EN 1744, DOCUMENTS HISTORIQUES
t»OtTR SERVIR A L HISTOIRE DE LA. VILLE DE ttOlf , AU XVIII* SlitCLEi
Les progrès des sciences qui abrègent la main-d'œuvre ont de toat temps ému et soulevé les ouvriers , qui , du reste ^ ont tpujonrs été victimes des mauvaises inspirations qui les ont ainsi déterminés à vouloir faire obstacle à l'irrésistible mouvement de Tesprit humain. Le séjour de Yaucanson à Lyon , en 1744 , en est une preuve de plus. En voici le récit :
Jacques Yaucanson» chargé par le cardinal Fleury d'inspecter les manufactures d'étoffes de soie , se rendit à Lyon, en 1744, où il ne tarda pas à introduire des pérfectionuements dans l'industrie de la soierie. Ces perfectionnements mécontentèrent vivement les ouvriers , et des voies de fait ne tardèrent pas à suivre les injures. Citons à ce sujet le texte de la Biographie universelle :-
a ir fQt poaraaivî à coops de pierres par des onvriers en soie, « parce qu'ils avaient odi dire qo'il cherchait à simplifier les « métiers. Pour s'en venger, il construisit une machine avec lace quelle on âne exécutait une étoffe à fleurs. Il mit fin par là à V une discussion où l'on faisait yaloir, auprès du gouvernement, ce l'intelligence peu commune que devait avoir on ouvrier en c< étoffes de soie, dans la vue d*ofotenir, en faveur de ces fabri- « ques , quelques-uns des privilèges que ripnorance accorde « qudquefois à l'intrigue, sous le prétexte si commun] e( souci vent si trompeor du bien public. »
Nous n'admettons pas la conséquence qui semble résul-
!ct de la citatiao précédente ; car an génie Ici que Vaacanson pouvait opérer bien d'antres merveilles dans la plupart des branches d^ndnstrie et de connaissances humaines étrangères â la fabrique de la soie , sans que pour cela on ait le droit de comparer ceax qui les exercent à des ânes. Les automates pariant n'ont jamais prouvé rinintelligenee de la parole, de l'éloquence, de ce verbe sublime qui a fait de rhommeJe chef-d'œuvre de la création.
La mécanique reçut do Yaucanson un grand essor , Ton peut en juger par les nombreuses machines de son invention, qui existaient encore en Pàn II de la République française dans le Conservatoire des arts et métiers ; voici le catalogue tel qu'il fut dressé à cette époque. « Machines inventées par Yaucanson, pour la construction des moulins à soie : les moulins à soie eux-mêmes , les machines propres au cordage et à la Glatnre du coton, les métiers à fabriquer les étoffes dans toutes les largeurs avec la navette volante , des moyens mécaniques pour la réduction des marches, et les changements de navette à employer pour les étoffes de différentes couleurs , des métiers propres â fabriquer plusieurs pièces d'étoffes àla fois; tes machinera faire les lacets ^ les cordonnets, des métiers à tricot ordinaire , à tricot sans envers , à mailles Gxcs, à peluches, à tricot sur chaînes, des métiers â dentelle, avec un grand nombre d'autres machines on modèles de machines employées daps les divers ateliers des arts. » (1)
Yaucanson n'était pas le seul qui s'occupât de perfectionner nos fabriques. Dans. le silence du cloître , un do nos compatriotes, le père Péronier, minime , en faisait l'objet de ses veilles , et c'est à lui que l'on doit la première idée de monter la soie à tours comptés ; il voulait , disait-il •! (2) «que Ton vende son organsin à l'aune ,
(1 ) Instruction sur la manière dHnventwrier et de conserver, dans^ toute l'étendue dé la République , tout le$ objets qui peuvent servir aux arts , oimt sdences et à i' enseignement , proposa par la commission temporaire des arts^ et adoptée par le eom^ d*instruction pùUique de la Cont>ention nationale. — Pa*ris , rmp. nationale » l'an II de la Répobriqoe nrani^aise.
