LES UOMAINS SOUS L'EMPIRE
La lâche que s'est proposée M. Merivale est immense ; il a entrepris d'écrire l'histoire des Romains, c'est-à-dire l'histoire du monde antique , depuis la chute des institutions républicaines jusqu'à l'époque où le siège de l'empire fut transféré de Rome à Constantinople. Trois volumes ont déjà paru; les deux premiers, dont je vais rendre compte, et qui ne sont qu'une introduction à ce vaste ' sujet, sont remplis tout entiers par le récit de la lutte entre Jules César et les champions du parti oligarchique. Le second tome finit à la mort du dictateur. D'après l'étendue de cette introduction, un mathématicien devinerait
(i) A Hislorij of ihc Romans under llic empire, by Charlcî Merivale. London, 1850, tomos I ot II,
2liS MKLA.Nl.ES lll^lOUiyL'tS ET LrrriiRAiRK.s.
probublenientic numéro du dernier volume, et, en France, il y a des lecteurs que ce chiffre pourrait effrayer ; mais les Anglais sont gens de résolution, qui ne craignent pas les ouvrages de longue haleine, voire les plus sérieux. Pour moi, je pense que si M. Merivale continue comme il a commence, ni ses lecteurs ni son éditeur n'auront lieu de se plaindre; un livre n'est jamais long s'il est instructif et intéressant.
II est vrai que des écrivains excellents ont déjà traité le même sujet, mais la miné est riche encore, et plus d'un lilon précieux reste à exploiter. Les recherches ingénieuses de l'érudition, les progrès de la critique moderne, surtout notre récente expérience des révolutions, nous ont rajeuni, pour ainsi parler, l'histoire romaine. Nous comprenons mieux aujourd'hui peut-être qu'il y a un siècle les mœurs, les passions, le mouvement politique de l'antiquité, et nous commençons à nous apercevoir que nous n'avons pas tout appris sur son compte dans nos années de collège. D'ailleurs, le système des études historiques a bien changé depuis quelque temps : maintenant on veut ' rattacher tous les événements à une idée générale qui les domine et les explique. Un auteur doit donner à sou • lecteur un fd qui le dirige au milieu du lajjyrinthe des faits où les causes et les résultats se confondent; en un mot, ce qu'on demande aujourd'hui à un historien, c'est qu'il devine le secret de la Providence. Je n'ai pas à examiner si la chose est possible, si un tel système offre des inconvénients ou des avantages; à mon avis, pour juger une œuvre d'art, il vaut mieux se mettre d'abord au point de vue de l'autour. Observons seulement si le désir d'ap-
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porter des arguments à son système ne l'entraîne pas quelquefois hors des règles d'une saine critique.
Dès le début de son livre, M. Merivale expose son plan et fait ressortir l'idée qui doit présider à tout son travail. Dans les quatre siècles de révolutions dont il va tracer le tableau, il est frappé surtout de la lutte des classes privilégiées contre le reste des hommes. Au moment où commence son récit, deux grandes victoires ont été obtenues déjà sur l'oligarchie romaine ; les patriciens ont été obligés d'élever les plébéiens à leur niveau et de les associer à leur domination sur le reste du monde; puis les Italiotes, à leur tour, ont réclamé le partage de la gloire et des avantages attachés au droit de cité romaine. Après di' longs combats, il a fallu les admettre au rang de citoyens. Rome est demeurée la reine du monde ; mais, à présent, Rome c'est toute l'Italie. On sent que l'exemple sera contagieux; les provinces voudront être adoptées par la Ville éternelle comme l'on été les petites nations de la Péninsule. Cette cité, si exclusive autrefois, sera contrainte, un jour, d'ouvrir ses portes au monde antique, et le christianisme achèvera de consacrer l'égalité de tous les vassaux de l'empire. Pour M. .Merivale, l'établissement du christianisme sur les ruines des religions païennes, c'est la conquête de Rome par ses propres sujets.
