SUR
M. DCCC. XXVIII
Un des points sur lesquels M. Cousin insiste le plus dans ses hautes leçons , c'est que la philosophie d'une époque en est toujours le résumé, qu'elle exprime et constate le degré où l'esprit humain est parvenu dans sa marche ; que l'aspect sous lequel l'homme s'observe et s'envisage est la marque assurée des besoins et des penchans de l'humanité à un moment donné. Cette vue elle-même est propre à notre époque de doute et d'incertitude, qui a imaginé de substituer ainsi l'idée de nécessité à l'idée de vérité. Autrefois, la philosophie se présentait avec moins de modestie^ elle croyait apercevoir et saisir les questions , non pas
SOUS un seul de leurs points de vue, mais dans leur ensemble; elle croyait les résoudre en elles-mêmes et pour tous les temps 5 elle se serait étonnée si elle eût supposé que sa solution n'était que l'expression abstraite et raisonnée des dispositions contemporaines du vulgaire.
Cette présomption pouvait être d'autant plus permise à la philosophie , qu'en général elle ne s'est pas présentée comme une dernière déduction , un résumé général des autres études humaines. C'est elle, au contraire, qui, presque toujours, les a précédées en date, leur a servi de guide, leur a tracé de nouveaux programmes , et a entraîné une sorte de révision de tout ce qui avait été professé avant le changement du système philosophique.
Ainsi, sans vouloir nier la complète harmonie de la métaphysique du xviii" siècle avec l'ensemble de la civilisation française, il n'en est pas moins vrai que c'est cette métaphysique qui a ouvert la marche et qui a enseigné aux sciences particulières sous quelle forme nouvelle elles devaient se présenter , en quel langage elles devaient se traduire. Les théories spéciales ont suivi la théorie générale , et l'on pourrait , comme nous faisons aujourd'hui pour toutes choses, démontrer que cela devait être ainsi. Toujours est-il qu'il est curieux et utile d'étudier cette transformation des connaissances humaines qui suivit presque immédiatement ce qu'on croyait avoir découvert sur leur origine, et cette domination souveraine d'une philosophie nouvelle sur tout le domaine de la science.
JNuUe conséquence n'était plus naturelle, plus né-
cessaire, qu'un changement correspondant de l'éducation considérée non- seulement dans ses principes moraux, mais dans sa plus simple pratique. En efl'et, si l'homme d'une philosophie n'est point l'homme d'une autre philosophie, si autres sont ses facultés et ses modes d'action, ne faut -il pas que l'éducation se propose une autre marche, et n'est-ce point par d'autres moyens qu'elle doit chercher à atteindre son but ?
Si rien ne vient que par nos sens , si nous ne sommes qu'un reflet du monde extérieur, si la statue, douée d'une vie qui n'est que le mouvement , reçoit l'intelligence par ses rapports avec les objets 5 si l'âme est créée, non par le Créateur, mais par la création, quel devient alors le devoir de l'instituteur ? On a remis entre ses mains une puissance active, mais neutre 5 capable d'exister, mais n'existant vraiment pas encore. Elle recevra tout du dehors ; de là lui viendront ses facultés diverses , ses penchans , ses croyances j de là elle déduira tout, même l'art de déduire. Ainsi, dans ce système , ce qui importe , c'est de disposer autour de l'enfant les objets extérieurs, de telle sorte qu'on produise sur lui le résultat qu'on veut obtenir. On ne laisse plus le cours ordinaire des choses amener devant ses yeux le spectacle du monde. L'éducation consiste à l'entourer d'un spectacle artificiel , à le faire vivre dans un monde de théâtre calculé pour produire telles ou telles impressions. Il n'y a rien en lui : conséquemment il faut tout faire arriver par ses sens : la raison , la justice, la religion. Telle est l'œuvre que Rousseau s'est proposée dans V Emile; puis , par un trait de génie qui lui est propre , et qu'on retrouve dans tous ses ouvrages ,
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arrive au terme de la carrière que son système lui a prescrite , il proclame que la route était vaine et impossible. Emile ne peut vivre dans le monde 5 de même que Julie n'a point étouffé son amour ni trouvé le bonheur^ de même que le Contrat social est une fiction inapplicable \ de même que l'égalité des conditions sociales est contraire à la nature humaine.
