‹ Mélanges historiques et littéraires [microforme]Chapitre 18 sur 58 · EE · texte numérisé non relu

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la cou quête, sont également sujettes à l’opératic . de cet acte, sauf le cas de commutation en franc et commun soccage duement effectuée, quant aux terres non-concédées ; 170, Qu'il sera permis aux intéressés de produire toutes espèces de preuves légales devant les commissaires à l’appui de leurs prétentions. (1)

Ces points de loi étant réglés, les commissaires, se guidant sur ces décisions, procédèrent à la confection du ,cadastres, c'est-à-dire à l'estimation de la banalité, des lods et ventes et autres charges accordées aux seigneurs. Les travaux et les décisions des commissaires étaient sujets au contrôle d’une Cour de Révision composée de trois d'entre eux. Les cadastres furent terminés en grande partie en 1859, mais tout le travail ne fut complété que trois ans plus tard. |

L'acte seigneurial établissait, en outre, un fonds évalué à $1,500,000, destiné à indemniser les seigneurs de la suspression de leurs droits. On comprend que cêtte somme ne fut pas suffisante. La mesure seigneuriale coûta à la province plus de dix millions. La législature rachete la banalité, les lods et ventes et autres droits, excepté les cens et rentes qui seuls restèrent à la charge du censitaire. Ce dernier avait encore la liberté de capitaliser ces rentes et libérer ses propriétés de tout droit seigneurial.

Ainsi, la mesure seigneuriale de 1854 eut pour effet médiat de substituer dans la province de Québec une tenure libre à l’ancienne tenure seigneu

(1) Résumé du jugement par F. R, Angers.

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riale. Elle abolissait ensuite les lods et ventes, lourd impôt par lequel le seigneur réclamait à chaque mutation de propriété le douzième de sa valeur ; la banalité, c’est-à-dire le droit exclusif donné au seigneur de bâtir des moulins dans les limites de la censive et l'obligation du censitaire d'y porier moudre son grain; le droit de ‘oetrait d’après la plus haute enchère, par lequel le se:,neur pouvait contraindre l'acheteur, dans les quarante jours qui suivaient la vente, à lui céder la propriété qu’il venait d'acquérir, lorsqu'elle avait été achetée à bas prix. L'acte de 1854 abolit encore toutes ces charges, réserves et servitudes par lesquelles les seigneurs prenaient possession des riviéres et des grêves, imposaient des journées de corvée, s'emparaient, sans indemnité, des bois de construction, etc., charges qui, comme le disait le préambule de l’acte,‘pesaient lourdement sur l’industrieet tuaient l'esprit d'entreprise.”

En 1859, l'acte seigneurial fut amendé ; permission est donnée au seigneur de toucher le capital de ses droits en déduisant 25 par cent sur le montant ainsi capitalisé.

L'acte seigneurial compilé avec tous les actes antérieurs en force, ainsi que l'amendement de 1859, sont refondus au ch. 41 des S.R. B..C., eu titre, relatif aux biensfondset droits fonciers.

Telle fut la féodalité en Canada, telle fut sa fin. Son passage dura l’espace de trois siècles. Les rois de France, qui nous l’avaient imposée, empruntant aux institutions nationales ce vestige du passé, virent en elle un puissant moyen de colonisation. E'le était, dans l'esprit des ministres du monarque fran-

çais, le seul moyen efficace de défricher, cultiver et mettre en valeur le sol de la Nouvelle-France. Les seigneurs canadiens avaient autant de devoirs à remplir que de droits à exercer. S'ils étaient de hauts justiciers ayant fourche patibulaire, il leur fallait èt: > avant tout des colons, s’occupant nonseulement de défricher, mais encore de faire défricher. Leur premier devoir était de peupler et de faire habiter la colonie par autant de monde que possible. Jamais seigneur en Europe n’eut des devoirs d’une telle nature et dont l’accomplissement était si rigoureusement exigé que la confiscation ou le, retranchement punissait le refractaire. Le seigneur suzerain retranchait de la concession des terres que son vassal n'avait pas fait défricher et les donnait à d’autres seigneurs d’une nouvelle fabrique. Les armes de la féodalité canadienne ont donc été la hache et la cognée, et les éclaircis dans la forêt, le premier titre de noblesse de nos seigneurs. Ainsi, en introduisant le système féodal en Canada, les rois de France n'avaient pas eu l’idée d’y établir une aristocratie ; ils voulaient seulement favoriser la colonisation et, l'établissement facile et rapide des terres inCuites.

