‹ Mélanges historiques et littérairesChapitre 6 sur 25 · HISTOIRE DE PHILIPPE AUGUSTE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE PHILIPPE AUGUSTE

qui dure. L'homme est porté à appeler injuste ce qui le tlérangedans les calculs qu'il a fondés sur ce qui est -, ne pas admettre l'arbitraire est une loi morale inhérente à son instinct; il a le besoin de ce qui est prévu et régulier : plus tard, il cherchera le juste par sa raison 5 d'abord il commence par le demander au passé.

La féodalité devint peu à peu une sorte de régime appuyé sur des coutumes. Des traditions germaniques, d'un reste d'autorité resté aux délégations du pouvoir royal , et peut-être encore plus de l'inégalité des domaines et des forces, dériva la hiérarchie des vassalités : c'était un principe d'ordre. En même temps il se trouva, et ce fut la circonstance qui décida du sort de la France, que , malgré la diversité des races et la division des territoires, un esprit d'unité, un lien national, un caractère éminemment social , ne cessa jamais de rapprocher et d'unir une grande part de ce royaume. Ainsi , lorsque se forma peu à peu le droit féodal et ses maximes , un pouvoir unique et central put se présenter pour y puiser des règles et des attributions. Si l'autorité du seigneur dans son fief était grande , s'il alléguait des coutumes pour la justifier, l'autorité royale empruntait à la même source ses prétentions et ses droits. On a souvent désiijné le droit Romain ou la Bible comme les titres où la royauté avait pris les maximes qui devaient lui assujettir la constitution féodale. On aurait dû placer en première ligne le droit féodal lui - même 5 c'était une mine féconde pour le pouvoir absolu, et il serait possible de produire beaucoup de preuves de cette origine de l'autorité monarchique.

Quoi qu'il en soit , ce fut sous le règne de Louis le II. 3

Gros que commença h s'éveiller le pouvoir royal ^ il était serré de si près par l'anarcliie féodale, que ses premières tentatives n'eurent rien de bien j^nand. C'étaient des guerres entre seigneurs voisins -, mais l'un de ces seigneurs s'appelait le roi , et il en résultait pour lui de grands avantages. Ainsi furent domptés les seigneurs du Puiset, de Montmorency et autres, de façon que les rois eurent leurs mouvemens plus libres dans la région de l'Ile-de-France et d'Orléans : c'est le premier âge de l'émancipation royale. M. Capefigue remarque fort bien que le second commence à Philippe Auguste , et que dès-lors la scène historique s'agrandit. En effet , tandis que, par le cours des événemens et le progrès nécessaire des choses, le roi devenait pi us puissant dans sa banlieue, il en arrivait autant, sur tout le territoire français, à chacun des grands vassaux. Eux aussi établissaient leur autorité , eux aussi acquéraient une souveraineté plus réelle ; tout se réglait chez eux comme autour du fief royal. Ainsi le théâtre était plus vaste, les acteurs moins noml)reux et plus grands.

Telle est la situation de la France au moment où Philippe Auguste monte sur le trône, et son historien l'explique avec clarté. Nous apprenons d'abord à quels souverains , à quels grands vassaux va avoir affliire ce roi destiné à un si grand règne. On nous enseigne aussi l'état des mœurs , la condition des diverses classes , la disposition des esprits, le degré des lumières. Par malheur il ne se trouve, ])armi les chroniqueurs de celte époque, aucun de ces conteurs naïfs et familiers qui représentent les personnages vivans. La Philij)jnde de Ouillaume le Breton (^st un poëme latin bien pompeux.

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