherine-Marguerite de la Marche, si toutefois leur mariage a eu lieu en France selon que je le crois.

Le recensement de 1681 donne à Jean-François trentedeux ans, ce qui le fait naître en 1649. Mgr Tanguay n’avait que cette seule pièce pour se guider sur ce point, aussi met-il “1649” à la page 52 du premier volume de son dictionnaire. Par le même moyen, il place la naissance de la femme à 1652, ce qui s’accorde assez bien avec l’acte de sépulture de cette dernière qui lui donne “environ quatre-vingts ans” le 11 avril 1731.

Dans unie lettre adressée à M. de Poli, Mgr. Tanguay déclare que Jean- François était né à Paris, qu’il passa dans

2. L’imposant château de cette ancienne seigneurie est mainltenant en ruines. Louis Grégoire prétend qu’il avait appartenu aux Montmorency.

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la Nouvelle-France en 1673 et .s’y maria l’année suivante. C’est dommage que ces trois assertions ne soient pas appuyées d'aucune preuve. A la page 281 du tome II du dictionnaire, Mgr Tanguay place le mariage en 1672 sans dire où il fut célébré. De pins, il met “De la Mare” et “Délamare”, au lieu de “De Ha Marche”. Il est évident que toute cette, partie de son travail est à refaire, et c’est ce que je vais tenter.

La démonstration de M. de Poli tend à choisir Sommereus comme berceau de Jean-François et de sa femme. Pour ce qui est du mariage, je le reporte à 1671, en France.

La première fois que nous voyons ce ménage en Canada, c’est par l’acte de baptême de François, atu registre de la paroisse de Chamjpiain, le 17 octobre 1679, alors qu’il comptait trois autres enfants nés en 1672, 1675, 1677 (d’après le recensement de 1681, mais non inscrits en Canada à l’occasion de leurs naissances). Il ne s’agit pas, on le voit, d’un seul baptême que le prêtre aurait oublié de consigner dans ses registres, mais de trois omissions de ce genre concernant les mêmes père et mère. J’en infère que ce ménage est venu en 1678 ou 1679 et non auparavant.

Où s’établit-il? J’opine -pour Gentilly, de préférence à Champlain. Les terres de Gentilly avaient -été concédées en deux fiefs, l’année 1647, à Pierre Lefebvre, mon ancêtre maternel, et à Nicolas Marsolet, l’interprète bien connu. Lefebvre vendit à Michel1 Pelletier, sieur de la Prade, èn 1669. Pelletier était alors marie a la veuve de Jean Poisson; il s établit sur le fief en 1670 ou 1671. Cette dernière année, MarsoHet vendit à Pelletier qui se trouva propriétaire de toute la seigneurie. Bon nombre des terres faisant face au fleuve étaient occupées en 1676.

Rectifions encore une erreur du dictionnaire Tanguay. A la page 492 du tome I, il est dit que Jean Poisson fut sei-

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gneur de GentiMy, ce qui est incorrect, et il n’y a rien peur indiquer son décès, bien que la date en soit connue dans l’histoire. Cet homme 'était arrivé de France avec sa femme, Jacqueline Ghambois ou Chamois, en 1639 ou peu après, et ■s’était fixé aux Trois-Rivières, où il fut tué par les lroquois en 1652. Trois ans plus tard, la veuve épousait Michel Pelletier, sieur de la Prade, lequel mourut en 1707 et laissa tous ses biens à François âgé alors de cinquante-huit ans, fils de Jean Poisson et de Jacqueline Chamois.

Je viens de dire que, en 1676, le front de la seigneurie était déjà occupé par des colons. Les prêtres des Trois- Rivières desservaient cette paroisse en germe. Le 12 octobre 1679, on ouvrit dans l’église de Champlain un registre appélé “Batiscan et Champlain”. C’est là que fut inscrit, cinq jours plus tard, le baptême de François, fils de Jean-François de Billy et de Catherine-Marguerite 'de la Marche, mais cela n’implique nullement Champlain comme lieu de résidence de la famille Billy, puisque Gentilly venait d’être compris dans la nouvelle paroisse de Batiscan- Champlain, desservie par un prêtre français du nom de François Dupré qui allait en mission à Gentilly et à Batiscan, baptisait ies enfants puis retournait chez lui à Champlain où il consignait ces faits dans le registre. Mgr Tanguay, en disant que Jean-François de Billy fut baptisé à Champlain donne à croire que la famille résidait en ce lieu, mais il n’y a rien dans le registre pour soutenir cette prétention. Je dois aussi avertir le lecteur que M. François Dupré ne fut pas “premier curé de la paroisse de Champlain en 1684”, comme le dit le Répertoire du clergé canadien , de Mgr Tanguay, puisque dès 1679, il

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commençait sets fonctions curiales dans oette paroisse, où il resta jusqu’à 1685 (3).

