L. PBUDHOMME
Le père de Louise Labé lui donna une éducation très soignée, lui fit apprendre la musique, plusieurs langues, et, ce qui n'est pas ordinaire, elle reçut des leçons d'équitation et de tous les exercices militaires : on la vit même,
(*) Celte coDJecture se trouve déjà daos les Recheic'iej sur les théâtres fie France y par de Beattcliamps. Pari», 1735, t. I, p. 354.
dès Page de seize ans, en 1642, figurer parmi les guerriers français au siège de Perpignan. Son nom de guerre était le capitaine Loys. Parmi les éloges que les écrirains . du temps lui prodiguent, ils n'oublient pas de vanter la force de son bras, son courage et ses exploits* La première campagne de Louise Labé ne ifut pas heureuse, les Trançak forent obligés de lever le .liiège de Perpignan. EUe renonça alors au métier de la guerre pour se livrer à Tétude, à la poésie et aux amours, qui furent ses principales occupations. «•••• Des écrivains ont émis des opinions diverses sur les mœurs de la belle Gordière : la lecture de ses œuvres et le rapprochement des témoignages des auteurs ses contemporains doivent seuls résoudre la question. Quelques-uns ont vanté sa vertu, son honnêteté ; mais honnêteté et tertu, ne signifiaient pas alors, comme aujourd'hui, pureté de mœurs : Brantôme est notre garant Quelques-unes de ses poésies et surtout le sonnet
18 de ses œuvres, déposent contre sa chasteté. On ne peut citer que les quatre vers qui le terminent :
Permets, m'amour, penser quelque folie :
Tousjoars suis mal, vivant discrètement, Et ne me puis donner contentement, Si hors de moy ne fais quelque saillie (*;.
Il paraît que Louise Labé parcourut successivement toutes les phases de l'amour. D'abord amante sincère et
(*) On prétend qne NiDon de Lenclos disait : « Ce qui nous attache à un amant n'est pas toujours de l'amour» mais une certaine conformité de goÀts, l'habitude de se voir, le désir d*ëchapper à soi'méme, la nécessité d'avoir quelque galanterie....»
passionnée, ensuite coquette, puis elle fut galante dans fe sens le plus étendu de ce mot. Mais considérons que Louise Labé se trouyait placée dans un siècle où la ga* lanterie était eniionneur, et entourée d'adorateurs aima-^ blés ; si elle eût pu résister à tant de séductions, sa résistance eût été un yéritablc héroïsme. Une certaine éleva* tion d'âme, son goût pour Tétude, ses talents yariés et fort extraordinaires pour son siècle, firent disparaître, aux yeux de la plupart de ses contemporains, toutes les taches de sa conduite épicurienne. Les nombreux témoin gnages d'estime et d'admiration que lui ont prodigués les écrivains de son temps, la rue de Lyon où sa maison était située, qui a conservé son surnom, prouvent la haute considération dont elle jouissait Q... Les poètes, qui se font un devoir de l'exagération , ont beaucoup exalté sa beauté. Des prosateurs plus sincères, et peutêtre moins intéressés, assurent qu'elle était plus gracieuse que belle ; tous s'accordent à dire que ses grâces, son esprit, son savoir, ses talents, les vers qu'elle composait,
(*) En 1790, un des 28 bataillons <le la garde nationale de Lyon, celui de la rue Belle- Gordiére, rendit hommage à la mémoire de Louise Labé en adoptant son surnom, et en décorant son étendard du portrait de cette , femme célèbre, entouré d'attributs et de légendes, voici la description de ce drapeau.
BATAILLON BELLE COEDIÉRB.
« Louise Gbariy, femme d'un cordier, fit, en 1550, un poème sur la liberté. Sa beauté et sa science ont formé l'emblème suivant :
La belle Cordière est vêtue simplement, assise sur un lion ; une guirlande de fleurs lui desccmd de l'épaule gauche au côté droit; de la /main droite, elle tient une pique entrelassée de lis, et surroontéo du chapeau
el qu'elle chantait en s'accompagnant de son luth, faisaient le charme des adorateurs nombreux et distingués
qui se réunissaient chez elle La première édition de
ses (Buvresîiii donnée en 15â5, par Jean de Tournes, homm<e de lettres, imprimeur distingué à Lyon, et un de ceux qui étaient admis dans la société de Louise Labé. Biographie universelle et historique des femmes. téWtres^ publié par L. Prudhomme père, auteur des Réyolutions de Paris, etc, Paris^ LeMgre, 1830, in-8^, tome 3, p. 122.
ï>UGAS-M0NTB£L, 1830.
On est fort entrepris quand on veut savoir quelle chose de certain sur les mœurs de nos deux muses lyonnaises , Louise Labé et Pernette du Guillet. Les auteurs contemporains en parlent fort diversement et d'une manière si
de Guillaume Tell, res/aiina/ettr de la tibèrté Helvétique ; à ladite pique est encore adapté un ràban snr ^quel est cette légeude :
Tu prédis Aof âesHns, Charfy, belle Cordière^ Car pour htiter nos fera tu volas la première*
De Tautre côté dà ruban est gravé :
Belle Ccrdière^ ton espoir n*etait pas vain.
Au chapeau de Guillaume Tell est le panache aux trois couleurs. De là main gauche, Louise Labé tient son poème sur la liberté Françoise» qui est appuyé sur un globe terrestre. Le lion tient sous une de ses pattes le livre de la Constitution ; à c6té est l'autel de la patrie» où brûle le feu du patriotisme ; d'un celé est une plante d'olivier, signe de la paix, et de l'autre une de laurier, signe de la gloire ; des livres en désordre sont à ses pieds, qui désignent sa science.» Almanach de JL^on, de 1790 p. 56»
contradictoire, qu'il est permis de supposer un peu d'exagération des deux cotés. Bulletin universel de Mi de Ferussac, section des sciences historiques, n^ 5, mai 1831, p. 106.
PIX.
Gopgle