üe n’est .pas le moment de discuter ici la valeur de ce système. Avant de le désapprouver, il faudrait passer condamnation sur toute la politique coloniale de la France monarchique; or, le système entier reposait sur des bases fausses. La tenure seigneuriale n’était qu’un chainon à la longue chaine des abus, des monopoles et des priviléges ; qu’un simple rouage à cette lourde machine politique que le temps a relégué dans les ombres du passé.

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Dans l’année 1470 un homme habillé à la manière des gentilshommes de l’époque, franchissait cavalièrement l'enceinte de la ville de Lisbonne. Il pouvait avoir trente-cinq ans; il était grand, bien fait, musculeux. Sa physionomie était agréable ; son maintien grave et sa démarche laissait deviner la noblesse et la dignité de ses manières. Un front large, séjour de grandes pensées, le nez aquilin, un regard perçant, un air d'autorité et de distinction dans toute sa personne ; de longues mèches de cheveux autrefois blonds, mais grisonnés de bonne heure par les soucis et les chagrins, retombaient négligemment sur ses larges épaules. Après avoir franchi les limites de la capitale du Portugal, il s'arrêta, porta la main à sa poitrine pour comprimer les rapides mouvements de son cœur, et levant les yeux vers le ciel dans la direction de l'Ouest, il s'écria: “Oui,là bas, par de là les mers, il y a une terre inconnue, et-j'irai.”

Cet homme était Christophe Colomb.

Rien n'est certain quant à la date et au lieu de la naissance de Christophe Colomb. Les uns disent qu'il naquit à Gènes de parent pauvres et obscurs;

(1) Lecture faite devant le Club National, le 30 Novembre

les autres, qu’il descendait d’une souche noble de l'Italie ou de la Corse. Quoi qu’il en soit, il était né marin. Dès sa plus tendre enfance il se familiarise avec un élément sur lequei il est appelé à accomplir de si grandes choses. Il sillonne la Méditerranée et l'Atlantique, visite l'Irlande et se hasarde jusqu’au delà du cercle polaire. Un naufrage le jette sur la côte du Portugal. C'était son chemin, il se rendait à Lisbonne.

Lisbonne était à cette époque le rendez-vous des savants et des aventuriers, des gens de condition et des chercheurs de fortune. Le prince Henri de Portugal était le Mécène auprès de qui les érudits et les notabilités de tous pays venaient chercher refuge et protection. Doué d’un génie supérieur, ce monarque ne se contentait pas de fonder des académies et d'encourager les arts et les lettres, il participait lui-même à l'élan général en approfondissant les sciences les plus en vogue : la géographie, l’astronomie, les mathématiques et l’art de la navigation.

Le spectacle de l'Europe au XVe siècle offre à l'œil de l’historien un singulier tableau. Le réveil des sciences exactes avait suivi ou plutôt avait marché de pair avec la renaissance des lettres grecques et latines. Les sociftés, impalientes de secouer le joug pesant de plusieurs siècles de léthargie, allaient audevant d’elles-mèmes, poussées par l'esprit d'invention et de découvertes. On voulait à tout prix reculer les bornes du monde connu. La géographie, enveloppée pendant si longtemps dans les ténèbres du passé, devint le thème favori des penseurs. On consultait Aristote et Sénèque, Pline et Straton ; on

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invoquait l'autorité de Ptolémée: on replaçait devant l’Europe moderne les secrets que l'antiquité avait lègués aux âges futurs. Des savants de tout âge et de toute nationalité entraient en lice, et là, dans l’arêne commune, développaient aux yeux du monde érudit la cosmologie des anciens et les connaissances nouwelles sur la carte et le compas. Chaque académie avait son champion; pas de petite ville qui ne comptât son héros. Toute la cosmographie fut réduite en système. Et ces théories n’étaient pas sté. riles: elles se réalisaient dans le domaine des faits Les découvertes se succédaiént rapidement. Déjà on avait doublé le cap Bajador et pénétré dans la région jusqu'alors inexplorée des tropiques; déjà la côte occidentale de l'Afrique avait été explorée depuis le Cap Vert jusqu’au Mont Blanc, et, le soir d’un beau jour, les Açores et les Canaries étaient sorties comme par enchantement du sein des eaux. Peu après, Vasco de Gama doublait le Cap de Bonne Espérance et ouvrait le loug de la côte méridionale de l’Asie une route au commerce vers les opulentes régions de l’ouest. Chaque port de mer organisait son expédition maritime, destinée à modifier et à agrandir la carte du monde connu. C’était l'ambition du premier venu de se tailler un royaume de fantaisie au sein des mystérieuses solitudes de l'Océan. Depuis l’humble mousse jusqu’au grand capitaine, tout le monde subissait l'influence de cet ébranlement général des esprits. L’imagination des peuples s’enflammait aux récits des longues courses aventureuses. On allait même au-delà des faits acquis: la curiosité populaire se complaisait en des lé-