On peut contester, à cette vue générale, le mérite do la nouveauté, mais ce n'est pas une raison pmir qu'elle soit moins juste. 11 y a longtemps, en effet, qu'on l'a remarqué, la grande révolution opérée dans le monde par la diffusion du christianisme a été prcparéo ])ar la réunion (1<,'S peuples sous rempire des Césars. Loi'sqtie
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le monde était encore partagé entre des nations rivales, obstinément attachées à leurs institutions propres, la communication et l'échange des idéescivilisatrices étaient bien difliciles. La guerre, la guerre divine, comme l'appelle M. de Maistre, détruisait seule les barrières élevées entre les peuples. L'unité de gouvernement, suite de la conquête romaine, amena l'unité de nationalité pour tous les sujets de l'empire, et cette dernière était indispensable pour fonder une religion dont la morale est demeurée universelle.
A ce grand et incontestable mouvement vers l'unité opéré dans le monde romain, M. Merivale rattache le commencement et les progrès de l'iniluence des classes moyennes. Excitées, et pour ainsi dire créées par des ambitions en guerre contre des oligarchies usées, les classes moyennes ont profité lentement, mais sûrement, des révolutions qui ont dépouillé les classes privilégiées. Quel que soit le champion qu'elles aient adopté, quel que soit le résultat immédiat de ses efforts, les classes moyennes en ont recueilli les fruits, et chaque révolution a vu s'accroître leur importance politique. Telle est, si je ne me trompe, la thèse que M. Merivale doit développer dans son ouvrage, et qu'il discute déjà dans son exposition.
Je ne prétends point nier que si l'on embrasse dans une vue générale toutes les révolutions de l'empire romain, si l'on en examine toutes les conséquences, il ne soit possible d'y reconnaître cette marche de la civilisalion et ce développement continu, mais très-lent, des classes moyennes. Seulement, l'auteur me paraît un peu
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prompt à signaler leur influence dès l'époque qu'il a prise pour son point de départ. A Rome, dans les dernières années de la République, existait-il quelque chose comme un tiers état, des classes moyennes? j'ayoue que je les cherche en vain. Si, par ce mot tout moderne, on entend les citoyens d'un État que leur position met à l'abri de la corruption ou de la violence, sur lesquels la persuasion agit surtout, et dont l'opinion donne une force morale immense à celui qui devient leur représentant, où les trouvera-t-on au septième siècle de Rome ? je n'y vois que des patrons et des clients. D'un côté, un petit nombre d'hommes possesseurs d'immenses richesses et d'un pouvoir presque sans bornes; d'un autre côté, une masse avide, corrompue, passionnée, changeant sans cesse de parti et de maître. Aujourd'hui, enthousiaste du consul qui a fait mourir sous ses yeux mille gladiateurs dans le cirque, elle traînera demain ses statues aux Gémonies, si un rival, plus riche, sait faire couler plus de sang pour l'amuser, ou lui dresse des banquets plus splendides.
