LA RÉSIGNATION
Et moi je naquis aussi dans l'Arcadie; et la nature, à mon berceau, me promit aussi le bonheur^ et moi je naquis aussi dansl'Arcadie; cependant un rapide printemps ne m'a donné que des larmes.
Le mois de mai de la vie ne fleurit qu'une fois, et ne revient plus. Il est flétri pour moi. Le dieu du silence... hélas! pleurez, amis... le dieu du silence a retourné mon flambeau vers la terre , et la clarté a disparu.
Formidable éternité ! me voici déjà sur ton seuil ob-
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scur : reçois ma lettre de eréance sur le bonheur; jeté la rapporte sans avoir brisé le cachet. Je ne sais rien de la félicité.
Je porte mes plaintes devant ton trône , ô reine voilée! Sur notre planète, courait un bruit consolant; on disait que tu régnais ici avec les balances de la justice, et que tu te nommais Rémunératrice.
Ici , disait-on , l'effroi attend les méchans , et le bonheur est réservé aux bons. Tu dois dévoiler les replis du cœur; tu m'expliqueras les énigmes de la Providence-, et tu tiendras compte des souffrances.
Ici s'ouvre une patrie pour les bannis; ici se termine le sentier épineux de la patience. Une fille des dieux, qu'on m'a nommée la Vérité , que peu connaissent, que beaucoup évitent, soumit ma vie à un rude frein.
Je t'en tiendrai compte dans une autre vie , donnemoi ta jeunesse. Je ne puis rient'offrir que cette créance. Je pris cette créance sur une autre vie , et je lui donnai ma jeunesse.
Donne-moi la femme si chère à ton cœur, donnemoi la Laura; par-delà le tombeau, je te paierai avec usure. Je l'arrachai sanglante de mon cœur déchiré , je sanglotai , et je la lui donnai.
Va réclamer ta créance sur la mort, disait le monde avec un rire dédaigneux; la trompeuse aux gages des
despotes t'a présenté Tonibre au lieu de la Vëritë ; tu n'auras rien quand cette apparence s'évanouira.
La troupe envenimée des railleurs déployait librement son esprit. Trembles-tu donc devant une opinion qui n'est devenue sacrée qu'en vieillissant? Que sont les dieux, sinon la solution adroite et supposée d'un système du monde mal conçu : solution que l'esprit de l'homme a empruntée de la nécessité de l'homme.
Que signifie l'avenir que nous couvrent les sépulcres ."^ et l'éternité que tu étales si pompeusement? Elle est respectable seulement parce qu'un voile la couvre. C'est l'ombre gigantesque de notre propre terreur, réfléchie par le miroir grossissant de notre conscience troublée.
Ce que, dans le délire de ta fièvre, tu nommes immortalité est une copie mensongère des formes de la vie : c'est la momie du temps, conservée par le baume de l'espérance , dans la froide demeure du tombeau.
Quant à l'Espérance... elle est convaincue de mensonge par la destruction. Et tu lui sacrifies des biens assurés ? — Depuis six mille ans la mort se tait ; quelque cadavre s'est-il donc levé du tombeau pour donner nouvelle de ta Rémunératrice?
Je voyais le Temps s'enfuir vers tes rivages. Abandonnée de lui , la nature n'était plus qu'un cadavre flétri-, et aucun mort ne se levait de son tombeau ; et je me confiais au serment de la déesse.
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Je t'ai sacrifié toutes mes joies ; maintenant je me jette devant le trône de ta justice. J'ai bravement méprise les railleries des hommes; je n'ai estimé grands que tes seuls trésors. Rémunératrice , je demande ma récompense.
J'aime mes enfansd'un égal amour, cria un invisible génie; deux fleurs, cria-t-il... écoutez bien, enfans des hommes.... deux fleurs croissent pour celui c[ui sait les trouver. Elles se nomment : l'Espérance et la Jouissance.