C'est que Rousseau a passé sa vie et enchaîné son génie dans un système de philosophie qui ne répondait point aux besoins de son âme , et oi^i il se débattait péniblement. Le sensualisme peut suffire à une société encore toute charmée du nouveau bien-être que lui donne le progrès de la civilisation , encore animée du désir d'échapper aux lois qu'on a long-temps imposées à son intelligence par voie d'autorité et d'habitude , et non par voie de persuasion. Une telle situation distrait et amollit les âmes. Elles ne cherchent rien en ellesmêmes, et vivent seulement dans un doux commerce avec le monde extérieur , c'est-à-dire avec toutes les circonstances où elles sont placées. Les phénomènes du dehors frappent seuls l'attention 5 et les phénomènes du dedans, les faits de la conscience, passent inobservés , inaperçus. Mais s'il vient à se rencontrer quelque âme sérieuse, solitaire, souffrante, elle se replie sur elle-même^ elle se sent une vie intérieure qui est la véritable -, elle aperçoit qu'elle n'est point l'œuvre des objets extérieurs, et que c'est elle, au contraire, qui les colore et les crée. La philosophie des sensations , d'où ne peut être déduite aucune loi morale, où la destinée humaine n'a ni origine ni but , refusait à Rousseau toute solution satisfaisante: elle le condamnail àtourner
dans un cercle douloureux et sans' issue. C'est alors que lui et d'autres , qui parurent après les Encyclopédistes , cherchèrent dans la sympathie et dans les passions la loi morale de l'homme. Cependant il ne pouvait résulter de ce point de vue aucun système nouveau , tant qu'on ne transportait pas le théâtre de l'obsei-vation dans la conscience elle-même, comme seul principe de connaissance et de certitude; tant que les faits de conscience ne devenaient pas les matériaux de la science.
Deux générations ont passé, et maintenant la philosophie procède d'une autre sorte 5 elle a pris un autre point de départ. Il lui a semblé qu'elle avait autre chose à observer que les relations des objets extérieurs avec l'âme, que leur action ne présentait qu'une question particulière, et même insoluble au fond, tant qu'on la considérerait comme unique et isolée. La philosophie actuelle cherche à dégager, dans chaque phénomène intellectuel , dans chaque pensée , ce (pii tient aux fonctions de l'âme , à son mode d'action , plutôt qu'aux matériaux fournis par le monde extérieur. C'est tout comme si , après avoir découvert le mécanisme de la respiration , on se fût d'abord occupé uniquement de l'influence de l'air sur la vie , et qu'ensuite on se fût avisé de rechercher les lois vitales d'après lesquelles une portion de l'air est assimilée à la matière animale; comme si, après avoir cherché ce qui produit l'excitation d'un organe , on voulait savoir sa contexture et ses fonctions.
Ainsi maintenant on reconnaît à l'âme des facultés diverses inhérentes à sa nature , exercées, mais non
formées par les relations avec le dehors ^ ou bien on recherche les lois de rintelligencc ; les idées nécessaires inhérentes à l'âme humaine , idées réveillées et non suggérées par les objets : idées générales et absolues dans leur essence, particulières et accidentelles quand les sensations leur font revêtir une forme qui semble venir du dehors.
Dans une telle philosophie , l'éducation doit évidemment se diriger par de tout autres principes. Elle prend une tâche plus noble , une destination plus élevée , des espérances meilleures , des moyens plus vrais , plus simples , plus sympathiques. Il ne faut plus aller chercher au dehors , tout est dans lame. L'idée du vrai , du juste , du bien , de l'utile , l'idée de Dieu , n'ont besoin ni d'être imposées par la mémoire et l'autorité , ni enseignées en résumant des impressions sensuelles ^ elles existent dans l'âme humaine dès qu'il existe une âme humaine. Il ne s'agit que d'enseigner à l'intelligence à s'apercevoir elle-même ; comme l'a dit un ancien : « Rentrez en vous-même , vous y trou- « verez les dieux. » Ces idées nécessaires n'y sont même pas comme simple aliment de l'activité intelligente ; elles portent avec elles , en elles , une conséquence qui est aussi instinctive qu'elles, le sentiment du devoir, la loi morale, qui attache une obligation à ce qui est vrai , à ce qui est juste , à ce qui est saint. De sorte que le problème de l'éducation consiste à mettre la loi morale en présence de la liberté humaine, à écarter les circonstances qui peuvent empêcher d'eu lire au fond de nous-mêmes les caractères sacrés.