L'agriculture , le commerce , l'industrie , les arts font les classes moyennes dans nos sociétés modernes, parce qu'elles donnent l'indépendance à ceux qui s'y adonnent avec quelque succès. Dans la Rome antique toutes ces professions étaient le monopole des riches qui les faisaient exercer par leurs esclaves et par leurs affranchis. Le citoyen romain qui ne possédait que quelques arpents de terre, ou bien une industrie quelconque, se trouvait dans une position très-désavantageuse vis-à-vis du sénateur, son voisin, maître de milliers d'esclaves. Le blé qu'un descendant de Cincinnatus aurait récolté à la sueur de
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son fiont, à ([iii l'eùt-il vendu ? Un candidat au consulat Iransporlail à Rome les moissons de la Sicile ou de l'Afrique, et les distribuait au peuple pour acheter ses suffrages. Quelle profession, d'ailleurs, pouvait exercer un homme exposé sans cesse à être enrôlé dans une légion et envoyé en Asie ou dans les Gaules ?• Quelques familles privilégiées possédaient l'argent et les terres; seules elles avaient les moyens, et presque le droit de s'enrichir. A cette époque, deux chemins principaux menaient à la fortune : les charges publiques, qui donnaient à l'élu des comices le pillage d'une province, et l'usure, que personne n'avait honte d'exercer. . Tous les ans les charges publiques étaient mises à l'enchère, et les plus lucratives appartenaient aux plus riches, et quelquefois aux plus hardis. Faul-il s'étonner qu'elles fussent le partage d'un petit nombre de familles ? le reste des citoyens n'existait que sous leur protection. On sait que des villes et des nations entières étaient heureuses d'avoir un patron à Rome ; il en fallait k quiconque voulait faire fortune, ou même conserver son patrimoine, ,et l'on n'obtenait guère une existence médiocre qu'en se faisant le complaisant et le séide d'un homme en passe de prétendre aux honneurs. Toutefois, il restait à Rome un métier facile et encouragé, c'était celui de mendiant. Pour la populace urbaine il y avait toujours du pain et des spectacles, et une fois par an le plaisir de voir les sénateurs les plus fiers, transformés en humbles candidats, mendier à leur tour, ouplutôt acheter ses suffrages à force d"or et de bassesses. Dans une telle société on aurait peine, je pense, à découvrir les élémenLs d'une classe moyenne.
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Tibérius Gracchus, vers l'an de Rome 617, rêva la création, ou, à ce qu'il croyait, le rétablissement d'une classe moyenne ; il voulut changer les mendiants de Rome en petits propriétaires ; personne n'ignore le résultat de sa tentative. Cinquante ou soixante ans plus lard l'entreprise était devenue encore plus difficile : Sylla ne réussit pas mieux lorsqu'il partagea à ses vétérans le Samnium et l'Étrurie dépeuplés par son glaive ; il ne put faire des agriculteurs de ses soldats. Les uns devinrent, des bandits, d'autres ayant vendu ou joué leurs champs, allèrent à Rome grossir ce peuple de mendiants dont je parlais tout à l'heure.
Selon M. Merivale, l'ordre équestre constituait la classe moyenne à Rome, à l'époque dont nous nous occupons; mais la définition qu'il donne des éléments qui le composaient ne me semble guère correspondre ;i l'idée que nous attachons aujourd'hui au mot de classe moyenne. «Parmi les chevaliers romains, dit-il, les uns s'atla- » chaient à de grandes familles et dépendaient de leur » patronage ; d'autres s'appliquaient au commerce ; d'au- » Ires enfin occupaient des emplois suljalternes dans le » gouvernement, et formaient un corps de fonctionnaires » dont l'importance ne larda pas à être considérable. » Dans tout cela, où est l'indépendance sans laquelle ne peut exister une classe moyenne iniluente clans l'État? Pour obtenir un emploi public , ou pour conmiercer , ne fallait-il pris l'appui, le patronage d'iui mngistrat, c'està-dire d'un membre des familles piivilégiées? On peut lire, dans les lettres de Cicéron et ailleurs, à quelles conditions trafiquaient les chevaliers romains, et par quels
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moyens ils obtenaient la protection d'un proconsul. Aujourd'hui les classes moyennes échappent à plus d'une cause de corruption, qui souvent atteint les classes supérieures. A Rome, au contraire, l'ordre équestre était intimement associé à la corruption des grands. A dire vrai, je ne vois guère qu'un trait de ressemblance entre les chevaliers romains et le tiers état de nos sociétés modernes, c'est le goût et le besoin de la tranquillité qui les éloignaient des révolutions et les attacliaient aux person- . nages dont le caractère et les ressources leur garantissaient un gouvernement stable et régulier. C'est ainsi qu'on voit l'ordre équestre soutenir Pompée dans sa lutte contre le parti rétrograde du sénat, entourer Cicéron et lui servir de garde contre les complices de Catilina, enfin se donner à César lorsque César parut le seul homme capable de mettre fin à l'anarchie qui désolait la République (1).