Le recensement de la seigneurie de “La Prade”, (ne pas confondre avec (Sainte- Anne de 'la Pérade,) en 1681, nous montre : “Jean de Billy, 32 ans, Catherine Lamarche, 29 ans, sa femme; enfants: Michel, 9 ans, Marie, 6 ans, Thérèse, 4 ans, François, 2 ans. Deux bêtes à cornes. Douze arpents de terre en valeur.”

Comment supposer que oette famille demeurait ou avait demeuré à Champlain depuis son apparition parmi nous, dix-huit ou vingt mois avant Ta date du recensement? Billy était le troisième des habitants de Gentil1 y par l’étendue de terre 'défrichée et le nombre des bestiaux.

Levrard ou Saint-PierreJles-Becqnets n’avait encore aucun colon. A lia rivière Bêcancour, on comptait quinze habitants ayant chacun de cinq à vingt arpents de terre en valeur.

Les trois enfants : Michel, Marie, Thérèse, que le recensement de 1681 fait naître en 1672, 1675, 1677, ne sont mennés nullement aux registres du Canada, qui renferment les actes de baptême; ils ont dû venir au monde en France et, en ce cas, la famille n’a émigré qu’en 1678 ou 1679 et s’est tout de suite établie à La Prade, appelée plus tard Genti'lly.. Le recensement de Champlain, comme aussi de lia côte du nord, depuis Trois-Rivières jusqu’à Québec, en 1681, ne contient ni le nom de Billy ni celui de Courville.

Jacqueline, Guillaume et Marie-Renée, dont les actes de baptême sont inscrits en 1684, 1687, 1692 à Champlain, ne pouvaient figurer au registre de Genti'lly puisqu’il n’an existait pais à cette époque. Pour la même cause, Marie et

3. L’abbé J.-B.-A. Allaire ( Dictionnaire biographique du clergé canadien- français) rectifie, lui aussi, cette erreur.

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Thérèse ont eu leurs mariages enregistrés à Champlain en 1688 et 1696.

Le 27 avril 1705, Michel, fils de Jean-François de Bill y et de Catherine-Marguerite de la Mamche, épouse Anne- C'éüeste Dizy (4), de la paroisse de Champlain, et le registre les qualifie tous deux “d’habitants de cette paroisse. . . demeurant à Champlain.” De fait, le marié était de la patroisse de Champlain, vu que Gentilly formait la région sud de cette paroisse, mais j’ai peine à croire qu’il demeurait au nord.

Notons que Michel Pelletier, sieur de la Prade, seigneur de Gentilly, fut inhumé à Champlain le 4 mai 1707, parce qu’il était bien et dûment paroissien de Champlain, comme tous ses censitaires.

Par devant Daniel Normandin, notaire à Champlain, le 15 juillet 1707, François Poisson, nouveau seigneur de Gentilly, concède à Jean Pépin et à Michel de Bi'lly, beauxfrères, une terre de six arpents. Il est dit dans l’acte que Michel de Billy demeure à Champlain. Eist-ce là simple formule ou réalité? Il est possible que Michel eut sa résidence à Champlain, à cause de sa femme, mais je ne vois pas que la famille de son père fut ailleurs qu’à Gentilly.

La carte cadastrale de 1709 ne montre pas de terre sous ,'e nom de Billy à la côte nord. Par contre, il y en a deux marquées “Billy” à Gentilly.

Jean-François de Billy fut inhumé à Champlain le 1er février 1716, quelques jours avant l’ouverture du registre de la paroisse de Bécancour. Le 20 'de ce mois de février est

4. Veuve de François Aubuchon ; elle décéda le 17 mai 171S. Michel de Billy épouse en secondes noces, le 14 juillet 1719, à Sainte-Anne de la Pérade, Marg-uerite-Remée B reillac dit Laroche, et, en troisièmes noces, le 1er mars 1729, Marie- Jeanne Rouiltard.

