‹ Mélanges historiques et littéraires (volume 3)Chapitre 26 sur 36 · SUR VENISE SAUVÉE · texte numérisé non relu

SUR VENISE SAUVÉE

(( tion (le cette alfaire 5 aucun acte public, aucun l'ait

« postërieur, n'en révéla les causes ni les circon-

« stances. Cinq mois après , un décret du sénat or-

« donna des prières solennelles pour remercier la Pro-

« vidence d'avoir sauvé la République. »

Tel est le problème de barbarie et d'iniquité ({ue le despotisme du gouvernement vénitien a laissé à résoudre aux contemi)orains et à la postérité. L'imagination reste effrayée et accablée d'un tel mystère, d'un si complet et si impudent dédain de tous les sentimens de justice et d'humanité. Aucune conjecture , aucune exj)lication , ne ])roduit un aussi terrible effet que l'impossibilité de soulever ce voile sanglant. Le pouvoir que s'arrogent souvent (juelques hommes de disposer de la vie de leurs semblables pour calmer leurs in(|uiétudes, pour satisfaire leurs aversions, semble avoir pris ici le caractère d'une providence du mal, qui n'a pas à rendre compte de ses motifs, et se dispense même de nous faire connaître ses sophismes et ses mensonges. Réduire un tel sujet à se mêler aux combinaisons de l'art de nos tragédies , c'est évidemment l'amoindrir et le rabaisser.

Toutefois il est simple que la curiosité se soit portée à rechercher les motifs de ces sanglantes ]îrécautions^ mais les contemporains et les historiens n'avaient jus- (ju'ici proposé aucune conjecture tant soit peu vraisemblable. Le récit de la Conjuration ties Espagnols contre renise, par ral)bé de SaiiU-Réal , est resté ce-

lèbre plutôt comme un roman historique que comme une hypothèse appuyée de témoignages probables : c'est une œuvre de rhétorique pareille dans sa forme à diverses conspirations écrites dans le même temps , lorsque la Fronde avait mis les conspirations à la mode. La Conjuration de Fiesque , par le cardinal de Retz , la Conjuration de TValstein, par Sarrazin, avaient précédé celle de Saint-Réal , et , sans avoir le même intérêt dramatique, sans présenter de si beaux portraits , avaient aussi ol)tenu du succès.

C'est de nos jours que la première explication admissible a été proposée par M. le comte Daru , à qui nous venons d'emprunter le tableau frappant des circonstances qui seules apparurent aux regards du public. Il est impossible de rassembler avec plus d'érudition et de confronter avec plus de sagacité un plus grand nombre de documens et de pièces officielles. Nous verrons qu'en recherchant consciencieusement la vérité pour ellemême , l'illustre historien nous présente une supposition plus terrible et plus tragique que les conceptions plus ou moins factices de la littérature.

Dans cette hypothèse, le duc d'Ossuna, vice-roi de l'Espagne à Naples , mécontent de son gouvernement, cherchait à se rendre souverain indépendant. Il lui fallait, i)0ur réussir en cette entreprise et rendre le succès durable, obteuir l'appui de la France, du duc de Savoie et de la républii[ue de Venise ^ il lui fallait aussi un prétexte pour se former une année, non pas d'Espa-

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