L’UNION NATIONALE
En 1864, un certain nombre de jeunes conservateurs se joignaient à Médéric Lanctôt pour fonder VUnion Nationale et combattre le projet de confédération en voie de préparation. Dans le prospectus du nouveau journal, ils disaient que tout projet de confédération qui nous mettrait à la merci d’une majorité anglaise et protestante, serait une source de conflits funestes au Bas-Canada ; que, si les gens d’Ontario n’étaient pas satisfaits de l’union des deux provinces qu’on nous avait imposée, le moyen le plus simple, le plus raisonnable de régler la question était la rupture de cette union, la séparation des deux provinces. Au bas de ce prospectus on lisait les noms suivants : Médéric Lanctôt (libéral), L.-A. Jetté (libéral), Charles de Lorimier (conservateur), Joseph Loranger (conservateur), D. Girouard (indépendant), F. Thompson (libéral), Alphonse Audet( libéral indépendant). L.- O. David (conservateur), H. -P. Letendre (conservateur), Ludger Labelle (conservateur), H. -F. Rainville (libéral).
Leur opposition à la confédération n’a pas empêché trois de ces messieurs, à savoir, Girouard, de
Lorimier et Rainville, de devenir juges sous la nouvelle constitution et d’être d’excellents juges. Lorsqu’on parcourt les pages vieillies de V Union Nationale, on ne lit pas sans intérêt leurs habiles dissertations sur les dangers de la Confédération. Le premier numéro de V Union Nationale publiait le rapport d’un comité qui avait été chargé, à une assemblée publique, d’étudier les projets de confédération et de fédération dont il était question. Ce rapport se terminait en disant que tout projet de confédération offrait des dangers sérieux au Bas-Canada et ne devrait pas, en tout cas, être adopté à moins d’avoir été soumis aux électeurs et approuvé par la majorité de la représentation de chaque province. Parmi les signataires de ce rapport, on remarque les noms suivants ;
Romuald Trudeau, Narcisse Valois, Louis Boyer, F.-X. Saint-Charles, Jacques Grenier, Wilfrid Laurier, John Pratt, George-E. Clerk, le fameux rédacteur du True IVitness, C. Simard, L.-A. Jetté, J.-T. Béique, L.-O. Hétu, et plusieurs autres citoyens importants, conservateurs et libéraux.
Lorsque la Confédération devint un fait accompli, presque tous les conservateurs de ï Union Nationale, retournèrent à leurs premières amours et reprirent leurs places dans les rangs du parti conservateur.
Dans les discussions intimes qui eurent lieu avant la Confédération, Chapleau avait dit à ses jeunes amis récalcitrants: “Vous avez tort de brfiler vos vaisseaux et de compromettre vos chances d’avenir.”
A ce point de vue, il ne s’est pas trompé, car il a fallu du courage pendant longtemps pour rester libéral ou pour appartenir au parti libéral.
Plus d’une fois, spécialement à une époque où on ne pouvait être libéral sans être considéré comme un catholique plus ou moins dangereux, j ’ai été tenté de suivre l’exemple de plusieurs de mes anciens amis, de chercher la paix dans les rangs du parti conservateur, mais je craignais de donner raison de suspecter la sincérité de mes convictions, et puis, les troubles du Nord-Ouest en i87o et la question des écoles du Nouveau-Brunswick contribuèrent à m’empêcher de céder à ces tentations. Je n’aurais jamais pu approuver la conduite du gouvernement envers Riel et les métis, pas plus que je n’ai pu approuver en i876 la politique du parti libéral sur le tarif. Que d’ennuis m’a causés la détermination de rester fidèle à mes opinions, à mes convictions. J’ai toujours pensé C|u’un homme public, un écrivain qui se contredit sur des questions importantes et sans de graves raisons, démoralise l’opinion public[ue et manque de respect envers ses concitoyens. Mais n’ai-je pas parfois, à mon détriment et à celui de ma famille, poussé trop loin ce besoin d’être conséquent avec moi-même ? N’ai-je pas exagéré l’importance ciue mes opinions pouvaient avoir aux yeux du public ?
LA GUEERE.