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inscrit à Champlain, le baptême de Joseph, fils de Jean- François de Billy dit Courville et de Marguerite Vien. Ce Jean-François était fila de Jean-François qui venait de mourir. Le surnom de Courville qui figure ici, appliqué pour la première fois en Canada à la famille de Billy, était d'ancienne date chez des BillyT de France. Il y avait aussi à Québec depuis 1654 au moins, une famille Cadieux dit Courville, totalement étrangère aux Billy. A Québec, un autre Billy dit Léveillé, était venu du Poitou vers 1712, peut-être avant 1700.

Les actes de baptême, mariage et sépulture des Billy de Gentilly, continuent à prendre place au registre de Champlain jusque vers la fin du siècle, sauf que, en 1740, une branche (5) commença à se faire enregistrer à Bécancour. Le nom de Courville est parfois seuil mentionné. Dans un acte du notaire Trottain, en 1718, il est dit que Michel de Billy demeure à Gentilly.

Catherine-Marguerite de la Marche, veuve de Jean- François de Billy, fut inhumée à Champlain en 1731. Dans l’aveu et dénombrement du fief de Gentilly, en 1731, il y a deux censitaires répondant aux noms de Jean et Michel Billy.

Le registre de Saint-Pierre-les-Becquets fut ouvert en 1735; celui de Gentilly en 1784, seulement. Il y avait donc cent cinq ou cent six ans que la famille Billy était obligée de dresser ses actes religieux dans un autre endroit que celui de sa résidence.

En 1781, dans la seigneurie de Champlain, on rencontra trois propriétaires de terrains portant les noms de Jean, René et un autre Jean Bailli. C’est plutôt Billy, car Bailli est inconnu dans l’histoire du district des Trois-Rivières

5. Celle de Joseph, fils de Jean-Baptiste; aussi son frère François.

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La 'lignée que je vais indiquer en quelques mots a toujours vécu à Gentilly, d’après ma conviction: Michel, né en 1672, eut un fils appelé aussi Michel, né en 1726, lequel épousa Charlotte Perrot dit Tiurbal et en eut un fils, Michel, né le 24 mars 1747. Ce troisième Michel marié à Marie- Louise Duclos dit Carignan, fut le père d’Antoine, qui naquit le 5 septembre 1780. Du mariage de ce dernier avec Angèle Auger, le 8 janvier 1805, est né Salomon, le 16 février 1807, et le fils de celui-ci, né en 1834, fut l’honorable Louis-Adolphe de Billy, ancien juge dé la Cour (Supérieure de la province de Québec.

Les recherches de M. Oscar de Poli ne parviennent pas à relier d’une manière indiscutable les Billy de l’Ourcq aux Billy du Canada, mais elles donnent lieu à des présomptions assez plausibles, par exemple 'les noms de Billy, 'Courville, De la Marche, qui se rencontrent à Gentilly. La particule nobiliaire, parfois accolée au nom de la famille canadienne dans nos archives est' digne de remarque. A tout prendre Jean-François de Billy devait être un cadet peu avantagé sous le rapport (de la fortune, qui voulut se créer une existence en Canada au lieu de végéter dans son pays, natal'. C’est l’histoire de bien des braves gens auxquels nous devons l’établissement et le maintien de cette colonie car elle est fille des “habitants” et ne doit à peu près rien aux maîtres de la France. J’éprouve autant de plaisir à retracer les origines des hommes de cette classe que d’autres comme M. Oscar de Poli, qui nagent 'dans les parchemins armoriés et remettent au jour des titres pompeux ensevelis sous la poussière du temps. Grâce aux travaux de Mgr Tanguay, chacun de nous possède la connaissance de sa généalogie et peut remonter à deux cents ans pour le moini», tout ainsi que la noblesse d’autrefois, car il était rare de

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voir nue famille de premier rang qni fut en état de prouver sept ou huit générations de sa lignée directe. Etudier nos origines, c’est faire oeuvre nationale sans caresser aucunement le sot orgueil des individus1. Celui qui remonte la chaîne de ses ancêtres retrempe à la fois son courage et son patriotisme; il lui semble qu’il a sa place dans les anna/les du passé; un souvenir agréable se mêle à ses méditations et, fier de tout cela, il lutte avec plus de vigueur contre les embarras de la vie. Conservons la mémoire de ceux qui ont fait pour nous plus que nous ^accomplirons peut-être pour la postérité. Un bon fils n’oublie jamais ses parents et les nôtres valent toute notre considération; c’est pourquoi il y a double motif à parler d’eux.