gendes fantastiques et voyait dans le lointain, jetées sur un horizon de cristal, des îles merveilleuses. La boussole venait d’être découverte ; elle fut la clef qui ouvrit aux marins les secrets de la mystérieuse grandeur de l'Océan. Les ténèbres se dispersaient, la lumière se faisait; l'invention récente de l’imprimerie appelait tous les hommes au banquet de la pensée ; et la vérité fut communiquée aux peuples civilisés, portée sur les ailes rapides de la publicité. La science, jusqu'alors refugiée dans les cloitres et les bibliothèques, descendit sous le toit modeste du savant et devint accessiBle aux plus humbles comme aux plus grands. Ce fut de toute part une impulsion spotanée dans toutes les branches de l'activité humaine.

Cependant les régions de l’ouest de l’Atlantique étaient restées inconnues ; la navigation sur cette océan était encore dans l'enfance. Les marins craignaient de s’aventurer sur cette mer orageuse qui leur semblait sans borne. Maïs on conjecturait qu’elle était la route la plus directe vers les Indes.

Colomb était trop bon cosmographe pour ne pas remarquer que les cartes de son temps étaient incomplètes; qu’une bonne partie du monde était encore à découvrir. Il se mit donc hardiment à l’œuvre pour trouver le moyen d’explorer.ces régions immenses. Après avoir étudié la géographie des anciens, compulsé les rapports des navigateurs, examiné la nature des choses, il en vint à la conclusion qu’en allant directement de l'Est à l'Ouest il découvrirait un pays intermédiaire à l’Europe et l’Asie: Pénétré de cette grande idée il n’épargne rien pour

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arriver à la réalisation de son projet. Mais que faire ?.… il est pauvre, dénué de tout, sans protection, seul avec son génie ! N'importe, il s'adressera aux peuples et aux rois.

Par déférence pour sa patrie, Colomb fit part de son dessein à la république de Gênes. Mais les finances de ce petit état ne permettaient pas-d’entretenir d'espoir. Au moins sera-t-il plus heureux à la cour de Portugal. Il eut une première entrevue avec Jean II qui, comme son ancêtre Henri, aimait la science et favorisait l’esnrit de découvertes. Le prince l’écouta avec beaucoup de bienveillance; il fut frappé de la justesse et de la lucidité de son raisonnement. Mais il ne voulut prendre aucune décision avant d’avoir l’avis de ses conseillers. Au nombre de ses courtisans se trouvaient trois hommes dont les noms fassaient autorité dans les académies et les sociétés savantes. Habiles cosmographes, versés dans les sciences exactes, au fait de l’histoire des découvertes et des inventions du siècle, la cause de Colomb devait trouver grâce devant eux. Il le croyait du moins. Son espérance fut déçue. Ces trois hommes ‘traitèrent le projet d’extravagant et d’insensé. La question fut de nouveau soumise à une assemblée nombreuse des notabilités de la cour et du pays. Le résultat fut le même. L’illustre génois allait évidemment au devant de son siècle.

Repoussé à la cour de Portugal, Colomb dont l’énergie grandissait avec les obstacles, passa en Espagne.

C'était le beau temps de la monarchie espagnole. Les deux royaumes de Castille et d’Aragon venaient

d’être réunis par le mariage de Ferdinand et Isabelle. A la voix de ses maitres, le fier Espagnol prend les armes pour repousser l'infidèle et affermir la puissance du Christ. L'empire arabe tombe, affaissé sur lui-même, après plusieurs siècles de domination en Europe. Au son des fanfares et des trompettes, en présence de la chevalerie espagnole, les clefs de la ville de Grenade, déposées sur un plateau d'agent, sont remises aux vainqueurs. Un courant électrique parcourt les raggs de l’armée qui, dans un transport d’allégresse, acclame la bannière royale de l'Espagne plantée sur la plus haute tour de l’Alhambra. Ces succès ne sont que le prélude de nouvelles victoires: Alger, Tunis, Tripoli et la plupart des principautés barbaresques de l'Afrique sont réduites à l’état de vassalage. Les armes erpagnoles sont partout victorieuse; Naples ouvre ses portes aux saldats de la Péninsule et Ferdinand parcourt la Navarre en vainqueur. Tel est le tableau que nous offre la chevaleresque Espagne au XV siècle.