(l) Je suis surpris que M. Merivale n'ait pas cherché à faire une application de son système en indiquant, parmi les causes du développement des classes moyennes dans le monde antique, l'institution des corporations et des collèges {corpora^ colleijia). Je ne parle ici, bien entendu, que des corporations d'artisans ou de négociants, non de ces associations purement politiques, si multipliées au septième siècle de Rome, et qui furent supprimées par César et par Auguste. Les chefs des différents corps de métiers {patroni) étaient d'ordinaire des industriels ou des négociants jouissant d'une aisance honnête, et qui devaient naturellement exercer une assez grande influence sur leurs confrères. Les monuments épigraphiques dont l'étude peut fournir des renseignements précieux sur les collèges antiques, représentent, en général, le patron d'un
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Sylla avait rendu aux sénateurs l'administration de la justice en matière politique. En vertu des lois cornéliennes, les concussiomiaires et les candidats accusés de corruption électorale furent jugés par leurs pairs, c'està-dire par des hommes aussi coupables qu'eux. En l'an de Rome 68/i, l'organisation de ces tribunaux fut notablement modifiée, et environ les deux tiers des juges durent être choisis parmi l'ordre équestre. Dans ce changement M. Merivale voit une des plus importantes conquêtes des classes moyennes, et il en attribue l'honneur à Pompée. Le fait n'est pas tout à fait exact. La loi qui retira aux sénateurs le droit de juger leurs égaux fut portée par le préteur L. Aurelius Cotta, oncle maternel de César, sous le consulat de Pompée et de Crassus, c'est-à-dire pendant le premier triumvirat dont César faisait partie. Sans doute ce fut une mesure politique, mais tout Ihonneur en revient à César, et je pense que ce fut surtout une satisfaction accordée au peuple, ému par le scandale de quelques jugements. Enfin on remarquera que ce changement dans l'ordre judiciaire rétablissait une loi portée par les Graeques. dont César s'annonçait en quelque sorte comme le successeur. D'ailleurs, je doute fort que l'ordre équestre
rollége comme le personnage le plus important d'une colonie ou d'une ville de province. — Au reste, toutes les conclusions qu'on en tirerait me sembleraient fort hasardées s'il était question d'une époque antérieure k l'établissement di; l'Kmpire, et les motifs qui m'obligent à douter de l'exactitude d'une assimilation d(i l'(»rdrc éfjuestre h nos classes moyennes me semblent avoir tout autant de force à l'égard des cor/wralions et des colli'ncs.
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y ait gagné quelque importance. Ce qu'il y a de certain, et M. Merivale en fait kii-niême la remarque, c'est que les chevaliers ne se montrèrent pas plus dignes de leur mission que les sénateurs. La corruption était générale, et toutes les classes étaient à vendre. C'était le temps où un magistrat dans sa province faisait deux parts de ses concussions, l'une pour lui-même, l'autre pour ses juges, assuré, par cette précaution doublement préjudiciable aux sujets de la République, de jouir en paix du fruit de ses rapines.
