LES HEROS DE NOTRE HISTOIRE
Des écrivains qui nous étaient peu sympathiques n’ont pu s’empêcher de proclamer que jamais peuple n'eut un passé plus glorieux, des ancêtres plus nobles, plus vertueux, plus héroïques que les nôtres. Ils s’enthousiasment au spectacle de ces découvreurs, trappeurs et chasseurs intrépides qui, en canot, à la raquette ou à pied, ont sillonné toute l’Amérique du Nord, bravant tous les dangers, tous les obstacles, arborant le drapeau de la France et l’étendard du Christ sur le sommet des montagnes les plus inaccessibles, sur les bords sauvages de fleuves et de lacs inconnus jusqu’alors, marquant de leur sang l’endroit où s’élèvent maintenant des villes florissantes. Ils s’émeuvent au récit des souffrances et des sacrifices de Montcalm et de ses immortels soldats, qui, abandonnés de tout le monde, n’ayant ni pain ni vêtements, marchant nu-pieds dans la boue et la neige, se battent pendant sept ans, un contre trois, un contre six, disputent pouce par pouce le sol de la patrie, autour du drapeau de la France criblé de balles, déchiré par la mitraille, et ne déposent les armes qu’après avoir remporté, dans un dernier combat, une dernière victoire.
Et comment refuser notre admiration aux grands orateurs, aux hommes d'Etat illustres ciui; pendant quarante ans, ont combattu par la plume et la parole, pour conquérir cette liberté politique dont nous jouissons maintenant. Où trouver des gens plus braves, plus admirables, que ces patriotes de 1837- 38 c|ui, à Saint-Charles, à Saint-Denis et à Saint- Eustache, se battaient avec des fourches et des manches de hache, ou mouraient sur l'échafaud en priant pour leur pays.
Ce ivest cju’une page de notre histoire, mais elle suffit pour expliquer notre patriotisme et notre ferme propos de rester fidèles à de si glorieuses traditions. Oui, notre patriotisme est ardent, mais il n’est ni injuste, ni égoïste, il n’a pas sa source dans un sentiment vague, non, il repose’ sur un principe large et fécond.
Nous croyons que la diversité des nationalités est, dans l’ordre providentiel, un élément de progrès pour l’humanité.
Nous croyons qu’il est bon que les deux grandes nations dont l’émulation a fait en grande partie la grandeur de l’Europe, travaillent côte à côte sur le continent américain. Songer à fusionner deux races arrivées à l’apogée de leur développement est une utopie, faire disparaître l’une ou l’autre serait une faute, ce serait éteindre un flambeau, un foyer de lumière.
Nous ne voulons ni absorber les autres races, ni être absorbés par elles, nous voulons qu on nous laisse faire notre part dans l’œuvre du développe-
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ment matériel et intellectuel de ce continent. Et cette part sera d’autant plus importante qu’on nous laissera plus libres de marcher sur les traces de la France, et de travailler à implanter en Amérique son génie littéraire, artistique et civilisateur. Ah ! sans doute, l’élément français n’a pas encore ici l’importance qu’il possède en Europe, mais que sera-ce lorsqu’il y aura dans l’Amérique du Nord vingt millions de Canadiens-français marchant sur les traces de la France et cherchant à l’imiter dans ce qu’elle a fait de beau et de bon pour la civilisation ?
Donc nous faisons bien de rester français et catholiques, et de conserver une nationalité dont l’origine est si illustre, l'histoire si glorieuse, l’existence si utile, nécessaire même au progrès et à la grandeur de l’Amérique du Nord.