Le projet de Colomb ne gagna pas de suite les sympathies de la cour. Engagé dans des entreprises militaires d’une grande importance pour le royaume, Ferdinand ajournait d'année en année l'exécution de l’entreprise. IL reconnaissait que le plan du navigateur reposait sur une base scientifique et rationnelle ; que sa réalisation pouvait jeter une gloire immortelle sur l'Espagne et assurer à la Péninsule des richesses incalculables en ouvrant une route directe vers l'Inde. Mais il entretenait des doutes sur la possibilité de l’entreprise. La question fut

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donc déférée à un conseil de savants cosmographes, astronomes et mathématiciens de l’université de Salamanque. C’est devant cet illustre aréopage que Île grand capitaine se présenta pour plaider la cause du Nouveau-Monde.

La théorie de Colomb était nouvelle. Elle admettait la rotondité de la terre et l'hypothèse des antipodes. Il ne se sentit pas à l'aise devant cette assemblée de clercs instruits, peu décidés à admettre les nouveautés scientifiques basées sur le raisonnement, prévenus contre tout ‘e qui n’avait pas pour fondement la voix de l'autorité. Il parla avec conviction. Toutes les grandes âmes sont éloquentes. Pas d’objection sérieuses qu’il ne résolût à l’aide de la carte et du compas. Quelques-uns le comprirent, mais une majorité ignorante et orgueilleuse se prononça contre lui.

Enfin, après cinq années de suppliques, Colomb, admis habituellement à la cour, parvint à convaincre le monarque. Seulement, il s'élevait une difficulté. Il réclamait le titre d'amiral et de vice-roi de toutes les terres et de toutes les mers qu’il découvrirait. Les courtisans, jaloux de ces titres plus pompeux que réels, sc récrièrent et firent manquer le projet.

De son côté Colomb tenait à cette juste compensation des périls auxquels il allait s’exposer. Repoussé par la cour d’Espagne il se rendait en Angleterre quand un courrier de la reine Isabelle l’y ramena de nouveau, Un emprunt fut contracté pour subvenir aux frais du voyage, et Colomb, récompensé de sa longue persévérance, fut nommé grand-amiral âe l'océan, vice-roi et gouverneur-général de toutes les

mers et continents qu’il découvrirait dans l'étendue de son amirauté.

Dix-huit années s'étaient écoulées depuis que Colomb avait jeté au monde civilisé l’idée sublime de sa grandiose entreprise ; dix-huit années d’épreuves et de revers. Ici, on ne sait s’il faut admirer davantage la conception du génie ou la persévérance de cet horame à réaliser ce que son intelligence avait conçu. Nous l'avons vu arriver plein d'espoir à Lisbonne, la ville de l'intelligence, le berceau où naquirent les grandes découvertes du XVe siècle. Au milieu de cette société agitée, poussée par l’esprit d'aventure, anxieuse d’ajouter un progrès nouveau aux travaux acquis, il trouverait certainement le levier qui lui manquait, un capital suffisans pour les préparatifs de l'expédition. Il s’imaginait que les hommes instruits de son temps le comprendraient. Comment ne pas se soumettre à l'évidence de sa démonstration ?... pouvait-on méconnaîitre l’inimensité des résultats ?... Tout plein de son projet, il en parlait à ceux qui l’approchaient avec la naïveté de l’enfant qui découvre un nid d'oiseau. Pour lui, de la possibilitée l’acte la conséquence était claire, lucide, palpable, efficace. Mais, on le sait, Colomb rencontra partout sur son chemin des incrédules. Les uns, les plus modérés, se contentaient de sourire en silence à la grandeur de lentreprise, étonnés de se trouver en présence d’un homme sérieux qui voulait en parler sérieusement ; d’autres, et c'était le plus grand nombre, ne cachaient pas leur dérision et leurs sarcasmes. On lui tournait le dos en criant au paradoxe, et on le rangeait au nombre des fous sublimes.

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Va-til se décourager ? Non. Il aborde les rois, pénètre au sein des cours, au milieu des courtisans et des Grands d’Espagne et de Portugal ; il s'adresse aux universités, partout sa parole est la«même: il plaide la cause de l'humanité et demande silence au nom de la science et du raisonnement. IL est grand, il est éloquent; toute son âme est sur ses lèvres. A ses arguments, on répond par des railleries et des quolibets ; à l’invective, il déploie la carte du globe, prouve la sphéricité de la terre et la possibilité de son parcours de l’Est à l'Ouest. Les plus fanatiques vont jusqu’à l’accuser d’impiété et cherchent à le mettre en contradiction avec la bible et les saints pères. En définitive, Colomb n’est qu’un imposteur, un solliciteur ennuyeux, un ambitieux vulgaire qui veut faire fortune en caressant le trésor public.