Celui qui cueille une de ces fleurs ne doit pas exiger l'autre. Qu'il jouisse, celui qui ne peut pas croire! Cette loi est éternelle comme le monde. Qu'il sacrifie, celui qui peut croire! L'histoire du monde, voilà le jugement du monde.
Tu as espéré ! tu as eu ta récompense. Ta foi a été la compensation de ton bonheur. Tu pouvais le demander à tes sages ! Ce que l'homme n'a pas accepté de la minute , l'éternité ne peut plus le lui restituer.
Il y a quelque chose de douloureusement bizarre dans ce sentiment qui se révolte contre l'accomplissement du devoir ; il craint que ce ne soit une sublime mystification ; il voudrait avoir la certitude de faire un calcul profitable; reconnaît cependant que l'homme porte en lui-même cette loi nécessaire; avoue que la pkis noble jouissance est de la connaître , de la sui-
vre , et se rattache à la vertu , même en la regardant comme une duperie. Dire : " L'histoire du monde, voilà le jugement du monde » ^ ou en d'autres termes : « Ce qui a été a été, et tout est fini par-là » : c'est assurément nier la Providence et la morale. Mais professer en même temps le culte désintéressé de la vertu, c'est rapprocher, s'il est possible, le scepticisme de la foi -, c'est la révolte d'un cœur religieux contre une funeste erreur de l'esprit. Une autre des poésies de Schiller, intitulée : le Combat, étaitVexpression plus amère encore et plus blasphématoire de cette erreur. Mais il ne s'en trouve que quelques strophes dans les éditions des œuvres de Schiller. Il a senti le besoin de ne pas laisser subsister cette trace d'une maladie qu'il était parvenu à guérir.
Ce fut dans cette retraite profonde qu'il acheva don Carlos, commencé depuis quatre ans. Les lettres qu'il a publiées pour expliquer l'intention de sa tragédie montrent quelle était pour lors la direction de ses idées ; lui-même indique la révolution morale qui commençait à s'opérer en lui ; nulle analyse ne la ferait aussi bien connaître. On retrouve encore dans don Carlos le penchant à l'exaltation et à la subtilité scolastisque, le mépris pour les lois positives, l'amertume satirique et exagérée dans la peinture des personnages qui en sont les représentans , l'apothéose de la morale des passions 5 mais en même temps cette morale des passions a pris un caractère plus élevé et plus pur 5 le coloris est devenu plus doux ^ le goût pour les
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situations déchirantes et atroces a disparu • le langage poétique a banni l'emploi inutile et affecté des détails vulgaires.
Les Lettres sur don Carlos se font surtout remarquer par un ton de bonne foi , par un désir sincère de sa propre amélioration, par une franche tendance vers le bien. Comme défense d'une œuvre dramatique , elles sont certes bien éloignées de nos habitudes d'esprit ; nous sommes tentés de sourire plus d'une fois de tout cet appareil de théories morales destinées à interpréter des intentions dramatiques. Il est pourtant curieux de voir, dans ces esprits allemands , à la fois philosophiques et poétiques , abstraits et passionnés, rêveurs et énergiques , quel est le cours des idées 5 on parvient ainsi à se mettre sur leur terrain , à les mieux juger, à se faire une idée plus juste de l'atmosphère où ils vivent, et de tout Tensemble de la littérature allemande. Une des lettres qui porte le plus le caractère de candeur et d'illusion d'un homme qui vit en société avec ses pensées seulement, c'est celle où Schiller démontre que le marquis de Posa , loin d'être abstrait et rêveur, comme on serait tenté de le croire au premier coup d'œil , est un homme très-positif, rempli de pensées pratiques, dont les torts viennent même de là. Or, le point par lequel le marquis de Posa est si terrestre, ce que Schiller nous représente comme le résultat de son caractère dominateur et intrigant , c'est d'avoir proposé à Philippe 11 la constitution des Cortès , ou quelque chose d'approchant.