Il est glorieux pour les mères que cette direction nouvelle de Téducation ait trouvé parmi elles leurs premiers interprètes. Madame de Rémusat, dans un ouvrage ([u'elle n'a pu achever, a la première reçu , comme par un noble instinct , cette influence d'une philosophie spiritualiste. Madame Guizot s'y est , comme nous l'avons indiqué , plus expressément rattachée dans les Lettres sur V Education.
Dans le livre que nous annonçons, respire de même un esprit supérieur et une belle âme. C'est aussi un livre tout sincère , tout personnel ; il a tout le talent que donne la conviction la plus intime. Il est écrit avec effusion et amour , et tout grave qu'il veut être , on y reconnaît à chaque page la femme et la mère. Le plan de madame Necker est plus vaste que le plan des autres ouvrages d'éducation. Cette plus grande étendue résulte de son principe même. S'il s'agit moins en effet d'enseigner les connaissances et les vertus que de diriger l'activité de l'âme et de développer ses convictions innées , alors la vie apparaît avec une complète unité. Le perfectionnement de la créature humaine , ses efforts pour atteindre au type moral qu'elle porte en elle-même , appartiennent à tous les âges. C'est par une division factice qu'on assigne un terme à l'éducation , qu'on laisse croire qu'il y a un jour où les études de l'esprit et la connaissance du devoir sont acquises , et qu'il ne s'agit plus que de vivre sur la provision qui a été faite. Cette division , qui n'a jamais rien de réel pour les âmes douées d'une grande activité , est funeste pour le vulgaire ^ elle s'oppose aux progrès de l'esprit ; elle fait dégénérer la morale et la
religion en observances extérieures , en accomplissement de règles apprises.
« Tout est éducation dans la vie humaine , dit maa dame Necker; chaque année de notre existence est tt la conséquence des années qui précèdent , la prépaie ration de celles qui suivent. Chaque âge a une tâche « à remplir pour lui-même 5 et si , à mesure que nous « avançons dans la vie , la perspective de la vie même « s'abrège devant nous , s'il paraît moins nécessaire de « se préparer pour une route toujours moins longue, (( il est un autre point de vue inverse de celui-là ; a il est un intérêt qui s'accroît avec les années. Moins tt il nous reste de temps à vivre , et plus aux yeux de « l'homme religieux chaque moment acquiert de yau leur. Celui qui vise à obtenir le prix de la course « sent, à mesure qu'il approche du terme, redoubler « son courage et son espoir. »
C'est ce qu'annonce en effet le titre même de d'ouvrage : Éducation progressive ou Étude du cours de la vie. Et combien un semblable plan est moral! Soumettant à la même loi l'instituteur et l'élève , donnant à tous deux la même tâche , les ramenant à l'égalilé de la condition humaine , rappelant à l'un qu'il porte en lui-même les vérités qu'il développe dans l'autre , toute l'éducation s'empreint d'un caractère de sincérité et de conviction. Elle emploie le plus doux et le plus eflicwce de ses moyens, la sympathie; elle encourage par l'exemple et par l'idée d'une route parcourue en commun. La vie entière de l'homme , considérée ainsi comme une marche constante vers l'amélioration morale , prend un aspect noble et animé ;
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toutes les circonstances deviennent progressives et se montrent avec un intérêt dramatique , si l'on peut ainsi parler dans un grave sujet. Cette même unité avait déjà animé un autre ouvrage de madame Necker. L'idée dominante de sa Notice sur madame de Staël est le progrès non interrompu vers l'accomplissement de la loi morale \ la vie considérée comme une longue éducation.