Plus on étudiera ce qui concerne en particulier une famille d’habitant — n’importe laquelle — plus on comprendra notre histoire. C’est la connaissance des miettes qui nous manque pour juger les choses et les voir. Les écrivains de France et d’Angleterre sont aujourd’hui largement adonnés à ces “minuties” dont l’étude fait surgir mille révélations dont la “grande histoire” n’a pas daigné nous entretenir.

POMPE A FEU AUX TEOIS-EIVIERES

POMPE A PEU AUX TEOIS-EIVIERES

Dernièrement, ans Trois-Rivières, je me suis égaré dans la saEe des archives de la municipalité. Il y avait une semaine toute entière que personne ne m’avait coudoyé sur les trottoirs et, comme (l’on ignorait très généralement ce que j’étais devenu, l’émoi était grand — je vous prie de le croire — parmi les six mille habitants de toutes tailles qui composent ma ville natale. Seule ma famille, qui me faisait passer clandestinement mes rations de solide et de liquide, persistait à ne pas vouloir s’alarmer, ce qui fut cause que lors de ma rentrée en plein air, il n’y eut probablement aucune démonstration publique à mon sujet, du moins je m’en rapporte aux journaux de la localité qui sont restés sourds-muets sur ce point.

La chose, pourtant, en eut valu la peine. X’importe ! mon sort est celui de plus d’un découvreur, et cette pensée m’a suffi. Je vais analyser un petit vieux cahier, jauni, racorni, tombant en loques, mais parfaitement Tédigé, que j’ai exhumé de dessous un amas de paperasses indescriptibles.. Depuis si longtemps qu’il était ainsi relégué aux limbes de ce monde, personne autre que M. le secrétaire Frigon, gardien des archives1, n’a dû le voir, et encore moins le lire. Il est donc nouveau à force de vieil- Jesse. Ah ! par exemple, si vous vous attendez à ides révélations extraordinaires, vous n’y êtes plus, lecteurs. “Le vieux peut quelquefois n’etre pas vraisemblable,” cependant vous n’y trouverez rien qui soit de nature à vous causer des émotions bien vives. Mon récit brillera surtout par la naïveté du sujet et la vérité de l’ensemble historique.

POMPE A FEU AUX TEOIS-EIVIEEES

Si tous n’avez pas toujours habité les grandes villes, où la science moderne met aux mains du premier venu, pour ainsi dire, le puissant secours des aqueducs, vous avez pu assister à l’une de ces scènes d’épouvante, aux épisodes navrants, que présentent les incendies dans les gros villages et dans les petites villes.

Le tocsin, qui ne s’était pas fait entendre depuis des mois, parfois depuis des années, le tocsin tinte lugubrement au milieu de la nuit ses appels précipités ; quelques voix épeurées s’élèvent de place en place, elles crient au feu! comme elles crieraient l’arrivée de l’ange exterminateur ; éveillé en sursaut, l’habitant, glacé de surprise, aperçoit un coin de firmament rougi par la flamme du malheur qui frappe un de ses amis. En dix minutes, toute la population est sur pied, assez inutilement, hélas ! car, le plus souvent, il n’existe aucun moyen de contrôler la marche du fléau. Le curé accourt, exhorte les travailleurs et paye de sa personne; les femmes prient et recueillent leurs malheureuses compagnes privées soudain de leur foyer; on vide les maisons avoisinantes, puis, sauf quelques seaux d’eau jetés par le désespoir sur l’inexorable brasier, le reste est abandonné à la volonté de Dieu. Lambeau par lambeau, tison par tison, disparaît tout ce qui se trouve à portée de la flamme. La ruine s’installe ainsi dans tout un quartier, sous les yeux mêmes des pauvres victimes, incapables de s’en défendre et condamnées à voir périr le fruit de bien des travaux, l’objet de bien des espérances. Sur les cendres fumantes de leurs logis, vous les voyez errer durant plusieurs jours, sans but, ©ans courage et comme anéanties en elles-mêmes. Elles sont offertes en spectacle à la population qui plaint leur misère en songeant que d’un moment à l’autre la Providence peut en ordonner pareillement de chacun de nous.