Don Carlos e\\i\e plus grand succès. C'est peutêtre encore la pièce de théâtre dont les Allemands s'honorent le plus. Leur enthousiasme a gagné en Europe : don Carlos a été traduit en anglais plusieurs fois, et présenté comme un chef-d'œuvre ^ en France , M. de Marnésia en donna une traduction , il y a vingt ans , et l'accompagna d'une préface et de notes qui sont de véritables hymnes en l'honneur de Schiller et de sa tragédie. En vain les critiques les plus éclairés et les plus spirituels de l'Allemagne ont-ils fait remarquer que rintérêt dramatique disparaissait sous les dissertations des personnages : que ce drame se trouvait par-là changé en une suite de dialogues moraux et politiques \ que les motifs ont une subtilité qui échappe même à un examen attentif 5 que le ton est habituellement emphatique et exagéré. Ni Wieland, ni M. Schlegel, dont le jugement est presque textuellement répété ici, n'ont ébranlé l'opinion commune de l'Allemagne; ce qui prouve du moins que don Carlos se rapporte au caractère de la nation pour laquelle il a été fait.
Schiller fut plus sévère ; de toutes ses pièces , don Carlos est celle qu'il a le plus changée, non pas dans son ensemble, ni dans sa couleur générale : car il eût fallu la refaire et la concevoir d'une autre manière ; mais les détails qu'il a retranchés ou modifiés font voir qu'il s'était dégoûté de plus en plus du ton déclamatoire. Il est plaisant de remarquer comment tel passage paraissait admirable au traducteur français, tandis que l'auteur le désavouait en le retranchant. Cependant il
n'a pas été hors de propos de parler de ces corrections à nos lecteurs , c[iii probablement ne se seraient pas doutés en lisant la pièce , telle qu'elle est encore restée , qu'elle avait pu être posée sur de plus hautes échasses.
Le grand artiste dramatique se découvre à travers tous ces défauts. Le talent de créer des personnages, de leur donner la vie par son imagination, d'inventer des situations frappantes , et de les présenter dans tout leur etfet , est encore plus sensible dans don Carlos que dans les premières pièces de Schiller.
Le rôle de Philippe II annonçait déjà le talent qui plus tard distingua Schiller. Déjà l'on peut admirer cette grande connaissance du cœur humain, cette impartialité qui sait retrouver dans tous les caractères leurs contradictions intérieures -, qui fait qu'une peinture n'est plus un jugement porté du dehors, mais la résurrection d'un être vivant. Quelques années plus tôt , Schiller eût fait de Pliilippe II un tyran sur lequel il eût accumulé toute sa haine pour la tvrannie. Ici elle n'est pas moins odieuse, mais elle est mieux connue. Il y a presque de l'intérêt sur ce vieux despote -, l'auteur a su nous faire pénétrer dans son âme , et nous montrer que les sources du bien et du mal s'y trouvaient comme dans toutes les âmes humaines. L'orgueil de se croire d'une autre nature que les autres hommes y est , avec une grande profondeur, présenté comme le principe de sa dépravation et de son triste isolement. C'est la pensée principale du rôle, et le poète a dû eu
tirer aussi le châtiment de Philippe. « Il y a clans la tombe un homme qui m'a reiusé son estime , » est assurément un mot admirable dans cette situation. Là, vient échouer toute la puissance et tout l'orgueil du despote.
On a admiré avec raison la scène du grand -inquisiteur et de Philippe. Quand on voit entrer ce vieillard décrépit, aveugle , étranger jusque-là à l'action, et ce roi des deux hémisphères , si absolu , si nourri de sa propre grandeur, trembler devant lui , comme un enfant devant son maître , l'imagination est saisie tout à coup d'effroi et de grandeur par cette espèce d'apparition. Elle est le symbole d'une ]missance mystérieuse, souveraine , qui règne par l'opinion , qui d'un signe soumet toutes les autres forces, et impose silence à l'humanité.
