‹ Mélanges historiques et littérairesChapitre 18 sur 25 · LES ROMAINS SOUS L EMPIRE · texte numérisé non relu

LES ROMAINS SOUS L EMPIRE

car on dit que Cicéron s'instruisit à l'école de ce même Gaulois.

Le nom de César seul réveille tant de souvenirs de grandeur et de gloire, qu'aujourd'hui on ne se rend peut-être pas compte assez exactement des obstacles qu'il eut à vaincre pour devenir ce qu'il fut. Quant à moi, j'avoue qu'il m'est très-difficile de m'expliquer l'importance extraordinaire que tout jeune encore il paraît avoir eue parmi ses contemporains. Il avait beau être issu d'une des plus anciennes familles patriciennes^ être neveu de Marins et gendre de Cinna, je ne puis comprendre qu'à dixsept ans il fût déjà l'espoir du parti démocratique écrasé par le dictateur. En vérité, il faut admettre avec Plutarquc et Suétone que Sylla fut inspiré de l'esprit prophétique lorsqu'il prédit qu'en ce jeune fat à la toge mal attachée, il y avait plusieurs Marins. Être suspect à Sylla et livré aux bourreaux, c'était alors même chose. César faillit être inscrit sur les tables fatales, et ne fut sauvé que par l'intérêt qu'excitaient sa jeunesse et le nom de Julius. Les personnages les plus considérables de Rome et le collège des Vestales intercédèrent pour lui et obtinrent sa grâce, bien qu'il ne voulût consentir à aucune bassesse pour se faire pardonner. On exigeait qu'il répudiât sa femme Cornelia, fille d'un des plus méchants et des plus médiocres démagogues associés de Marins. Il s'y refusa obstinément, et cette conduite généreuse, surtout dans un pays où le mariage était un lien si faible, attira naturellement l'attention et l'intérêt du public sur un jeune homiiie de noble race qui montrait du cœur et qui peut-être était amoureux de sa femme. Les honnêtes gens de Rome, les optimales,

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£0 dirent sans doute que ce n'était pas la faute de C. César si sa tante Julia avait épousé ce vieux coquin de Marins, si lui-même encore enfant avait été (iancé à la fille d'un autre coquin. Après Ir.nt de massacres, le sang patricien était devenu si rare, que Sylla lui-même pouvait iiésiter à le faire couler sur un soupçon. Jusque-là tout s'explique facilement, Mais quelques années plus tard, nous retrouvons César lié, quoique non compromis, avec les plus turbulents démagogues, aussi fier de son oncle Marius que de son aïeule la déesse Vénus, annonçant hautement le projet de détruire la constitution de Sylla, et, de fait, tenant dans sa main tous les fils des intrigues politiques.

Reconnu pour chef de la faction démocratique, il possède cependant la confiance de Pompée, le favori et le successeur de Sylla, et celle de Crassus, un des principaux meneurs du parti aristocratique, ou, comme on dirait aujourd'hui, du parti parlementaire. Pompée et Crassus étaient ennemis de longue date. César, n'ayant encore exercé que la charge de préteur, se fait accepter par eux comme une espèce d'arbitre, les réconcilie, et devient aussitôt un des personnages de cette coalition fameuse à laquelle on a donné le nom de triumvirat. Il persuade à Pompée de changer toute sa politique ; il se fait prêter par Crassus treize millions pour payer ses dettes et acheter des suffrages. Qu'offrait-il en échange à ses associés? Comment expliquer cet ascendant étrange exercé par un jeune homme sans passé sur les deux hommes alors, en apparence, les plus puissants dans la république ? C'est en vain qu'on demanderait aux écrivains de l'antiquité

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quelques lumières pour pénétrer ces mystérieuses intrigues. M. Merivale remarque avec beaucoup de justesse que, dans tout le cours de sa carrière, César ne s'abandonna jamais aux plans et aux combinaisons des autres. Dans toute association où il entra, il fut le chef. Il ne fut l'instrument de personne, seulement il eut l'art de persuader aux plus grands politiques qu'il les servait, alors qu'il ne travaillait que pour lui-même. Mais par quel art exerça-t-il cette persuasion ? — En se faisant aimer des dames, répondra-t-on, si l'on ajoute foi aux scandales si soigneusement enregistrés par Suétone. César, à ce qu'il prétond, aurait compté parmi ses maîtresses la femme de Pompée et celle de Crassus; mais il ne paraît pas que les dames romaines exerçassent alors beaucoup d'empire sur leurs maris, et il me semble encore plus difficile d'admettre que César dominât son nombreux harem au point d'en obtenir un dévouement à toute épreuve, lorsque luimême se piquait si peu do fidélité dans ses amours.

Un grand écrivain allemand qui fai.'^ait profession de deviner l'histoire du passé, INiebuhr, si afjlirmalif sur tous les points les plus obscurs , a dit, et M. Merivale a peutêtre tort de l'épéter, (juc' César, qui a fait tourner la tête à tant de femmes et à tant d'hommes, n'était ni enjoué ni brillant dans la conversation, et cela parce que les auteurs anciens ne citent pas un seul trait d'esprit de sa façon. J'ai cependant peine à croire que ce fût à sa qualité de penseur et d'observateur profond qu'il dut ses succès parmi la bonne compagnie si corrompue de son temps. Il fallait que son pouvoir de séduction fût, en effet bien grand pour que des hommes vieillis dans les affaires

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s'y laissassent prendre au point d'oublier toutes leurs préventions de caste et de politique. Il est vrai, et cette remarque ingénieuse est de M. Merivale, qu'à Rome les personnages politiques, hors quelques moments d'excitation violente, vivaient ensemble comme des joueurs, toujours prêts à se ruiner l'un l'autre, mais se traitant avec une familiarité qu'on pourrait prendre pour de l'affection. — La prodigieuse activité de César, sa facilité de travail, son audace, le recommandèrent peut-être à Pompée, qui, gâté par la fortune, était devenu de bonne heure paresseux et indolent. Cet homme qui à vingt-six ans avait reçu le surnom de Magnas, et le prenait sans vergogne dans sa correspondane officielle, avait acquis un peu trop facilement son immense renommée. Quelques batailles gagnées par lui pendant la guerre civile, à la tête des vétérans de Sylla contre des paysans samnites ou étrusques, lui avaient acquis la réputation d'un grand général. En Espagne il la soutint assez mal contre Sertorius, en Asie contre Mithridate. Mais la fortune se chargea d'en faire un conquérant. Ses deux redoutables adversaires moururent l'un et l'autre victimes de lâches trahisons, où Pompée, à la vérité, n'eut aucune part, mais qui obscurcissent un peu l'éclat de ses triomphes. Lorsque César eut affaire à Pharnace, qu'il défit en un clin d'œil, il ne put s'empêcher de dire que Pompée avait obtenu à bon marché son surnom de Magnus, ayant eu de si vils ennemis à combattre. Au milieu de toute sa gloire et des flatteries dont il était l'objet. Pompée peut-être se rendait justice et comprenait qu'il ne fallait pas lasser la fortune. Il craignait de s'y risquer de nouveau. Aussi le

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