(2) Prospectus d'une souscription pour la construction d'un nouveau moulin à soie , de Vinvention du père Péronier , minime. Lyon, Aymé de la Roche, t770, lo-fol.
pour ainsi dirp autant qu'au poids ; il pcosait que messieurs les fabricants, apiès Fadoptioo générale de son moulin, n^auraicnt plus à soupçonner la fidélité de leurs teinturiers , et ceux-ci ajouteraient le plus grand prix à Yoir leur probité à Tabri de tout soupçon ; il . faut être fabricant pour apprécier ces avantages , ils n*ont pourtant pas échappé à Yaucanson, puisqu'il a cherché à les procurer^ .mais sans doute par une. suite de cette loi générale, qui met une gradation dans les profilés de toutes les connaissances positives^ il était réservé au P. Péronier de déterminer fa longueur deTécheveau, perfection propre du nouveau moulin, et inapplica|)le à tout autre. »
Yaucansou a publié un .mémoire critique sur le mou^ lin à^organsiner les soies, exécuté à Lyon par le P. Pérpnier , minime > dont les faibles ressources qu'il pou< vait avoir dans son état de simple religieux , l^ déter*^ minèrent à en demander au ministre en lui présentant un méttioire descriptif de son moulin ; ses plans furent adressés à l'Académie des sciences qui,. par l'organe et sur le rapport d'un de* ses membres , les a imprOuvés dans un mémoire imprimé. Le P. Péronier fut assez heureux de trouver un défenseur zélé dans M.du Perron, . qui publia des Lettres servant 4e réponse au mémoire critique de Vaucanson. » (1)
Dix ans plus tard un autre Lyonnais inventa un nou^ veau métier pour toutes les étoffes en soie brochées et autres, dédié et présenté au roi eu si 780 par son tr^srespectueux et fidèle sujet Glande Rivey , mécanicien et fournisseur de la garderobe de S. M. et doLL. AA* RR. M. le comte et Bl'^^la comtesse d'Artois .Ce métier réunit deux objets principaux et six accessoires.
Le premier elj'et , la suppression (les fireors de cordes aax étoffes brochées et iaçonoées » ee qui évite à rooyrier le besoin d'an aide, des pertes de temps considérables , et rend à ragricQltnre bien des sojets qoi perdaient leur santé dans cet état.
Deuxième objet. La rédaction de trente-six pédales et plus à une sente, ce qoi évite la défectuosité aux étoffes, et des incom^ modités aux onvriers.
Lesaccesoires sont, 1^ le décrochement an lien du dénoûr ment des cordes de Tétoffe du corps de l'étoffe.
(1) Lyon, Jacqnenod ètftasand, libraires, 1770»
2® Ledébooclage des samples et rames poor le prompl ehangemenl do dessin ;
3® Un cassin pour les varier à l'iDdoi ;
4^ Des roaleaax dé \erre pour éviter aux cordes de tomber entre les poulies dd cassîo*
5<^ Un guide pour indiquer à l'ouvrier les nuances d«nt il doit brocher ses fleurs:
6^ La solidité des métiers sans ponleanx ni élayes . ce qai ne dégrade aucunement la maison comme ci-devant, et donne plus de brillant et de carte aux étoffes.
Toutes ces découvertes importantes aq comi^erce et à l'hamanité, d'après le désir du gouvernement, ont été examinées en 1770, par MM. les intendants du commerce, par TAcadémie des sciences, par MM. delà Société libre d'émulation, et le corps des fabricants de Paris ; en 1781 , par MM* les prévôts dei marcbands, écbevins» syndics du commerce, maitres-gardes, fabri** cants et passementiers à Lyon, ainsi que par TAcadémie et la chambre de commerce qui les ont également examinés et ap« prouvés.
L'auteur a aussi inventé les tricots à fleurs, source d'une nea- Velle branche de commerce, dont l'importance a été reconnue et approuvée en 1775. (Voyez la GaxeUê df France du 29 juin 1776.)
Cette description lait partie d'une tràs-grande gravure représentant le métier de Claude Rivey, vu do lace et de profil. Audessous sont gravées les armes de France, puis le texte que nous venons de transcrire.
Jacquard avait-il connaissance de ce métier ? y a^t-il puisé le sien? Il serait très-curieux pour une personne initiée à la fabrique de s'occuper de ceé recherchée.
