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n opinions qu'ils ont répandues parmi le peuple. On dirait, <( à les entendre, que, sans les livres de ces écrivains, tout n serait encore au même état que dans le dix-septième siècle, tt comme si un siècle pouvait transmettre à son successeur « l'héritage de l'esprit humain tel qu'il l'a reçu de son de- « vancier. Mais il n'en est pas ainsi. Les opinions ont une « marche nécessaire : de la réunion des hommes en nation , « de leur communication habituelle , naît une certaine pro— « gression de sentiments , d'idées , de raisonnements , que « rien ne peut suspendre. C'est ce qu'on nomme la marche « de la civilisation : elle amène tantôt des époques paisibles a et vertueuses , tantôt criminelles et agitées ; quelquefois la « gloire , d'autres fois l'opprobre; et, suivant que la Provi- « dence nous a jetés dans un temps ou dans un autre , nous « recueillons le bonheur ou le malheur attaché à l'époque M où nous vivons. Nos goûts, nos opinions, nos impressions « habituelles , en dépendent en grande partie : nulle chose « ne peut soustraire la société à cette variation progressive. « Dans cette histoire des opinions humaines , toutes les cir- « constances sont enchaînées de manière qu*il est impossible «< de dire laquelle pouvait ne pas résulter nécessairement de « la précédente. »
Je ne crois pas qu'on ait rien écrit de plus instructif et de plus sage sur le dix— huitième siècle, et mieux expliqué la littérature par la connaissance des hommes.
- (5) On a beaucoup attaqué cette vertu que Montesquieu donnait pour attribut aux républiques. Il est manifeste qu'il s'agit moins ici de la vertu morale que d'une vertu politique, dans laquelle il entre cependant plusieurs vertus privées. C'est le principe que Bossuet a reconnu et défini sous un autre nom d'une manière admirable. « Le mot de civilité ne
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u signifiait pas seulement parmi les Grecs la douceur, et la u déférence mutuelle qui rend les hommes sociables. L'homme « ciyil n'était qu'un bon citoyen qui se regarde toujours « comme membre de l'État, qui se laisse conduire par les lois, « et conspire avec elles au bien public , sans rien entrepren- H dre sur personne. »
(6) Quelquefois on demande : Qu'est-ce que le système représentatif? La réponse est fort simple ; le système représentatif entre dans tous les gouyemem*ents qui admettent des assemblées délibérantes. Mais l'emploi de ces a^^semblées peut être plus ou moins heureusement ordonné. L'existence de deux assemblées , l'une héréditaire et aristocratique , l'autre élective et populaire , semble , par le raisonnement comme par l'exemple , offrir la meilleure combinaison. Voilà jusqu'à présent le système représentatif dans la perfection de sa forme. Il y a loin sans doute de cette perfection exti^rieure à la perfection de fait; mille causes peuvent l'arrêter : l'éloquent auteur des Réflexions politiques, M. de Chateaubriand, a prévu et discuté la plupart de ces causes réelles ou possibles. Les événements n'ont rien changé à la vérité de ces observations ; et l'admirable vivacité de son langage a donné un nouveau caractère de durée à des idées que le bon sens seul rendrait étemelles. « La vieille monarchie ne vit plus <« pour nous que dans l'histoire , comme l'oriflamme que l'on (c voyait encore toute poudreuse dans le trésor de Saint- « Denis , sous Henri IV. • Le brave Grillon pouvait toucher « avec attendrissement et respect ce témoin de notre ancienne u valeur; mais il servait sous la cornette blanche, triom- « phante aux plaines d'Ivry, et il ne demandait point qu'on « allât prendre au milieu des tombeaux l'étendard deschampsv « de Bouvines. >»
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M. de Chateaubriand avait également reconnu la marche générale de l'Europe vers l'ordre constitutionnel. Dans ce mouvement commun il voyait une nécessité et une garantie pour chaque État. On a depuis voulu affaiblir l'autorité de ces idées , auxquelles un grand écrivain avait prêté la puissance de son éloquence et de son, nom. Mais les idées, qui sont des principes , ne dépendent pas du talent qui les exprime : elles existent par elles— mêmes ; elles ont le bon sens pour auteur, et les faits pour témoins. Le progrès des arts utiles à la vie , la facile communication des peuples , le partage plus égal des connaissances et des lumières , l'imprimerie , voilà les causes qui justifient les principes de liberté légale : ils ne pouvaient rencontrer d'obstacle que dans le plus horrible fléau de la société , la tyrannie militaire. C'est un bienfait pour l'Europe, que ces idées de liberté se trouvent si puissantes à l'époque même où la force des armes a pris partout un prodigieux |ccroissement. Dans l'état présent des choses , l'Europe n'aura jamais que des gouvernements constitutionnels ou des gouvernements militaires ; et comme l'usurpation ne pourrait s'élever que par la force des armes , elle est essentiellement ennemie de toute constitution- et de toute liberté. Ce sont les souverains héréditaires, les souverains légitimes, qui peuvent établir la liberté , surtout dans les grands Etats où toute révolution ne saurait arriver que par l'emploi de la force militaire , qui n'enfantera jamais qu'un pouvoir violent comme elle : ainsi les maximes de la liberté se confondent avec les intérêts des rois. Ces maximes ne sont plus, aujourd'hui , la suite de la révolution ; elles sont nées de nouveau , pour ainsi dire , de l'horreur du despotisme impérial ; elles ont en leur faveur l'exemple de dix ans de tyrannie : aussi sont-elles chères à des hommes qui n'ont jamais connu les premières théories de la révolution.
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(7) En célébrant la loyauté chevaleresque de nos vieux temps , M. de Chateaubriand a marqué mieux que personne cette puissance des idées nouvelles, cette ruine irréparable des anciennes mœurs , des anciens privilèges. « L'esprit du « siècle , dit-il , a pénétré de toutes parts ; il est entré dans « les têtes , et jusque dans les cœurs de ceux qui s'en croient « le moins entachés. » M. de Chateaubriand expose partout cette vérité avec une force , un éclat , et quelquefois une expression de regret qui en augmente encore l'évidence. De cette vérité résulte le bienfait de l'ordre constitutionnel , établi par un sage monarque.
n fallait à la France une loi de liberté qui pût satisfaire les idées et les espérances du siècle ; il fallait une transaction solennelle qui garantît les intérêts nouveaux ; le roi a donné cette Charte , désormais inséparable de la monarchie légitime ; plus elle sera puissante , plus la monarchie elle-même s'affermira. L'inviolabilité de la loi ajoute encore à celle du trône ; et tel est l'avantage de la stabilité , que, même appliquée à des institutions de liberté , elle est utile au pouvoir.
l4^ DISCOURS.