LES CATACOMBES DE ROME
les catacombes , où Ton creusait facilement l'élroite demeure des morts , où ils étaient à l'abri des profanations, et où ils ne risquaient pas de rendre malsaine la terre des vivans. Lorsque ensuite les rites de notre reli£,àon eurent interdit la combustion des corps , les chrétiens placèrent aussi les restes de leurs frères morts dans les catacombes. Alors , devenant d'un intérêt plus général , elles s'emplirent plus promptcment j et cette ville de tombeaux se peupla chaque jour. Les chrétiens y célébrèrent leurs cérémonies funèbres , y placèrent parfois de saints emblèmes sur les sépultures ; mais il ne faut pas croire qu'ils y habitassent d'ordinaire , ni qu'ils y trouvassent asile pour l'exercice du culte. Les catacombes n'étaient pas un lieu secret ni caché -, les empereurs pouvaient fort bien savoir ce qui s'y passait : cependant il y a lieu de soupçonner que les funérailles chrétiennes s'y faisaient avec précaution et mystère. Les Actes des Martyrs rapportent qu'une fois un grand nombre de chrétiens étant rassemblés dans une galerie, on en fit combler les Issues, et qu'ils y périrent tous.
Peu à peu, le Christianisme se répandit à Rome, puis finit par y être protégé ; mais on ne cessa pas d'ensevelir dans les catacombes, qui étaient le cimetière public 5 seulement les tombeaux purent dèslors être ornés d'épitaphes et de peintures. Lors- ([ue , deux siècles après , les Iconoclastes intertiirent et persécutèrent la vénération des images , les arts allèrent chercher un asile religieux dans les cala-
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combes; des moines de Saint -Basile, qui avaient cultivé la peinture et qui avaient recueilli, non sans dcgénération , l'héritage de l'art antique , décorèrent des mausolées , peignirent des salles tout entières dans les souterrains. Par -là on peut suivre, par un fil non interrompu, l'histoire de la peinture dans sa décadence , et rattacher à l'art grec la brillante époque du xv'' et du xvi* siècle.
C'est ce genre d'indications qui nous ont semblé ])articulièrement curieuses dans le livre ([ue nous annonçons-, elles rentrent dans le cours d'études aux- ([ucllcs l'auteur ])araît s'être livré en Italie. Déjà il a piil)lié, il y a deux ans, un Catalogue de son cabinet ([u'il a composé de tal)leaux antérieurs à Raphaël , et dans lesquels on peut suivre les traces de l'art moderne jusque dans sa ])remière origine. Il y a retrouvé les grossiers rudimens de tous les caractères qui ont disijiigué depuis les écoles d'Italie dans leur splendeur.
Il y a un grand charme à observer les ébauches du génie de l'iiomme , lorsqu'il man([ue encore des moyens d'exécution , lorsque les préceptes de l'art n'existant pas, la pensée de l'artiste se laisse voira nu , naïvement et maladroitement exprimée. Il semble que le talent , mancpiant ainsi d'aide et d'habileté, a dû avoir je ne sais tpielle force native et inspirée, ([uand par liasard il a réussi à donner témoignage de lui. Les clicts-d'œuvre dans tous les genres sont le |)roduit heureux d'une pensée forte et de la connaissance des moyens de l'expri-
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mer 5 mais c'est la pensée, la conception première, qui est l'âme de ce corps ^ sans elle il n'est rien. Plus on va, mieux on connaît les règles de l'art-, on en fait le principe de l'instruction, le guide du jugement et dela'critique; c'est à leur observation qu'on s'attache 5 peu à peu, elles deviennent l'art tout entier ^ on est entraîné à prendre les moyens pour le but; et , à force de savoir et de pratique, il n'y a plus d'inspiration. Alors ceux qui cherchent dans les ouvrages de l'homme des impressions sympathiques et non ])as des occasions de juger, éprouvent quelquefois un penchant involontaire pour les productions de l'enfance des arts. Las de voir du métier et point de talent , ils prennent du goût pour le talent qui ne sait pas le métier. L'ennui de ce qui est factice et artificiel donne un charme tout particulier à ce qui n'est que vrai et naïf; on en aime jusqu'à l'écorce grossière ; elle semble constater l'éloignement où l'on était jadis des défauts dont on s'enorgueillit aujourd'hui.
Dans un temps où le principe des arts se dessèche dans sa?, racine , la critic[ue doit quitter sa férule , ses prescriptions minutieuses et sévères: elle n'a plus à guider les élans démesurés du génie , à noter ses erreurs involontaires ; il n'y a plus rien à réprimer que l'atfectation et l'exagération factice. C'est alors de la pensée des ouvrages d'art c[u'il faut s'occuper 5 c'est par-là qu'ils pèchent , non plus par la forme. A défaut d'insj)iration , l'artiste et le poète calculent et combinent des effets , et ils nen savent que trop dans cette
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ndiistrie. La critique devrait s'occuper à tracer la marche des arts , les circonstances qui les ont fait naître , qui leur ont imprimé tel ou tel caractère^ enfin, il lui faudrait chercher toujours à démêler le principe essentiel des belles productions, et ce qui a pu ai^ir sur Tâme de leurs auteurs -, c'est ainsi qu'ils doivent être imités-, les ressemblances extérieures, l'observation des règles , suivront d'elles-mêmes. La critique n'a plus d'intérêt que quand elle est l'histoire de l'art, et qu'elle reportera notre imagination vers les temps où régnait le talent dans sa force et sa simplicité.
L'auteur du ^ ojage dans les Catacombes a envisagé, sous ce point de vue , les monumens de peinture qu'il a rencontrés dans ces souterrains ; il y voit la transition qui a pu lier les fresques des bains de Titus aux fresques de Raphaël, On sait que la conformité des ornemens des Th(îrmes et du Vatican est un sujet de . surprise , puisque Raphaël n'avait pu voir les Thermes , ipii n'ont été découverts que depuis lui. La chose devient explicable par les Catacombes. Ce style d'ornemens s'était toujours perpétué^ les moines de Saint- Basile l'avaient emj^loyé , et leurs grossiers ouvrages ont été imités et embellis par Raphaël. L'auteur a de même retrouvé, dans le cimetière de Saint -Calixte, une fresfjue qui est , h ses yeux , le germe d'un des ouvrages les plus gracieux du Corrége , les En fans de la chambre de saint Paul à Jeanne.
On voit quel genre d'intérêt doit animer le voyage