BONNE ET MAUVAISE EDUCATION
Tes hommes les plus brillants, les plus favorisés des dons de la nature sont généralement les plus sujets a toutes les séductions de l'orgueil, de la vanité et des sens. Ils sont faits pour le mal comme pour e 3ien. ^ Ils édifient le monde par leurs vertus ou le scandalisent par leurs vices. Tout dépend de la direction, des principes et des sentiments qu’ils reçoivent, dans leur jeunesse. Plus je vieillis, plus ie suis convaincu qu’il faut à ces hommes, pour maîtriser leurs mauvais instincts, pour remplir leurs devoirs envers Dieu, la religion, la famille et le patrie un fond de principes religieux solides, une conscience bien trempée et fortifiée par une surveillance constante de soi-même.
Je ne parle pas de la religion qui consiste simplement dans des actes extérieurs, dans des manifestations ou des professions de foi plus ou moins éphémères, mais dans des convictions profondes agis-
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Les hommes les plus utiles sont les hommes de volonté, de devoir, de sacrifice, habitués, dès le bas âge.
à se contraindre, à se réprimer, à se vaincre, à faire des choses ennuyeuses, suivant l’expression du juge Jetté.
iMalheureusenient, les jeunes gens, à peine sortis du collège, se jettent, tête baissée dans le tourbillon du monde, courant après tous les feux follets, tous les mirages, prenant les apparences pour des réalités, cherchant les choses agréables, tout ce qui flatte l’amour-propre, la vanité. Lya politic[ue, les élections, les discours sur les hustings, la cabale, les ap-^ plaudissements, l’excitation de la lutte, voilà, surtout, ce qui les attire et les séduit.
Pauvres papillons, ils se brûlent à tous les^ f eux et se trouvent heureux quand ils se sont arrêtés à temps et. n’ont perdu qu’une aile.
Oue de talents perdus ! Que de naufrages lamentables ! Que d’existences précieuses détruites ou
abrégées de lo, 15 et 30 ans !
Bienheureux sont ceux qui arrivent dans le monde, bien préparés, fortement armés, avec une volonté ferme, la résolution inébranlable de continuer la vie laborieuse et modeste du collège !
Bienheureux les patients, les forts et les persévérants c|ui, avant de pousser leur barque au large, se préparent à faire face à tous les dangers, à tous les accidents et mettent plus leur confiance dans le gouvernail que dans les voiles ! Bienheureux, enfin, ceux qui cherchent, dans un travail constant, quotidien, opiniâtre, le secret du bonheur présent et futur !
Les grands saints, les véritables héros sont ceux qui luttent, non seulement une heure, un jour, mais
tous les jours et s’occupent constamment de se surveiller, de s’aguerrir, de se protéger et de se perfectionner.
Quelques hommes naissent sages, modérés ; ils n’ont pas à faire de grands efforts pour être vertueux, pour peu qu’ils aient le sentiment du devoir, de l’honneur et de la dignité personnelle, ils remplissent honorablement leurs devoirs de citoyens et de pères de famille.
Ils feront rarement des actes de dévouement ou de vertu héroïques, mais ils ne commettront jamais non plus de fautes honteuses et mériteront le respect public. Bien plus grand est le mérite de ceux que leur nature ardente, leur âme passionnée condamne à une lutte de tous les jours, de tous les instants. Quand à des principes religieux, solides, et à une conscience éclairée, ils joignent des sentiments d’honneur et de dignité personnelle, ils sont les pilliers de l’humanité.
Malheureusement, il en est trop qui parlent et agissent comme si la religion et le patriotisme consistaient à faire des professions de foi et des déclarations patriotiques et qui donnent à nos concitoyens appartenant à des religions et à des nationalités différentes, le droit de dire que nos actes ne prouvent pas la supériorité de nos croyances.
Nos hommes publics devraient songer que notre influence nationale et religieuse souffre de leurs faiblesses, de leurs fautes, de leur amour exagéré de 1 argent et des honneurs.
Les directeurs de nos collèges et de nos écoles doivent plus que jamais s’appliquer à former des âmes fortes et des esprits éclairés pour le service de la religion et de la patrie.