‹ Mélanges historiques et littérairesChapitre 23 sur 25 · SUR UN ÉLOGE DE L.V BRUYERE · texte numérisé non relu

SUR UN ÉLOGE DE L.V BRUYERE

idée ^ La Bruyère ofïVe moins qu'aucun écrivain un modèle de la partie artificielle du style : les transitions, la disposition des parties , la liaison et le cours suivi des pensées, le soin d'éviter des disparates dans le ton, toute cette méthode dans le langage , essentielle ailleurs, était là superflue. Nul n'a montré une pensée plus naturellement élancée que La Bruyère. De même qu'il était par son caractère le moins homme de lettres qu'il est possible, aucun livre n'est moins un livre que le sien ; si l'on peut exprimer ainsi la manière dont il s'est affranchi du joug d'une composition suivie.

M. Fabre l'appelle en témoignage pour prouver combien il s'occupait de l'art de l'ouvrier. « L'homme du meilleur esprit est inégal ; il entre en verve , mais il en sort : alors, s'il est sage, il parle peu et n'écrit point. » Bien que ne point écrire quand on ne pense point soit un précepte peu pratiqué de nos jours, il faut convenir que c'est une règle simple et qui ne mène pas loin dans l'art d'écrire : il sera diflicile d'en déduire une théorie , et La Bruyère ne nous a point révélé son secret en nous donnant ce conseil.

A la vérité, M. Fabre ajoute : « Un art si profond suppose le talent. » Ne serait-il pas possible de ne plus parler de cet art si profond qui n'a point de règles ^ de dire tout simplement que La Bruyère avait du talent , et d'en rechercher le caractère particulier.

Au lieu d'examiner La Bruyère seulement comme écrivain, il eût fallu dire quel était son caractère et l'élévation de son âme 5 montrer au milieu de quelles circonstances il se trouvait, et comment elles avaient pu l'inspirer -, recliercher quelles étaient ses opinions

morales, religieuses, politiques, et l'influence qu'elles ont eue sur son livre : en un mot , M. Fabre aurait dû remonter à la source du génie de l'écrivain , au lieu de détailler ses prétendus procédés de composition. C'était le cadre d'un bel éloge académique , plus digne de La Bruyère , plus conforme à son génie, et peutêtre mieux assorti à la disposition actuelle des esprits.

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