‹ Mélanges historiques et littéraires (volume 3)Chapitre 25 sur 36 · VENISE SAUVÉE · texte numérisé non relu

VENISE SAUVÉE

« Vers le milieu de mai 1618 , on vit plusieurs Iiom- « mes inconnus pendus aux gibets de la place Saint- « Marc ; le lendemain on en vit encore d'autres , et en « s'enquérant on sut que presque tous étaient des « étrangers. On apprit aussi qu'il y avait beaucoup « d'arrestations ', on parlait de plusieurs centaines de « personnes jetées dans les cachots du conseil des Dix , « de procédures commencées , d'exécutions noc- <( turnes : des Indices certains ne permettaient pas « de douter ([ue beaucoup d'hommes n'eussent été « noyés dans les canaux. Ou racontait qu'il avait été

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« fait des exécutions clans quelques places fortes : on « parlait tl'ëtranj^ers employés sur la flotte qui avaient « été poij^nardés , pendus , ou jetés à la mer.

« Tout à coup il se répandit un bruit que Venise « avait été menacée d'un grand péril , qu'il avait existé « depuis long -temps une conspiration pour livrer « cette capitale au fer et aux flammes, pour exter- « miner la noblesse , enfin ])our renverser la Réputé blique. Venise était dans l'indignation et la terreur ; « mais le conseil des Dix gardait le plus profond si- « lence : on ne le vit nullement em])ressé de faire « cesser la curiosité , ni même l'inquiélude populaire. « Impénétrable et muet , sûr de sa force , il ne dai- « gnait pas donner l'explication de tant de supplices, « et laissait l'imagination en exagérer le nombre et en (( cberclier la cause.

« Dans ces circonstances , l'ambassadeur d'Espagne

(c fut menacé par la populace. Il sortit de Venise avec

« (juehjue mystère , et le bruit s'accrédita cpie la

« conjuration qui venait d'être découverte avait été

« tramée par ce ministre, de l'aveu du cabinet espa-

(( gnol. Le gouvernement vénitien ne fit rien, du

« moins ostensiblement, pour détruire celte opinion,

«( ni pour la confirmer. Il laissa sou|)conner tout ce

« qu'on voulut, nonuner qui l'on voulut; et s'il diri-

« gea les soupçons, ce fut par des moyens qu'on

« ignore. Aucune pièce authentique ne fut publiée ,

<( ;mcun ('vénonKMit nntc^H'Mu* ne fournissait l'explica-

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