La présence de Yaucanson dans noire yilte fat proba<^ blement le point de départ de la sédition excitée à Lyon au mois d'août 1 744, par les ouvriers et les compagnons en étoffes de soie, les^maltres-gardes de la communauté des fabricants de basdesoie^ ceux des teinturiersetdeschar<> pentiers» crocbeteurs et gens de peine des différenis ^orts. Lés troubles et les désordres furent etcessivement graves, à tel point que lé Consulat se vit forcé, pour eq éviter de plus grands» de rendre plusieurs ordonnances dictéee et imposées par les séditieux pendant nn mo^ ment de triomphe ; ces ordonnances furent cassées pa( arrêt du conseil d*Eta(, et les ouvriers, qui les avaient exigées, furent poursuivis, mis en jugement par lettrespatentes du. roi, jugés à Lyon el punis aveo une ierriblo sévérité*
La rareté de ces pièces historiques et le contraste des formes judiciaires de cette époque avec celles de nos jours nous engage à tes reproduire, ainsi qu'il suit, dans leur ord^e do date.
ORDONNANCES lUPOSÉKS AU CONSULAT VU LA VILLE , Bfi LYON PAR LES SfiDITIEOX (1 ).
Diforliroiet WÈùnaémr 1$ priootf <ie» marehmnd» H tammanâ^nt
à Lyon.
« Il est ordonné qoe les règlements de là fbbrigdé de 1737 seront exéentés ainsi qu'ils étoient avant ceox de 1744, qui sont regardés comme non-avenas, et demeurent supprimés ; le tont sans appel.
Enjoint ani maîtres marchands de s*y conformer, et nuit maîtres-gardes, tant marchands, petits marchands qo'oavriers €Î-deTant en charge, de tenir la main à l'exècation dtt règlement d»i737, leqiMl sera dé nouveaa la , publié et affiché. Et sera la présente ordonnance, loe, publiée, imprimée et affichée partoât où besoin sera.
Il sst oRDONNlb aux mattres-g.irdes, marchanda, petits marchands et otrvriers, satoir : les siieurs Benoît, de Pravieox, Gî-^ rarden, Guy, Madiiiier, Desfarges et autres requis, de signer au bas de notre ordonnance, pour Tapprouyer et y donner plein consentement.
A Lyon, ce 6 août 1744.
<c Signé f Glaret de la Toobettb, PRâVôT des marchands.»
De par m€sneur$ leêffrhoU des marchands et échevins de Lyon, ' jugea CùmuMreê de la paiiee' des arts et méHere de îadîU «die, (2).
« StTPLiEMT humblement les mattres-gardesde la c<>mmonautè des mattres teinturiers en soye de celte YÎIle, et foos remontrent jioe Fordonnaoce par vobs rendue , le 40 join dornier, quoique rejtdQe'Sur deju^lea motUs, leur parptl.préindîciable aux injtér rets de leur communauté , et pourtant leur paroit devoir être réyoquée pour maintenir le bon ordre et la police publique.
« Ce coNsioÉRfi, il vous plaise prononcer que yolre ordonnance do 10 juin dernier sera révei]aée et regardée conune non avenue» et que les statuts du règlement do Tannée 1716, seront exècntés comme ils Tont été jusqu'au dil joar , 10 juin dernier, iei ferez, messieors, justice.
Signés : Gasmrd • Sdrrt , Loms Foornier , FRàii^ets Gautier , Antoine Cottier , Etienne Dubois, Aicbard , Antoinu DEYAUTy Jacqdes Roubet.
(1) Lyon, imp, d*Àimé dè^a Roche, in-fol.
('2) Lyon^imprimerie d'Aimé de ia Roche fim, ïa-tol
c< Vea la susdite requête présentée par les niallres gai des Je la cûmmunaoté dos maîtres teinturiers en soye de cette ville ; tendant à ce que notre ordonnance du 10 juin dernier soit révoquée et regardée comme non avenue , et que les statuts et règlements de Tannée 1716 soient exécutés comme ils l'ont été jusqu'au dit jour de notre ordonnance du 10 juin dernier,
<c Le consulat ▲ obdonné et ordonne que du susdit consentement desdits maîtres-gardes . notre inrdoQntnee du 10 juin dernier demeurera supprimée, etsera regardée comme non avenue, et quele8statat8clrègl6ment3da Tannée 1716, seront exécutés comme ils l'ont été jusqu'au dil jour <Se notre ordonnance do 10 juin dernier : le tout sans appel. Et sera Ja présente ordon-^ nance, lue , publiée et affichée , pour que , tant les maîtres qae compagnons , n'en prétendent cause d'ignorance et passe outre comme pour exécution de règlement et fait de police d'arts et métiers , nonobstant opposition ou appellation quelconque et sans préjudice d'icelie. Fait à Lyon par nousprévost des marchands et échevins de ladite ville, le 7 aoàt 1744. »
Signée : Glà&bt de la Todbbtte , Ykir^^Y ,
BaHBIER , GiLLBT, MONLONa.