Il est incontestable que le don de prophétie existe. Gn le trouve partout, chez tous les peuples, depuis le -commencement du monde. Il a donné lieu à bien des’abusy à des supercheries' sans nombre ; beaucoup s’en- sont prévalus pour exploiter la crédulité hu- 'mainc; ■ ' i ■ : ; •
‘P II' y a les vrais et les faux prophètes. Gomment faire la distinction ? Comment distinguer entre les prédictions produites par l’inspiration divine, les fantaisies d’une imagination plus ou moins déréglée, et les prévisions de l’expérience et de la sagesse humaines ? Il est aussi difficile de séparer le faux du vrai en cette matière que dans le cas de certaines guérisons attribuées à l’intervention divine. Qu’il y ait eu des miracles et qu’il y en ait encore, c’est incontestable ; mais que tous les faits sortant de l’ordinaire soient miraculeux, c’est certainement faux. Il en est de même des prophéties. Tout le monde chrétien croit à l’inspiration des prophéties de l’Ancien Testament, de celles surtout qui se rapportent à la venue du Christ.
Il y a des centaines de prophéties qui sont le produit d’imaginations maladives, de calculs religieux
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OU politiques, et un certain nombre ne sont que les prévisions d’esprits clairvoyants, d’une raison cultivée. Il semble qu’à part ces dernières catégories, il y a celle des personnes qui paraissent posséder l’intuition des choses futures, ce qu’on appelle le don de seconde vue et dont les événements justifient souvent les prévisions.
Il est des cas où les prévisions d’une raison cultivée, mûrie par l’expérience, s’accordent avec les prédictions des clairvoyants ou des prophètes. Les grands événements de l’Histoire ont tous été plus ou moins prédits ou prévus, exemple : la révolution française.
Qui peut nier c|ue les événements actuels aient été annoncés depuis longtemps ?
Cette grande guerre qui doit mettre aux prises toutes les nations de l’Europe et couvrir la terre de ruines et de sang, n’est-elle pas commencée ? Et l’avenir ne donnera-t-il pas raison à ceux c|ui ont prédit c|u’elle se terminerait par l’effondrement de l’empire allemand et de la dynastie des Hohenzollern ?
Si- l'on en croyait certaines prophéties ou prédictions, car, cette , fois, ce ne sont pas seulement des prévisions, cette grande guerre universelle serait suivie d’une révolution presque générale, d’un soulèvenient terrible des classes populaires, et un grand homme surgirait qui rendrait la paix au monde. Mais espérons Cjue ces tristes prophéties ne se réaliseront pas.,. Croyons plutôt que cette terrible guerre
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sera suivie d’annés nombreuses de paix et de concorde.
Rien de bon, de grand et d’utile ne s'accomplit dans le monde sans souffrance, sans sacrifice, sans effusion de sang. N’a-t-il pas fallu le sang d’un Dieu pour racheter l’humanité et lui procurer le bienfait suprême du chistianisme ? Da souffrance est le prix, la rançon de toutes les conquêtes, de tous les progrès de l’homme dans l’ordre religieux, moral, social ou politique. On peut donc se faire une idée de la grandeur efr de l’importance du résultat des souffrances indicibles de la guerre actuelle, et présager qu’elle sera suivie d’une ère incomparable de progrès, de réformes et de bonheur. Sera-ce le commencement du millenium qui doit être la dernière étape dans l’existence de l’homme ? '
Malheureusement l’exagération ne vient pas que d’un côté, elle se manifeste avec éclat dans le cercle des champions de l’impérialisme, dont les excès de zèle sont redoutables.
Si on les écoutait on arracherait à l’agriculture et à l’industrie tous les bras dont elles ont besoin pour les lancer sur le champ de bataille, on ruinerait le Canada en hommes et en argent sans espoir sérieux d’influer sur les résultats de la guerre. On demande, à grands cris, à la population d’augmenter la production agricole et industrielle et on la, somme en même temps de s’enrôler, le prendre les armes ! Avec qui et avec quoi alors se ferait cette augmentation de production agricole et industrielle ? Exagération ! Exagération de tous côtés, de partout ! Les
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propositions les plus exorbitantes peuvent être faites et adoptées, car les modérés, les sages, craignent qu’on ne soupçonne leur loyalisme, n’osent les combattre.
Nous voguons à pleines voiles dans l’exagération. Où va-t-elle nous conduire ?