Après avoir dit combien le marquis de Posa était loin de la vérité historique , combien son exaltadon était abstraite et pompeuse, on ne peut disconvenir que souvent on est entraîné par la noble chaleur, si ce n'est du personnage, au moins du poète. Tout l'essor d'une belle âme se découvre dans les rêveries et les illusions de son enthousiasme.
Après que don Carlos fut achevé et publié , Schiller se rendit à Weimar. Le duc de Saxe-Weimar, à qui deux ans auparavant il avait lu les premiers actes de don Carlos , lui avait donné un titre de conseiller intime. M. de Wollzogen , ancien compagnon de ses
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études, se trouvait établi près de ce prince; Herder et Wieland étaient déjà fixés à cette cour, qui, pendant beaucoup d'années, a été le centre de tout ce que la littérature allemande a eu de plus distingué; Goethe, qui y tenait le premier rang, et par sa renommée et par la faveur particulière dont l'honorait le duc de Weimar, était à ce moment absent, et voyageait en Italie. Schiller aurait pu sans doute se fixer dès-lors dans cet heureux séjour, où des hommes si remar(juables étaient réunis, bien ])lus par un accueil bienveillant, et pnr le goût véritable du souverain pour leur espi'it , que par la protection pesante du pouvoir. Mais Schiller avait encore dans le caractère une agitation et une inquiétude superstitieuse pour son indépendance , qui ne lui permettaient point de prendre son assiette et d'engager sa vie. Il passa quelques mois seulement à Weimar; c'est là qu'il publia ses premiers ouvrages historiques. 11 fit ensuite diverses courses en Saxe et en Franconie. Ce fut dans un séjour à Rudolstadt qu'il s'attacha à la famille de Langenfels, où il fut reçu avec beaucoup de bouté, et à laquelle, deux ans après, il appartint de plus près.
Pendant toute cette époque , Schiller mena sans doute une vie fort laborieuse; il fit paraître non-seulement V Histoire de la révolte des Pays-Bas et le premier volume du Recueil des rebellions et conjurations célèbres , mais une foule dessais historiques et critiques qui furent insérés dans des journaux ou des recueils. Il continua à faire paraître la Thalie ;
il prit part à la rédaction du Mercure Germanique , où furent insérées les Lettres sur don Carlos. II fut éditeur de quelques ouvrages dont il fit les préfaces. Le l^isioTinaire fut aussi composé à peu près vers le même temps -, et sans doute , il avait travaillé à V Histoire de la guerre de Trente ans, car elle parut peu après.
Le goût de Schiller pour le théâtre avait fait place à une grande ardeur pour les études historiques. Ce c[u'il y a de remarquable , c'est qu'il n'y apporta point le génie dramatique, qu'il ne chercha point à s'introduire dans l'esprit de chaque siècle , à faire concevoir comment les choses s'y passaient , à expliquer ou plutôt à peindre l'effet contemporain des événemens sur les hommes, à se faire citoyen des pays et des époques qu'il voulait retracer. Il n'eut point cette impartialité que donne l'imagination , qui consiste à se transporter dans chaque personnage, dans chaque intérêt, dans chaque opinion, et à se fier au sentiment moral du lecteur qui saura tirer du spectacle de l'univers , sincèrement reproduit , des conclusions conformes à la justice et à l'humanité. Schiller appartient tout-à-fait a l'école historique du dix-huitième siècle. Il écrit pour examiner les événemens du passé , plutôt que pour les raconter; il se fait spectateur;, en restant dans son propre point de vue. Les faits lui sont un argument , comme ils l'ont été et le seront à tant d'autres , qui ne s'aperçoivent pas que ces auxiliaires infidèles ont successivement été revêtus de toutes les couleurs et ont servi toutes les causes.