De par messieurs h* prêvostdes marchands et éehmn»de Lyon , juge» consulaires d^. la police dês arts et, métiers de ladite
viUe. ii).
a SuppuBNT humblement les maîtres-gardes de la communauté des maîtres charpentiers de cette ville , et vous remontrcnt, qu'ils avoient cru devoir, pour le bien d.e la communauté, vous demander l'ordonnance que vous rendîtes le 28 novembre dernier ; mais comme ils se sont aperçus depuis que les dispositions de cette ordonnance , bien loin d'élre avantageuses à leur communauté, po^rroient lui être préjudiciables, c'est pourquoi ils requièrent à ce qu'il vous plaise. Mbssiedbs , supprimer ladite ordonnance du 28 novembre dernier , et ordonner que les statuts et règlements de ladite communauté de Tannée 1732 , seroient exécutés comme ils Tontété ayant ladite ordonnance.
Signés , A. Yalluh » F. Pa«b > P^ Pbbaçhb , Ponchon.
« Vcu la susdite reauéte présentée par les mattres-gardes de h communauté des charpentiers de cette ville ^ tendant à ce que notre ordonnance du 28 novembre dernier soit révoquée, et que les règlements et statuts de ladite communauté de Tannée 1732, soient exécutés suivant leur forme et teneur , et comme ils Tout été avant notre ordonnance dudit jour 28 novembre clernior,
« Lb CONSOLAT A OBDONNÉ ET ORDONNE ensuîto du Consentement des maîtres-gardes, que notre ordonnance dudit jour 2B.
(1) ALyonyimp, à*Àjtnié de kifiocAe, 1744^ in-fol.
novembre dernier, deroeurera révoquée et commenon avenue: et en conséquence que lesdits statuts et règlemenfs seront exécutés comme iîs l'ont été jusqu'au jour de notre dite ordonnance, le tout sans appel. Er sera la présente ordonnance imprimée , lue, publiée et affichée et exécutée, nonobstant toutes oppositions et appellations, comme pour fait de police d'arts et métiers.
<i Fait an consoM le 7 aodst 1744 .
Signés CLàntt de la Tonaens, Yilebat , BiEBiEa ,
GlLLBT , MOMLOKa. »
AtttroUtànosseign0ur4!d6[$onùim$eU{i}s
^« Les marchands fabricants en drap d!or, d'argent et de soye à Lyon , soussignés,
Représentent|lrèd bamblément à votre majeité : '
«Que lorfsqu'il fut qnesiioB de parvenir au tellement fait en Tannée 1737, les suppliants firent des représentations au sujet de plusieurs arlicles qui furent décidés par le conseil, les uns conformément à leur mémoire , et les autres d'une manière entièrement opposée.
a Lors dn dernier règlement concernant leor fabrique ,. qui a été fait Tannée présente 1744, les suppliants en usèrent de >mème, et n'ayant pas assez examiné la matièrp, ils demandèrent plusieurs choses qui leur ont paru depuis très préjudiciables an bien de la manufacture; et après avoir bien discu'é tons les articles dq nouveau règlement , ils ont trouvé que les marchands qui font travailler des métiers chez eux avaient dejustes sujets de se plaindre de plusieurs dispositions contenues dans ces nouveaux règlements, et que celui de 1737 convenait mieux à ^Intérêt général de la communauté, et à celui des membres qui le composent/ que celui de la présente année, ce qui les engagé? d'adhérer aux vœux des maîtres travaillant pour leur compte, et de ceux qui ne travaillent qu'à façon; c'est pourquoi ils recourent à Votre majesté et à Nossbigneubs de son conseil ;
a A CE qu'il plaise A'votms MAJESTÉ ^ en fonfirmant Tordonnance rendue par le& sieurs prevost des marchands et échevins de cette ville,Jugcs de police des arts et métiers de Lyon,le6de ce mois d'aoust ; et celle do M. Pallu \ commissaire, départi par VOTRE MAJESTÉ dâus CCS provluccs, Ordonner qu'elles seront exécutées selon leur forme et teneur: ce faisant, que les règlements de 1737 seront obseryés de point en point , comme si le règlement de 1744 , n^étoit pas intervenu , et ordonner quMl demeuj*era sans cfifet et sans exécution ; et les supifants continueront leurs vœux et leurs prières pour la santé et prospérité de votre