POMPE A FEU AUX TROIS-RIVIERES

Peu à peu la. plaie se cicatrise. La charité s’adjuge une large part des consolations nécessaires. L’indifférence, un instant supplantée, reprend son empire universel. Le souvenir des souffrances d’autrui s’efface vite du coeur de l’homme ; chacun se contente de son lot et sait le trouver bien autrement digne de pitié que celui de son voisin. Du sinistre qui a mis au jour tant de sympathies, il ne reste qu’un chapitre succinct, destiné à aller grossir le livre des légendes écrites dans la mémoire des vieillards du canton.

Il naît de ces catastrophes, qui passent sans laisser de traces durables chez le peuple affairé des centres populeux, une spécialité d’illustrations que l’on serait tenté de mettre en ligne avec les fameux volatiles du Capitole romain (1). Ignorées du moment qu’elles ne s’attachent pas à des oies, ces réputations appartiennent à ceux qui ont eu la fortune de figurer, fut-ce à titre de sonneur de cloches, dans les incendies mémorables du hameau. J’ai connu un ancien, choyé, estimé et vénéré à l’égal d’une relique vivante, parce qu’il avait vu poindre la première bouffée de flammèches à travers

1. Le Capitole était une citadelle érigée sur le mont Tarpéien, l’une des sept collines de Rome. C’était le centre de la vie religieuse des Romains et le lieu de réunion des .assemblées politiques. Lors de la prise de Rome par les Gaulois, le Capitole, où s’étaient enfermés le sénat, les magistrats, les religieux et près d’un millier des personnes les plus en vue de la ville, fuit assiégé durant sept mois. Les Gaulois faillirent s’en rendre maîtres par une attaque audacieuse. Par une nuit obscure, ils montèrent jusqu’aux pieds des ramparts ; ils atteignaient les créneaux quand, tout-à-coup, des oies qui se trouvaient dans la forteresse investie, réveillèrent par leurs cris, les assiégés sans défiance, ce qui leur permit de repousser cet assaut.

On rappelle les oies do Capitole à propos des personnes qui contribuent d’une façon indirecte ou inattendue à quelque action importante. Ce fait historique se prête aussi aux allusions plaisantes.

POMPE A FEU AUX TROIiS-RIVIERES

la toiture du couvent des Ursulines des Trois-Rivières, en l’an 1806 (2). Hâtons-nous de dire que sa gloire fut, dans la suite, balancée par celle du porteur d’eau qui en avait versé les premières gouttes sur les poutres enflammées. Exemple frappant, si vous voulez, du peu de fonds que l’on doit faire sur la faveur publique.

Aux deux-tiers du dix-huitième siècle, lorsque la ville des Trois-Rivières renfermait à peine cinq cents habitants groupés sur de terrain qui commence à l’église paroissiale pour se terminer au couvent des Ursulines, la principale préoccupation intérieure des citoyens zélés consistait à découvrir un préservatif contre les incendies, et partant mettre leurs résidences et leurs familles à l’abri d’un visiteur si redoutable. Aujourd’hui, nous ririons bien des tourments de ces braves gens, nous, enfants gâtés d’un siècle éclairé au gaz et au pétrole, servis par des prévôts d’incendie, des pompes à vapeur, des aqueducs, des compagnies d’assurances, et que sais- je encore! II n’en pouvait pas être ainsi autrefois, bien que le courage et l’initiative ne manquassent point à nos pères. C’est en se pénétrant d’abord de l’esprit, des moeurs et ides besoins du temps que l’on en vient à suivre avec intérêt les détails infiniment petits d’une organisation humble autant que dévouée: celle des compagnies du feu. Nous ne nous sommes pas trouvés tout à coup, un beau matin, pourvus du confort et de la sécurité qui régnent parmi nous. Les choses ont toujours un commencement. Il fut un temps assez rapproché de nous où le nom d’une compagnie de pompiers était parfaitement inconnu. Lorsqu’après un incendie le peuple demandait à

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