M'"*' F. B. BRIQUET, AN XII DE LA R. F
A peine sortie de Tenfaiice, Louise Labé excellait dans la musique vocale et instrumentale. Elle savait même le grec, le latin, Titalien et FespagnoL Toutes ces occupations ne tui firent pas négliger Fart de faire des tapisser ries. Son cœur é\ai\ tendre et bon, son ame était forte et élevée; tous ses goûts furent des passions : elle eut d'abord celle de la musique, de la chasse et de la guerre.... Elle épousa Ennemond Perrin, homme ^é et très riche, qui faisait un commerce considérable decordages, La maison qu'elle habitait était une des plus belles de la ville; ses jardins étaient immenses, et très ornés pour le siècle ou elle vivait Elle rassembla dans sa bibliothèque les meilleurs ouvrages qui existaient dans toutes les langues qu'elle connaissait. La haute considération dont Louise jouissait, la lia arec les personnes les plu^ distinguées. Les étrangers s'empressaient de lai rendre leurs hommages. Plusieurs d'entr'eux fixaient leur séjour à Lyon, pour jouir des charmes de se^ société^ Les savant^ et les poètes de toutes les nations se firent un devoir de la célébrer dans leurs écrits. Son époux fut sensible au bonheur de posséder une femme d'un mérite si rare ; il l'aima toujours tendrement, et dans les derniers moments de sa vie il disposa de tpus ses biens en sa faveur.
Après la mort d'Ennemond Perrin, elle aima et elle fut aimée de l'amant de Clémence de Bourges avec lar* quelle elle était très liée, mais cet événement les désunit
Les poésies de Louise ont dé la délicatesse ; Tamour qui
Dans ses écrits encore exhale sa chaleur,
la fit nommer à juste titre la Sàpho de son siècle, on aurait pu ajouter : la Sapho de la France, car elle est peut-être la seule femme poète que les Français puissent
mettre en parallèle ayec Tamante de Phaon Quelques
auteurs ont loué sa chasteté et ses vertus ; d'autres, au contraire, l'ont regardée comme une courtisane. Se)5 ouvrages lui firent beaucoup d'amis et d'ennemis. Ils frappè-r rent d'admiration ceux qui avaient le goût des belles choses; mais ils devinrent un sujet de scandale pour les autres, quoique les productions du temps où elle vivait
ne fussent pas écrites avec plus de décence que les sien-
ne». Les dames lyonnaises surtout lui fiirent opposées : incapables de sentir le prix des talentsi, elles ne purent voir ceux de Louise srfns jalousie. Pour motiver leur haine, elles prétendirent que dans les poésies de leur célèbre compatriote, il y avait des passages où elle leur reprot^hait indirectement leur ignorance et leur frivolité. Ne pouvant diminuer sa réputation littéraire, elles attaquèrent ses mœurs. Sa rupture avec Clémence de Bourges les fit triompher. EUes peignaient Louise squs les^plus noires couleurs, tandis qu'elles auraient dû la plaindre et lui pardonner. On peut lui appliquer ce qu'on a dit de Sapho (AnacharsiS;, in-8**. t. 2, p. 71. ) : « La mort n'a pas encore effacé la tache imprimée sur sa conduite, et peut être ne sera-t-elle jamais effacée, car l'envie qui s'attache aux noms illustres, meurt à la vérité ; mais elle
laisse après elle la calomnie qui ne meurt jamais. » Dictionnaire historique littéraire et bibliographique des Françaises^ dédié au citoyen Bonaparte premier consul. Par M™« Fortunée B. Briqpiet. Paris, Treuttel et Wurtz, an XII de la R. F.