. J'ai trouvé avec un véritable plaisir que l'auteur des Romains snus l'Empire s'est séparé de la plupart des historiens dans son appréciation de la politique de César et des résultats qu'elle eut sur le sort de l'humanité. M. Merivale n'est point partial pour ce grand homme, mais juste seulement. La plupart des écrivains modernes, prenant chez les anciens leurs opinions toutes faites, se sont montrés sévères pour César et d'une extrême indulgence pour Pompée. 11 semble, à les entendre, que le premier fut le destructeur des lois, le second leur défenseur. A dire vrai, ni l'un ni l'autre ne les respectèrent jamais, mais Pompée soutenait des abus intolérables et des institutions profondément viciées, tandis que César abattait une constitution ruinée pour y substituer un état de choses qui devait prolonger de plusieurs siècles la gloire et l'existence de l'Empire. Tous les deux travaillaient en effet à la ruine de la République , mais César seul avait assez de génie pour remplacer un gouvernement usé par un autre plus durable. Le pouvoir oligarchique exercé par 1p sénat avait fait son temps. Renversé par Marins au profit
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de la démagogie, il avait été restauré par Sylla avec une inflexible cruauté. Les boucheries du dictateur donnèrent à la constitution romaine quelque trente ans d'une existence fort précaire. Alors même que César eût été vaincu à Pharsale, la puissance du sénat n'en eût pas moins succombé sous une révolution militaire. Le général auteur de cette révolution se fût appelé Pompée. II eût été un despote non moins absolu que César, mais un despote cruel, à vues étroites, sans plans arrêtés, sans énergie pour maintenir ses lieutenants dans le devoir. Probablement l'empire se fût divisé ; l'anarchie et les invasions des barbares auraient désolé le monde quelques siècles plus tôt !
Je me rappelle avoir entendu dire à M. Royer Collard ce mot sur César : C'était un homme comme il faut. En effet, rien en lui n'est médiocre ni vulgaire, 11 n'a pas une petite passion, pas une pensée qui ne soit grande, rien qui sente le parvenu. Toujours il marche à son but fièrement et sans jamais dévier. L'ambition de Pompée, au contraire, a quelque chose do bas et de sournois. Occnllior, non mtllor, c'est ainsi que Tacite le dépeint (1).
On ne sait que peu de chose sur les premières années de César, et M. Merivale n'a pu recueillir que les renseignements rares et souvent incertains des auteurs de l'antiquité. Peut-être, et c'est un des dangers d'écrire l'histoire sous la préoccupation d'une idée générale, M. Merivale a-t-il cédé un pou trop au désir de fortifier son système en interprétant (jueiques faits obscurs et leiu- ril-
ri) Tac. Mist., II, 38.
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tribuant une importance qui les transforme et leur donne (les proportions considérables. Suétone raconte que César, échappé par miracle aux proscriptions qui suivirent le triomphe de Sylla, mal pardonné par le dictateur, jugea prudent de quitter Rome pour quelque temps, et s'en alla étudier la rhétorique à Rhodes, sous Apollonius Molon, professeur célèbre de ce temps. Là-dessus M. Merivale, qui ne perd jamais de vue les classes moyennes et la fusion des castes, suppose que les leçons du rhéteur grec firent oublier à César ses préjugés nationaux et patriciens. « A l'école deMolon, dit l'historien anglais, rendez-vous » de la jeunesse éclairée de toutes les nations. César a pu n concevoir l'idée de son sénat composé de Gaulois, d'Es- » pagnols et d'Africains. » Voilà, ce me semble, une idée toute moderne. — Il est vraisemblable qu'un Julius était trop grand seigneur pour ne pas prendre des leçons particulières. Que s'il eut des condisciples parmi la jeunesse des provinces sujettes , ou parmi des étrangers, il est à supposer qu'il trouva en eux plutôt des complaisants que des camarades. Enfin devenu l'arbitre de Rome, il n'avait pas sans doute besoin de se rappeler sa vie d'étudiant pour récompenser des chefs gaulois, espagnols ou africains qui- s'étaient bravement battus pour lui pendant les guerres civiles. A ce compte, M. Merivale aurait pu faire remonter plus haut les idées politiques de César, Son premier maître était un Gaulois, M. Antonius Gniphon, lequel composa, dit-on, de beaux ouvrages qui sont perdus. Qui sait si ce Gniphon ne lui apprit pas que les Gaulois étaient des hommes? Il lui prouvait assurément qu'ils pouvaient parler le lalin aussi bien que leurs vainqueurs.