Le succès de V Histoire de la guerre de Trente ans fut grand et s'est soutenu. Cette époque est chère aux Allemands 5 elle est pour eux un âge héroïque. C'est le berceau sanglant de la Réformation , le point de départ d'une nouvelle ère de la civilisation. Schiller l'a peinte avec chaleur et rapidité; il mérite le rang distingué qu'il a oljtenu parmi les historiens philosophiques. Mais on retrouve encore dans sa manière quelque chose de pénible et de tendu 5 on lui a reproché aussi de ne pas avoir fait assez de recherches, ni consulté assez de documens originaux et authentiques. Il travaillait vite -, d'ailleurs, lorsqu'on cherche dans l'histoire la démonstration de son opinion , le but est , pour ainsi dire , déjà atteint avant que l'ouvrage soit commencé.
La Guerre de Trente a?is a été traduite plusieurs fois en français , avec exactitude et élégance. Une traduction de la Révolte des Pays-Bas a été publiée depuis.
Le Visionnaire est une nouvelle qui n'a jamais été achevée. A cette époque , le doute et l'incrédulité avaient ramené , dans quelques esprits faibles et avides d'émotions , des superstitions dignes des siècles d'ignorance. Ne pouvant se passer de croyance et de mysticité , l'esprit humain s'en allait en quête des plus grossières absurdités ; après avoir dédaigné et repoussé la foi qui console, il recherchait la foi qui épouvante. Cette tendance a été peinte par M. Cons-
tant avec la finesse et le talent qui le caractérisent, dans l'article Bninswick , de la Biographie universelle. C'était surtout parmi la race oisive des princes et des courtisans , que se manifestait ce besoin de duperie qui donna alors tant de vogue à des imposteurs et à des thaumaturges. Le contre-coup se fit sentir jusqu'en France, où le train du monde et les distractions de société rendaient cependant le vide de l'âme et de l'esprit moins difficile à supporter. Les prestiges de Cagiiostro vinrent réveiller des imaginations blasées et désennuyer des gens dégoûtés de tout. Schiller , dans le Visionnaire , a peint avec une extrême finesse cette disposition d'esprit. On y voit une succession d'aventures bizarres, entièrement conformes à tout ce qu'on racontait alors de cette nouvelle rejîrise de magie ; elles sont rapportées de manière à agir sur l'imagination et à exciter la curiosité. On est sans cesse dans le doute de savoir si elles peuvent s'expliquer par des moyens naturels, ou ci l'auteur a voulu se placer dans la sphère fantastique du merveilleux. Au moment où l'on croit que toutes les illusions ne sont qu'un escamotage , tout-à-coup un nouvel incident rejette le récit dans le surnaturel. Comme le roman n'a jamais été fini , il a généralement passé pour une énigme sans mot 5 il en a toute l'apparence. C'était en effet la manière la plus piquante de se jouer d'un tel sujet. C'était traiter le lecteur comme les faiseurs de tours traitent leurs spectateurs, qui veulent la surprise , et qui s'ennuieraient de savoir les moyens qu'on emploie. Cependant Schiller prétendait toujours qu'il
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avait eu l'intention de finir le Fisionnaire ; et il lui est arrivé plus d'une fois , dit-on , d'en raconter la fin d'une manière plausible et intéressante.
Quelques poésies de Schiller datent aussi de cette époque. Les Artistes sont une sorte de poème didactique , où les arts et le sentiment du beau ont inspiré à l'auteur une verve noble et heureuse. Les dieux de la Grèce sont une comparaison plus morale encore que poétique du paganisme et de la vraie religion 5 les dernières stances n'ont été imprimées que récemment : elles sont encore l'expression des sentimens qui troublaient si tristement Schiller 5 c'est toujours ce même reproche à la Providence de ne point lui avoir donné de certitude. Schiller ne dit point à Dieu , comme l'esprit fort , dans Voltaire ;
Je soupçonne , entre nous , que vous n'existez point.
Mais, avec une profonde amertume, il s'adresse ainsi à lui, en comparant les deux religions :
« OEuvre et Créateur de l'intelligence humaine, donne-moi des ailes pour arriver jusqu'à toi 5 — ou bien, retire de moi cette déesse sérieuse et sévère qui me présente sans cesse son miroir éblouissant; rends-moi son indulgente sœur, et que celle-ci soit réservée pour une autre vie. »