‹ Mélanges historiques et littérairesChapitre 16 sur 25 · GUERRE DE LA PÉNINSULE · texte numérisé non relu

GUERRE DE LA PÉNINSULE

l'étranger, le soulèvement d'un peuple que n'enchaîne pas le bien-être de la civilisation, cette lutte irréffulière contre les mouvemens concertés d'une armée, cette invasion , où tous les avantages de la barbarie sont contre le conquérant , ont singulièrement excité la sympathie de l'historien. La sédition de Madrid, et surtout la belle défense deSaragosse , lui vont au cœur.

Il écrivait en 1 8 1 6 -, la présence des armées étrangères, les souvenirs de la double invasion , remplissaient son âme d'amertume. Sans le dire , il envie presque le désespoir des Espagnols , et regrette de ne pas avoir vu les Français se défendre derrière les ruines de leurs cités. Cette triste occupation de notre territoire fut un spectacle moins épique , peut-être , mais pourtant aussi grand et aussi noble, pour les esprits méditatifs , que la résistance populaire des Espagnols. La France, objet de tant de rancunes et de jalousies , se vit préservée parla puissance morale de sa civilisation , par sa compacte unité ; imposa à ses vainqueurs par une certaine force d'opinion , et fut ménagée comme la clef de voûte de l'édifice européen -, elle se montra redoutable , précisément parce que l'ordre n'y était pas troublé , et qu'on ignorait ce qui pouvait advenir, si on le bouleversait.

Tel est le caractère de la civilisation : elle perd les apparences pittoresques et poétiques des premiers Ages ; l'homme semble y diminuer -, les forces individuelles ne se font plus remarquer. Cependant une action puissaute et irrésistible est exercée 5 elle enveloppe et entraîne , tout invisible qu'elle est , les attaques ou les résistances. Comme elle rend faciles et promptes les II. 21

communications entre les hommes , elle établit, parmi les peuples , ces pensées communes et universelles contre lesquelles on ne saurait combattre avec énergie, qu'on ne se liasarde pas même à attaquer de vive force ; les opinions ont jeté racine au fond de ceux mêmes qui les détestent et sont armés contre elles : ébranlés dans leurs propres convictions, sans confiance en l'avenir, ils n'engagent point lutte contre la force des choses 5 ils ne trouvent pas courage à lutter contre cet insaisissable adversaire.

Au contraire, ceux à qui il est réservé de combattre avec pleine conviction , avec espérance , avec courage, ce sont les hommes qui servent d'organe à la pensée commune , qui sympathisent avec les impressions actuelles et vivantes , qui les comprennent et les expriment-, ceux-là sont la voix du peuple. Ils vivent avec gloire et meurent entourés de douleur publique : les uns, comme le général Foy, avec le chagrin de ne pas reposer un dernier regard sur l'accomplissement de leurs vœux les plus chers ; les autres, comme M. Canning, avec le regret de ne pas achever de leur main l'œuvre qu'ils avaient commencée, et que le siècle continuera.

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