‹ Mélanges historiques et littérairesChapitre 29 sur 64 · SOYONS SOLDATS · texte numérisé non relu

SOYONS SOLDATS

Le major général Hutton faisait, il y a quelque temps, l’éloge des qualités militaires des Canadiensfrançais, et disait que leurs manœuvres seraient encore plus efficaces si on leur donnait des instructeurs français. Quelques jours plus tard, un vétéran rapportait dans le Witness les paroles du major général en les approuvant entièrement. Ces témoignages d’estime si flatteurs pour nos compatriotes avaient d’autant plus de valeur qu’ils venaient d’un homme dont la compétence et l’impartialité ne peuvent être contestées, et qu’ils étaient corroborés par un journal important comme le Witness.

Ceux qui connaissent l’histoire du Canada n’ont pas de doute sur les vertus guerrières de nos ancêtres, et les fanatiques même n’osent pas les contester. Mais il y a longtemps que nous vivons dans la paix, loin du bruit des armes, à l’abri, apparemment, de tout danger. Or, la paix émousse naturellement l’esprit militaire, assoupit les ardeurs guerrières, engendre l’apathie et l’indifférence pour le métier des armes. Des patriotes vont jusqu’à se demander s’il n’est pas bon que la guerre vienne de temps à autre

retremper le patriotisme endormi et le courage assoupi, fortifier les âmes.

Quand on voit défiler, à certains jours, nos régiments de volontaires, on ne peut s’empêcher de regretter c[ue les Canadiens-français soient si peu représentés. On ne dirait pas, en nous jugeant d’après les apparences, que nous descendons d’une race dont chaque homme était soldat. Nous avons heureusement le 65 e qui se maintient et se recrute avec peine et menace souvent de disparaître. ,

Comment veut-on que les Canadiens-français conservent le goût des armes et se livrent avec plaisir aux exercices militaires, quand on les commande dans une langue qu’ils ne comprennent pas.

A la campagne surtout, on peut se faire une idée de l’efifet produit sur la population par les “ quick mardi,” “ right about face,” etc., etc., etc.

Ce major général Hutton a été assez juste pour reconnaître les désavantages de la situation où se trouvent les Canadiens-français vis-à-vis de leurs concitoyens anglais, et “ Vétéran ” a dit avec raison qu on devrait leur donner des instructeurs français.

n est à souhaiter cj[ue le gouvernement et les autorités militaires prennent les moyens d’encourager les^ Canadiens-français à apprendre le noble et viril métier des armes, en les faisant commander en français et en les traitant avec justice et libéralité. Ils seraient sûrs d’avoir de bons soldats, qui sauraient faire leur devoir, à l’heure du danger, comme autrefois les soldats de de Salaberry.

Les jeunes gens, de leur côté, devraient se faire un devoir de s’enrôler dans nos corps de volontaires.

AIÉLAXGËS IirSÏOlUCiüËS ET LIÏtÉkAIRES lOT)

A-t-on jamais songé à ce qu’il arriverait, le jour où il nous faiidrait prendre les armes pour défendre notre pays envahi ou nos droits violés ?

Dans quelle situation humiliante nous trouverions-nous ?

Il y a des choses qu’il vaut mieux ne pas dire, mais que tout homme de cœur, d’intelligence doit voir, sentir et comprendre.

Dans nos villes comme dans nos campagnes, et partout, il devrait se former des bataillons, des compagnies de volontaires ; partout on devrait se faire un devoir et un honneur d’apprendre le maniement des armes, de se rendre capable de se défendre, de protéger sa famille, sa patrie.

Que vaut, à notre époque, un peuple incapable de se faire respecter par la force des armes ? Aurait-il le courage du lion ou plutôt la bravoure de nos pères ; que ferait-il en face de canons bien pointés, de fusils bien maniés ? Ce c[ue les Espagnols ont fait en face des Américains, les Grecs en face des Turcs.

Ceux qui ont des fils devraient les engager à se faire soldats, et par là même à devenir des hommes; ils ne peuvent leur conseiller rien de plus propre à développer leur force physique et morale, leur virilité ; ils ne peuvent leur recommander une récréation plus saine, plus fortifiante, plus utile à leur avenir, à leur famille, à leur patrie.

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