Il est cependant des divisions naturelles dans ce vaste sujet. Madame Necker le remarque , et c'est ce qui l'a engagée à publier, comme une portion distincte de son ouvrage, VEducatioTi de V enfance. L'enfant commence par s'ignorer lui-même 5 tout est en lui , mais tout y est confus et instinctif. Hâter la connaissance qu'il doit avoir de lui-même, éveiller en lui le sens moral pour combattre les suggestions physiques et intéressées , est une tâche spéciale 5 il y a un art circonscrit à ce but. Telle est l'Éducation , considérée dans son sens restreint et technique : en cela différente de l'Éducation comme amélioration indéfinie de l'âme par elle-même. La limite entre ces deux éducations ne peut être placée à un point précis 5 car à quel moment de la vie l'homme peut-il dire que les exemples , les conseils , les leçons , l'autorité même , ne seraient pas secourables à sa mobile faiblesse ? Mais enfin dans le premier âge tout repose sur ce secours • il est alors impérieusement nécessaire. Aussi nîadame Necker définit-elle l'éducation en ces termes : « Développer « dans l'élève la volonté et les moyens de parvenir à « la perfection dont il sera un jour susceptible. » Ce principe d'éducation tend à donner à l'élève une
moralité toute réelle et intérieure , qui ne tient pas à des règles extérieures , qui ne doit pas changer avec les circonstances, et qui, sans perdre l'autorité et la dignité de la loi, prend toutefois le caractère facile et individuel d'un sentiment libre. Ce n'est plus un joug qu'on enseigne à porter, c'est un penchant naturel et intime qu'on fait prédominer sur les penchans irréfléchis.
La religion ( car le livre de madame Necker est non-seulement religieux , ce qui ne signifierait rien de plus que moral -, mais chrétien, ce qui suppose des devoirs de culte), la religion elle-même n'est point imposée du dehors au dedans : c'est encore dans les faits intérieurs de l'âme que son autorité a sa base. « Croire « en Dieu, dit l'auteur, c'est presque déjà l'adorer. La « foi et le culte religieux sont intimement liés ensem- « ble ; puisque l'idée du Créateur, une fois qu'elle est « bien conçue, ne saurait manquer d'exciter dans « l'âme des actes de reconnaissance et d'amour. »
Madame Necker remarque , avec toute raison , que l'idée de cause , inhérente à notre nature , est aussi vive dans l'esprit de l'enfant que dans l'esprit de l'homme fait. Cette notion de cause , après avoir parcouru une hiérarchie plus ou moins graduée de causes secondes , se résout toujours nécessairement dans la double notion d'un être libre et souverain agissant par sa volonté : or, l'intelligeifcc saisit celte solution dans l'esprit de l'enfant dès le premier abord. Notre science, nos découvertes, nos exj)lications, ne font que reculer le miracle de la volonté divine ; l'ignorance de l'enfant le lui fait admettre tout aussitôt. De l'idée d'un être dont
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la volonté est toute-puissante , découle encore inévitablement pour l'enfant comme pour l'homme fait l'idée de se conformer à sa volonté, de la chercher, de la connaître , conséquemment de se mettre en relation avec lui , de voir en lui la source du devoir, de le prier, de l'aimer. Cette succession d'idées liées nécessairement l'une à l'autre, ou, pour mieux dire, renfermées Tune dans l'autre , n'est ni plus ni moins que la notion des devoirs religieux, des devoirs de culte : notion aussi facile à éveiller dès l'enfimce qu'atout autre âge. Sans pousser plus loin , ce qui ne serait peut-être pas impossible , cette série d'idées nécessaires; sans cheminer, sous la conduite des faits inhérens à notre nature , plus avant dans la route de la religion , et même du christianisme , il n'en demeure pas moins évident que les récits des livres saints, que la pensée de Dieu toujours présent, que les symboles religieux, que l'exercice de la prière , se présenteront , non comme un enseignement ditïicile et sans harmonie avec l'intelligence , mais tout au contraire comme une satisfaction à des besoins moraux déjà ressentis par l'enfant. A cet égard , il a déjà toute la capacité de l'homme fait. Dans sa simplicité, il y a autant de religion que dans tout le savoir qu'il pourra acquérir. Parvenus au bout de la carrière de l'esprit humain , Newton et Leibnitz n'y trouvent pas une vérité morale de plus que n'en enferme l'ame de l'enfant ou du simple manœuvre. Le principe de la loi morale est le domaine commun de l'humanité -, chacun le porte en soi. Y être incrédule , ce n'est pas le nier, c'est ne l'avoir point cherché. L'athéisme n'est pas môme un mauvais raisonnement-, c'est
une insouciance frivole , rien autre chose j réfléchir, c'est croire.