Et, n'est-ce pas là l’histoire de tous les grands hommes ?.. Il semble que l'humanité s’est toujonrs montrée’ jalouse de ceux qui ont voulu s’en constituer les bienfaiteurs. Le bien ne s’accomplit qu'avec difficulté ; il faut faire violence aux passions et aux préjugés des hommes pour le faire reconnaître. La vérité et la justice, malgré lauréole éclatant qui les acco npagnent, passent lentement à travers le monde, parfois inaperçues, souvent méconnues et conspuées. Mais Dieu qui est la justice et la vérité veut que ses attributs soient affirmés sur la terre. Pour accomplir cette mission, il donne aux natures privilégiées l'étincelle du génie. Colomb était de celles-là. Ni les hésitations des princes, ni les railleries des courtisans, ni les jalouses prétentions des érucits, ni les grossiers sarcasmes du peuple n’ont pu lasser sa per-

sévérance. Il était plus fort que tout cela ; il avait la vérité avec lui. Elle se réflétait vivante, palpable, indéniable dans son intellect; elle prenait des proportions tangibles et mathématiques; elle était une, efliciente et coordonnée. Pendant dix-huit ans il est raillé, insulté, condamné à l’humiliante condition de solliciteur, pauvre, dénué de toute ressource, repoussé des grands, incompris du peuple; pendant dix-huit ans il incline son noble front devant la main qui l’abaisse, et rendant hommage au Dieu de l’univers, il voue un culte à sa sublime théorie du Nouveau-Monde. {nclinons-nous devant la mystérieuse grandeur de la Divinité et admirons ses décrets! Colomb fut, comme tous les grands hommes providentiels, un instrument dans la main de l'Eternel.

Le 3 août 1492 l'aurore à son lever éclairait trois voiliers qui balançaient coquettement leurs mâtures effilées dans les eaux traquilles du port de Palos. C'étaient le Santa Maria, la Pinta et la Nina ; elles portaient Colomb ému jusqu’aux larmes de la solennelle grandeur de son entreprise. Le signal est donné; les trois caravalles s'élancent à la fois aux cris de la muititude qui borde le rivage. Spectacle grandiose et solennel ! On le sent cette petite flottille porte dans ses flancs les destinées de l'humanité ; elle doit accomplir le plus grand événement des temps modernes. Les nations saisies d'épouvante à la grandeur de l’entreprise, anxieuses. et muettes, suspendent un moment leurs courses folles pour assister au dénouement de ce drame chevaleresque.

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Toute l’Europe civilisée a les yeux fixés sur un seul homme. L’historien cesse d’embrasser dans son vaste coup d'œil le mouvement de tous les peuples et suspend son vol altier pour suivre, à travers les mille écueils d’une mer inconnue, la grande figure de Christophe Colomb.

Les épreuves de Colomb ne devaient pas se borner aux dégouts dont les cours de l'Europe l'avait abreuvé ; de nouveaux obstacles allaient retremper son courage. L'entreprise était hasardeuse, l'équipage le savait. Il fallait toute l'autorité et le ton imposant de l’amiral pour maintenir les marins dans les bornes du devoir. Trois jours s'étaient à peine écoulés qu'ils voulaient rebrousser chemin. Arrivé à l'île de Fer, la dernière des îsles Canaries, Colomb crut qu'il ne réussirait pas à dominer son entourage. La petite flotille entrait dans des eaux inconnues, sillonnées pour la première fois par les trois caravelles espagnoles.

Les vents alizés, soufflant constamment dans la direction de l'Est à l’Uuest, enflent les voiles et poussent les vaisseaux avec rapidité dans l'océan sans borne, La mer esi calme, l'air est frais et pur, un spectacle grandiose s'offre à l'œil des marins consternés. Comment revenir sur leur route avec un vent toujours contraire ?.…

Les phénomènes les plus simples jettent la consternation dans l'équipage. De brillants météores parcourent la voûte céleste et vont s’effronder dans l'océan, laissant dans l’espace une trainée lumineuse aux mille couleurs de l'arc-en-ciel. Et puis cette mer sans fin, profonde, insondable, n’allait-elle pas

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