‹ Mélanges historiques et littérairesChapitre 5 sur 25 · PAR M. CAPEFIGUE · texte numérisé non relu

PAR M. CAPEFIGUE

[. DCCC. XXIX

On a quelquefois imputé à l'histoire de France de ne pas exciter Tintérét du lecteur ; mais il faut convenir qu'il y aura du malheur, si elle encourt maintenant ce reproche. Tous les écrivains qui s'occupent de nos annales nationales s'évertuent à les préserver de l'ennui , à les présenter avec variété, avec la couleur de temps et de lieu si fort recherchée à présent , avec le mouvement dramatique. Nul n'a plus montré cette volonté que M. Capefigue ; il n'omet aucun moyen pour donner à son Histoire ce charme qui retient l'attention

et qui grave les faits dans la mëmoire , comme un vivant tableau -, la naïve familiarité des chroniques et les détails de mœurs y sont prodigués avec une érudition féconde ; les progrès du droit public , Thistoire des institutions, de la composition sociale , l'état des personnes et des biens , sont exposés d'une façon rapide , mais raisonnable ; les résumés philosophiques de la marche de l'esprit humain et des développemens de la civilisation ne sont point omis ; tout ce qui a valu quelque succès à d'autres écrivains , tout ce qui a paru plaire au public, M. Gapefigue le cherche dans son sujet, et il le présente tour à tour sous ses divers aspects. De quelque point de vue qu'on envisage le règne de Philippe Auguste , c'est en effet une grande et curieuse époque. Jusqu'à Louis le Gros , la royauté des premiers Capétiens avait été pour ainsi dire nominale ; la dispersion complète de tout pouvoir social, le chaos où germait le régime féodal , forment le caractère du commencement de la troisième race tout autant que de la fin de la seconde. La société barbare des coiiquérans germains et l'administration de Charlemagne se trouvèrent dissoutes ; une multitude de possesseurs régnèrent sur le sol sans autre droit que celui de la force -, être propriétaire fut une souveraineté de fait. Une fois cette révolution consommée, lorsque les seigneurs se trouvèrent maîtres incontestés et héréditaires de leurs domaines , tout commença à prendre une apparence de règle et de système. Chaque situation, quand elle n'est point troublée, donne naissance à des habitudes nécessaires, et plus tard ces habitudes constituent des droits -, l'idée de justicr s'allache à ce

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