Comment cultiver dans une jeune âme ces divines semences , telle est la portion pratique du livre de madame Necker. Ne s'occupant encore que de la première enfance , tout se reporte à l'éducation privée , à l'éducation maternelle. Ce sont des conseils qui n'ont rien de technique: c'est un esprit général qu'une mère tâche d'inspirer à des mères. C'est une conversation tenue avec elles sur un intérêt commun -, conversation élevée , religieuse , où le ton philosophique se mêle avec un goût tendre pour les enfans , avec une imagination dès long-temps séduite par le spectacle charmant de leurs premiers sourires , de leurs premières affections , des premiers développemens de leur pensée , de leur premier langage.
De là un talent d'observer les enfans , éclairé par une attention et une perspicacité toutes maternelles. L'ouvrage, qui appartient à la nouvelle école de philosophie, par la marche qu'il indique pour travailler au développement intérieur de l'âme enfantine , n'est pas moins remarquable comme recueil d'observations. Si , en effet , la science ne doit avancer qu'à l'aide de faits obsei'vés , si la philosophie doit puiser ses matériaux dans la connaissance des phénomènes intérieurs , de quelle utilité doit être un recueil d'observations comme les a tentées madame Necker ! C'est une branche de la psychologie expérimentale. L'ordre chronologicpie du développement des facultés ; la part faite entre l'iiislinct et le commencement de l'intelligence ; les inunualjles lois de la pensée , entrevues même
avant l'usage de la parole 5 l'éveil successif des idées nécessaires, enfin tout ce qui compose la naissance morale de l'âme humaine : voilà une vaste carrière d'observations. Madame Necker charge les mères de cultiver, comme elle, cette branche de la science. « Il faut aimer les enfans pour les comprendre, dit- « elle, et on les devine moins par l'intelligence que « par le cœur. » Elle indique le plan d'un journal où une mère consignerait les remarques de chaque jour, et donnerait les annales des progrès de son enfant. « Ce serait mettre en sûreté pour l'avenir les souvenirs « d'une époque charmante. Il serait si doux de fixer H l'image fugitive de l'enfance , de prolonger indéfi- « niment le bonheur d'en contempler les traits et a d'être sûr de retrouver à jamais ces êtres chéris , « qu'on perd, hélas! du moins comme enfans, lors « même qu'on a le bonheur de les conserver encore. » Il serait à désirer qu'il se trouvât en effet des mères qui tinssent un tel journal. Mais observer comme madame Necker n'est pas chose facile. Il y faut bien des qualités de l'âme et de l'esprit; il y faut un cœur de femme et un esprit d'homme. On peut donc craindre que le conseil ne soit ])as assez suivi. Il est conforme à toute la pensée du livre, qui appartient plus à la morale qu'à l'éducation , et qui , prenant la bonne et la vraie route , impose à l'instituteur la tâche de s'instruire et de se perfectionner, afin de se rendre digne de son emploi. A une époque qui se vante d'avoir rendu les mœurs plus sérieuses et plus pures , d'avoir ramené l'empire des sentimens naturels , c'est une œuvre salutaire (|ue d'indiquer ainsi aux femmes
un exercice de l'esprit : grave , il est vrai , mais où la science serait encouragée par la tendresse maternelle. Le livre de madame Necker pourrait leur en donner Tenvie. Outre le mérite éminent que nous avons essayé d'indiquer dans ce noble et sérieux ouvrage , on peut lui appliquer une louange donnée autrefois à une femme qui ne la méritait pas si bien, louange qu'aucune femme ne dédaignerait :
Grâce and méditation joined in soft assemblage.